Une réponse d'Armand De Caevel, étudiant en Sciences Politiques à l’ULB, à l'opinion de Pierre de Thier, étudiant a l'ULB.

Cher Pierre,

J’aurais pu te contacter en privé lorsque ta publication est arrivée sur le groupe Facebook de mon année d’étude il y a de cela quelques jours. Mais, me disant que ce n’était que l’avis d’un étudiant parmi tant d’autres, je ne l’ai pas fait.

Néanmoins, lorsque je vis hier ton opinion publiée dans la presse et les partages fleurir sur Facebook, je me suis décidé à prendre la plume afin de proposer un avis différent que le tien sur ce qui fait désormais débat au sein de notre campus et Université.

De ton texte, je retiens plusieurs choses. La première, une véhémente critique de l’enseignement par vidéo ou en ligne et sa moindre qualité. Une deuxième, une exagération grotesque sur la situation de ceux que tu appelles les "diplômés à distance". Une dernière enfin, à savoir une dommageable absence de solutions pour les problèmes que tu soulèves ainsi que la non prise en compte totale et regrettable du caractère exceptionnel de la situation que nous traversons.

Je tacherai donc de répondre à l’ensemble de ses points avant de conclure.

Pourquoi dénigrer l'enseignement à distance ?

Tout d’abord, il est clair que l’enseignement en ligne et par vidéo présente des désavantages évidents que tu exposes très justement comme la perte de contact direct entre étudiants et professeurs ou une difficulté accrue de poser des questions aux enseignants. Cependant, il serait malhonnête de défendre l’idée qu’en 2020 la seule et unique immuable façon de dispenser l’enseignement à l’Université soit lors de cours ex-cathedra en grands auditoires.

En Belgique, en Flandre mais également en Fédération Wallonie-Bruxelles, il existe déjà de nombreuses formules permettant le suivi de cours en ligne pour les diplômes équivalents primaires et secondaires comme le CEB ou le CESS. Aussi, d’autres universités belges francophones proposent déjà depuis quelques années des cours et formations diplômants en ligne.

Passons ensuite aux "diplômés à distance". Le message véhiculé par ton texte est que les étudiants actuels recevraient des "diplômes virtuels", pour reprendre tes mots, seraient moins bien formés et donc de moins bonne facture, car ils n’auraient pas pu suivre un travail pratique essentiel de leur formation durant cette période de confinement. C’est injustement jeter l’opprobre sur l’ensemble des étudiants actuels, les formations qu’ils ont suivi et qu’ils auront encore à suivre jusqu’à l’obtention de leur diplôme, ainsi que les efforts qu’ils ont consenti jusqu’à présent que de dire cela.

A nouveau le trait est grossi et c’est regrettable. Il est ici question d’une période de sept semaines maximum d’enseignement en ligne, c’est-à-dire même pas un demi-quadrimestre, sur une formation qui en compte dix à minima et dans le meilleur des cas.

Revenons enfin sur le dernier point important à mes yeux. Ton texte entier est un plaidoyer contre les solutions trouvées et mises en place, en urgence faut-il le rappeler, par les pouvoirs publics et les Universités pour garantir la continuité de la formation et de l’évaluation de l’enseignement prodigué durant cette année académique.

La critique est simple lorsque l’on n’est pas aux manettes, certes. Mais elle est mieux perçue et plus facilement recevable lorsqu’elle est nuancée, accompagnée de solutions concrètes et qu’elle ne nie pas la complexité de la situation actuelle due au confinement. A crise exceptionnelle, solution exceptionnelle.

Condamner une course à la diplomation c’est gravement méconnaitre la réalité qu’encore trop d’étudiants connaissent

Je conclurai enfin par une divergence, de fond cette fois, que j’ai avec toi sur ce sujet. Je ne crois pas à la course à la diplomation ou à un objectif caché de la part de nos Universités, qu’il faudrait absolument et le plus rapidement possible diplômer un nombre toujours plus grand d’étudiant et ce au détriment de la qualité d’enseignement.

Condamner une course à la diplomation c’est gravement méconnaitre la réalité qu’encore trop d’étudiants connaissent, à savoir une situation précaire à devoir enchainer des petits boulots pour pouvoir se payer son logement et ses études. Comment expliquer à ces étudiants qu’il faudra prolonger leur calvaire d’un an car ils n’ont pas pu être évalués pour le second quadrimestre de 2020 ? L’argument est irrecevable.

Je suis convaincu, ou j’ai la faiblesse de croire peut-être selon toi, que les instances de l’Université sont conscientes des difficultés que rencontrent certains étudiants face au fait de devoir suivre ses cours en ligne et que nous ne sommes pas tous égaux face à cette situation. Je suis convaincu dès lors également que cela sera pris en compte lorsque sera venu le temps de l’évaluation.

Cette crise sanitaire amène avec elle tout un ensemble de problématiques dont on n’a pour l’heure même pas encore pleinement pris la mesure. Collectivement conscients de cette réalité, il me semble dès lors plus opportun d’être dans une logique constructive avec l’ensemble des acteurs, dont notre Université, devant gérer cette crise et chercher des solutions avec et non pas contre elle, notamment sur les modalités d’évaluation, plutôt que de chercher à, selon tes mots, la faire "plier".