Une opinion de David Bertrand, psychologue, éthologue de formation et professeur de psychologie à la Haute Ecole Vinci.

Shiloh, un golden-retreiver de 3 ans, est devenu une star sur les réseaux sociaux grâce à une photo postée sur Twitter il y a quelques jours. Sa particularité ? Avoir été « embauché » dans un hôpital dans le but de donner du réconfort à son personnel. Au Wexner Medical Center, situé dans l’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis, le travail de Shiloh consiste à déambuler dans les couloirs et à « dire bonjour » aux employés. Il a été formé dans cet objectif par une association, l’Alliance of therapy dogs. Lorsque le personnel travaillant aux soins intensifs croise le regard du chien, l’effet est immédiat, l’humeur change et la joie se lit sur les visages. Shiloh apporte un réel soutien émotionnel à ceux qui se donnent corps et âmes pour leurs patients depuis des mois.

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Affronter la pandémie plus sereinement

Les animaux de compagnie nous apportent beaucoup, particulièrement dans des périodes de crise. Grâce à eux, depuis plusieurs mois, de nombreuses personnes vivent plus sereinement la situation liée à la covid-19 et aux périodes de confinement. Une étude britannique de l’université de York et de Lincoln a ainsi mis en évidence que les personnes ayant un animal de compagnie étaient moins exposées aux troubles anxieux que les autres. Parmi les 6000 propriétaires d’animaux interrogés pour cette étude, 90 % ont déclaré que leur animal de compagnie les avait aidés à faire face à cette situation en diminuant leur niveau de stress.

Cette étude confirme les résultats d’autres recherches menées ces dernières années qui démontrent que les animaux de compagnie ont un réel effet anti-stress sur leur propriétaire et que cet effet est d’autant plus marqué que la relation est forte. Une étude menée en 2012 par la biologiste Linda Handli et ses collègues à l’université de Skövde, en Suède, chez des propriétaires de labradors, avait déjà mis en avant que le simple fait de caresser son chien diminuait le taux de cortisol, l’hormone du stress, et que cela augmentait le taux d’ocytocine, la molécule de l’attachement. Une autre étude menée par le psychologue israélien Sigal Zilcha-Mano a montré que lorsqu’on permettait à des personnes de passer un test difficile en compagnie de leur chat ou de leur chien, celles-ci étaient moins stressées, et cette diminution était d’autant plus visible que le lien avec l’animal était fort.

La médiation animale

Ces études sont une validation scientifique de ce que beaucoup de gens vivent au quotidien avec leur animal. Elles permettent également de légitimer des projets d’intervention thérapeutiques ou éducatives où un animal est utilisé comme médiateur, ce qu’on appelle communément la médiation animale. Le cas du chien Shiloh en est une parfaite illustration. Les animaux peuvent être une réelle source de mieux-être pour des personnes confrontées à des situations difficiles dans des contextes variés. Citons par exemple ces chiens dressés pour accompagner des personnes handicapées dans leur quotidien, ces lapins formés pour rester calmes lorsqu’ils sont manipulés par des enfants ou encore ce cheval français, nommé Peyo, qui a une sensibilité particulière pour les personnes malades et qui a été dressé par son propriétaire pour pouvoir leur rendre visite à l’hôpital. Citons également le cas de ces chiens américains qui ont été formés pour apporter du réconfort à des personnes victimes de traumatismes suite à un attentat ou une tuerie de masse.

Aussi en milieu carcéral

Les effets positifs des animaux sur le stress vécu par des personnes en situation de confinement ont également été observés dans un contexte plus extrême, celui de la prison. Les prisonniers expérimentent l’isolement et l’enfermement au quotidien et cette situation peut provoquer chez une bonne partie d’entre eux des troubles mentaux et des problèmes de comportement : stress, anxiété, troubles dépressifs, addictions, agressivité,… Comportements dont les conséquences affectent également le bien-être du personnel, à l’instar des gardiens qui sont confrontés à la violence quasi quotidiennement.

Pour ces raisons, depuis plusieurs années, des projets de médiation animale se développent en milieu carcéral, notamment aux Etats-Unis et en France. On propose par exemple à des prisonniers de former des chiens d’assistance ou de recueillir des chats abandonnés, issus d’un refuge et sur le point d’être euthanasiés. Dans un autre projet, on offre à certains prisonniers la possibilité de travailler d’entretenir un petit zoo constitué d’animaux abandonnés ou maltraités et rattaché à l’établissement pénitencier. Les points communs à tous ces projets sont les effets spectaculaires que les animaux ont sur les prisonniers, le plus significatif étant la diminution des comportements agressifs, un des problèmes majeurs en milieu carcéral. Au-delà de ça, les prisonniers sont également moins anxieux, plus positifs et plus ouverts à la communication. Certains se redonnent même des objectifs de vie et le fait de s’occuper des animaux a une influence positive sur leur projet de réinsertion. Si des effets bénéfiques sont observés chez des prisonniers, il n’est pas étonnant qu’on puisse également en observer chez des personnes qui subissent un confinement lié à une pandémie.

Honnêteté et authenticité

Il y aurait 11 millions d’animaux domestiques en Belgique, 63 millions en France et 300 millions aux USA, soit à peu près un animal de compagnie par habitant. Comme nous sommes une espèce sociale, beaucoup de psychologues expliquent cet intérêt par le fait que les animaux permettent de satisfaire des besoins relationnels et de diminuer l’anxiété liée à la solitude. Ils peuvent aussi répondre à ce besoin que nous avons de prendre soin des autres. Cet intérêt pour l’animal aurait même une origine biologique car le centre cérébral des émotions s’active à la simple vue d’images d’animaux. Une autre hypothèse, proposée par le biologiste américain Edward Wilson, est celle de la « biophilie », cette tendance à nous intéresser naturellement aux êtres vivants.

Enfin, ce qui caractérise la relation avec un animal, c’est une forme d’honnêteté et d’authenticité car il ne juge pas et n’adopte pas de comportements faux. Or, les relations sociales authentiques et sincères sont des facteurs importants d’apaisement et d’épanouissement. De par cette relation particulière que nous entretenons avec eux, il semble donc bien que les animaux nous aident réellement, surtout dans une situation qui génère un stress important, comme c’est le cas aujourd’hui pour un bon nombre d’entre nous.