Une opinion de Cécile Vennat, directrice de l'ASBL ToolBox.

J’ai lu récemment un article mettant en avant les difficultés que rencontrait le secteur social dans ce contexte de Covid contraignant. C’est vrai. Cependant, en tant que directrice d’une ASBL qui accompagne activement de nombreuses organisations sociales partout en Belgique, je souhaiterais partager ici une image plus optimiste de la situation, celle que je constate dans mon travail au quotidien.

Tout d’abord, depuis le début de cette crise, c’est avec admiration et infiniment de respect que j’observe ces organisations sociales qui sont en première ligne pour assurer la continuité de leurs services auprès de leurs bénéficiaires en situation précaire, isolés, défavorisés. À l’heure où la situation ne fait qu’exacerber les inégalités sociales (logement, accès aux soins, éducation, accès à une alimentation saine et durable, etc.), beaucoup d’entre elles ont su s’organiser pour mener à bien leur mission tout en bénéficiant d’un élan de solidarité citoyenne sans précédent. Alors qu’un grand nombre ne dispose déjà pas des ressources suffisantes pour travailler dans des conditions optimales, elles sont pourtant nombreuses à faire preuve d’une énergie créatrice remarquable en trouvant la capacité de faire autrement pour le bien de leurs bénéficiaires, de plus en plus nombreux.

Dans cette période si délicate qui induit pour beaucoup une diminution d’activité, les dirigeantes et dirigeants des organisations sociales se retrouvent bien souvent isolés et peu accompagnés pour faire face à cette situation complètement inédite pour tout le monde.

Rebondir au lieu de se laisser couler

Pour autant, pas question pour eux de se morfondre. Beaucoup de directrices et de directeurs d’ASBL ont décidé d’utiliser ce temps de pause comme une occasion de repenser leur mode de fonctionnement, leurs processus de décision, leur modèle de financement ou encore leur choix de gouvernance. Ils nous disent qu’il est de leur responsabilité d’anticiper cette réflexion, de transformer cette période compliquée en une chance donnée à leur organisation de se poser les bonnes questions, dans un souci de mieux répondre aux besoins de leurs bénéficiaires. Rebondir au lieu de se laisser couler… Quelle détermination, quel engagement vis-à-vis de leurs bénéficiaires !

Alors que cette crise vient confirmer leur raison d’être, voire la renforcer, elle met aussi en lumière les dysfonctionnements préexistants à la crise tout en faisant émerger de l’intérieur des forces insoupçonnables.

Diriger une ASBL est pourtant loin d’être simple. Nombreux sont les témoignages de directrices et directeurs qui doivent à la fois prendre soin de leurs équipes au quotidien, parfois malgré la distance, tout en rassurant leur conseil d’administration. Ils doivent s’assurer qu’un minimum de lien social soit maintenu avec les bénéficiaires tout en anticipant l’après-crise sans générer d’inquiétude supplémentaire. Ils doivent aussi rassurer leur conseil d’administration quant à sa capacité à gérer la situation, tout en lui proposant non seulement un scénario de sortie de crise mais souvent déjà une perspective des mois à venir. Un travail gargantuesque pour des hommes et des femmes qui souhaiteraient voir leurs journées consacrées au bien-être de leurs bénéficiaires.

Le secteur social renforcé

Cette crise questionne aussi sur la pertinence et la durabilité de certains modèles, économiques ou d’organisation. Les demandes d’accompagnement que nous recevons sont majoritairement centrées autour des méthodes permettant de repenser leur mode de fonctionnement, avec un enjeu primordial d’autonomie financière et de gestion saine de leur trésorerie.

Nombreuses sont les ASBL qui se questionnent également sur la manière dont une équipe peut rester "équipe" dans un contexte de télétravail souvent très peu expérimenté jusqu’alors. Comment gérer les relations d’équipe lorsqu’on ne se voit plus au quotidien ? Le besoin de digitalisation des processus opérationnels, administratifs et financiers est également important. Finalement, ne sont-ce pas là les mêmes questions que n’importe quelle entreprise du monde marchand ? Généralement considérés comme diamétralement opposés, il est intéressant de constater que pour certains aspects, la distinction entre ces deux mondes est fine. J’espère que cette lettre permettra à certains d’ouvrir les yeux sur la mine d’or de dynamisme, d’engagement et de persévérance que recèle le secteur associatif mais aussi sur les enjeux qui sont les siens.

En conclusion, je souhaitais montrer ici que si la situation n’est facile pour personne, je suis émerveillée par ces organisations sociales qui se donnent à 100 % en continuant à aider leurs bénéficiaires coûte que coûte, par les autres qui profitent de ce temps pour améliorer leur fonctionnement et enfin par les bénévoles qui utilisent leur temps libre pour les aider dans ce travail… Les épreuves ne viennent pas à bout du social, elles augmentent leur raison d’être.