Un courrier d'Antoine Barthélemy, lecteur.

Mes enfants, 

Vous nous voyez très très indécis quant à la bonne décision à prendre face au coronavirus et la fête familiale de Noël. Nous sommes tiraillés entre des valeurs qui ont toujours fait partie de notre vie, et celles-ci sont très fortes. Il y a d'une part l’importance de la famille, du lien familial qui nous a été transmis depuis des générations tant chez votre maman que chez moi et, d’autre part, le souhait et la conscience d’appartenir à un tout, de me sentir concerné, non seulement par mon propre bien-être, mais aussi par celui de mon voisin. Le choix entre ces deux valeurs est un déchirement atroce. Défilent en effet dans ma tête des images de jeunes femmes aux soins intensifs, des images de Noël où l’on partage ensemble la dinde dans une pénombre à peine éclairée par les loupiotes du sapin, de ces personnes qui vont immanquablement perdre leur emploi en cas de troisième vague (en tout cas mon personnel), des images de la joie de Bonne-Maman en train de voir déballer toutes ces petites "bêtises" qu’elle a préparées pour chacun, de ces soignants épuisés de travailler toute la journée dans un sac plastique qui leur sert de protection. Des images du plaisir de vous voir si différents et pourtant tellement complices avec chacun vos particularités et vos projets, du plaisir de partager le champagne, les huîtres et le saumon… Le risque semble à la fois si minime et tellement grand. Non, décidément, ce choix est trop dur. 

Voilà pour moi, pour nous, ce moment de choix à réaliser face à sa conscience. Avec votre maman, nous avons décidé de faire l’impasse sur ce temps de fête, par soucis de solidarité avec ceux et celles qui seront impactés demain et après-demain. Les papys et les mamys obligés de mourir éloignés des leurs, les artistes qui crèvent la faim et qui ne voient pas le bout du tunnel, les salariés et les indépendants qui ont perdu ou perdront tout leur revenu, dans les jours ou les semaines à venir, les soignants qui bossent dans des conditions extrêmes et éprouvantes. Peut-être que, malgré notre choix, tout cela va arriver, mais nous aurons fait ce que nous pouvions pour l’éviter, sans rejeter la faute sur les autres. Nous vous demandons de ne pas percevoir ce choix comme un manque d’amour, mais au contraire comme la preuve d’un amour plus grand pour que le monde de demain, votre monde et celui de nos petits-enfants, soit différent, plus juste, plus solidaire, plus convivial, plus conscient que nous vivons ensemble sur une même planète. Alors, face à cela, nous décidons d’être solidaires. Nous sommes bien conscients qu’en faisant ce choix nous impactons directement votre vie et nous en sommes désolés, libre à vous de le vivre différemment entre vous. 

Promis, dès que possible on se fera une méga teuf pour célébrer la joie et le plaisir d’être ensemble. 

Joyeux Noël 2020.