Opinions

Une opinion de Gricha Safarian, licencié en Sciences Politiques et Relations Internationales (ULB), blogueur.

Dans une opinion étonnante, publiée dans la Libre, de Jean-Claude Paye, sociologue, la question suivante est posée : "Comment des tueurs, commettant un attentat avec un sang-froid et une maîtrise qualifiés de professionnels, peuvent-ils commettre une telle erreur (oublier leur carte d’identité dans la voiture) ?".

Et partant de cette question lourde de sous-entendus conspirationnistes, l’auteur nous rappelle au passage l’affaire des passeports de terroristes retrouvés dans les rues de New York et… pour en conclure "Depuis le 11/9, l’invraisemblable fait partie de notre quotidienneté. Il est devenu le fondement de la vérité. La Raison est bannie. Dans tous les cas, le caractère déréalisant de ce qui est présenté nous installe dans la sidération".

Ma sidération à moi émane de la lecture de cette opinion qui ne va pas jusqu’au bout de sa pensée.

Démontage : Les exemples cités par l’auteur concernant le 11 Septembre n’ont rien d’invraisemblable. En effet le passeport d’un des terroristes a été retrouvé, mais aussi des cartes de crédit de passagers, des cartes d’identité, des sièges d’avions, une roue, le plan de vol etc. Des centaines de photos de tous ces documents sont disponibles à toute personne qui s’intéresse à la question. Par ailleurs, sachant que tout embarquement d’un avion entraîne l'inscription du nom du passager sur le manifeste, les autorités n’avaient aucun besoin de trouver des passeports en pleine rue pour identifier les passagers suspects. Il leur suffisait de consulter le manifeste.

Mais revenons-en à questionnement sur l’histoire de la carte d’identité oubliée.

Disons au passage que c’est sur le même type de raisonnement biaisé que Thierry Meyssan a déduit, quelques heures après le début du drame Charlie, que les deux tueurs étaient des agents israéliens.

D’après Jean-Claude Paye donc, il s’agit là d’une erreur impossible, ces tueurs étaient bien trop professionnels pour cela. Ah bon ? Et c’est professionnel de préparer soigneusement une tuerie épouvantable dans un journal mais de se rendre à la mauvaise adresse ? Et de ne pas être capable de changer le chargeur de son arme comme on le voit sur une vidéo publiée récemment (voir ici) ? Ou de ne pas attacher ses chaussures et d’en perdre une dans la rue en tuant un policier ?

Et en fait, est-ce intelligent d’aller tuer 12 personnes pour un dessin ?

Pourquoi ne pas simplement énoncer la vérité de manière simple. Ces deux tueurs étaient certes des professionnels du combat, ils savaient tuer. Mais c’étaient de sombres crétins. Tout simplement ! Leur parcours semé d’erreurs de débiles en atteste.

Ce qui est véritablement sidérant dans toute cette histoire, c’est l’acte de ces jihadistes, pas le fait qu’un d’eux ait oublié sa carte d’identité.

Et la propension à douter de tout ce qui vient de la presse "mainstream", née avec les théories du réseau Voltaire depuis le 11 Septembre n’a qu’un seul but : occulter une réalité difficile à admettre mais pourtant visible sous nos yeux, sur YouTube par exemple. La réalité c’est cela. C’est un mouvement jihadiste qui, depuis la date symbolique du 11 Septembre, a déclaré une guerre sans fin à la démocratie. Que veulent-ils exactement ? Que pourrions-nous faire pour les calmer ? C’est très simple. Rétablir le délit de blasphème.

Mais le blasphème c’est le pain hebdomadaire de Charlie. L’Islamophobie, la Judeophobie et la Christianophobie faisaient tour à tour la Une de Charlie (phobie = crainte). Charlie n’aime pas les idéologies religieuses et 17 personnes en sont mortes.

Le choix qui s’offre à nous aujourd’hui est donc très simple. Abandonner nos valeurs démocratiques pour accommoder la frange extrémiste d’une idéologie religieuse ou refuser les concessions et nous retrouver en état de guerre larvée contre un nouveau fascisme, celui d’Al Qaeda, de l’Etat islamique et de leurs suiveurs, à l’étranger mais aussi chez nous.

C’est à cela qu’il faut réfléchir aujourd’hui, sans faire de détours inutiles par des fables conspirationnistes. Il y a urgence à organiser un front démocratique contre le nouveau fascisme. Ce front a existé le temps d’un dimanche, puisse-t-il se solidifier.

La presse a un rôle important d’explication à jouer et dès lors les fabulations conspirationnistes devraient être traitées pour ce qu’elles sont. Au mieux des dénis de réalité, au pire des manœuvres d’intoxication.


Lisez ici l'opinion de Jean-Claude Paye