Une opinion de Jean-Yves Buron, au nom de l'Opération Thermos Liège ASBL.

Certains discours instrumentalisent sans vergogne les exclus et les SDF de Belgique pour s’opposer aux réfugiés. L’Opération Thermos dit non ! Ils ont tout faux.

Depuis quelques semaines, l’actualité bouillonne d’images de réfugiés arrivant en Europe. La guerre au Proche-Orient est terrible. Elle jette sur les routes des dizaines de milliers de personnes fuyant l’horreur des combats, l’occupation, la torture ou les privations. L’Europe en accueille une petite partie.

Depuis quelques semaines, les Belges, comme tous les Européens, se posent des questions. Comment organiser l’accueil ? Comment répartir les réfugiés entre pays et entre régions ? Quels changements cette vague d’immigration va-t-elle provoquer chez nous ? Se poser ces questions est légitime mais heureusement, il y a bien des spécialistes pour relativiser les chiffres et expliquer que nos craintes ne trouvent pas de fondement rationnel.

Depuis quelques semaines, il y a un grand élan de solidarité qui a pris naissance spontanément. Ce sont des centaines de Belges, des milliers d’Européens, qui se mobilisent pour accueillir au mieux les réfugiés.

Malheureusement aussi, depuis quelques semaines, il y a ceux qui cherchent à diviser et à rejeter. Selon eux, la Belgique ne pourrait pas aider les réfugiés et, dans le même temps, aider les Belges frappés par la pauvreté, l’exclusion ou le sans-abrisme. Ce discours instrumentalise sans vergogne les exclus et les SDF de Belgique pour s’opposer aux réfugiés. Parfois, ceux-là même qui plaident pour l’aide aux SDF de "chez nous" avant tout, sont ceux qui hier ne s’en souciaient pas, ou pire, les traitaient de parasites et d’assistés. Il faut dénoncer ce discours qui n’aide personne et qui, au contraire, génère encore plus d’exclusion…

Et réaffirmer qu’il ne peut être question de mettre en compétition les solidarités. Il n’y a pas à choisir entre la solidarité avec les réfugiés et la solidarité avec les SDF. Quoiqu’en disent certains responsables politiques et économiques, les chiffres sont là pour le prouver : la Belgique et l’Europe sont bien assez riches pour que chaque Belge, chaque Européen et chaque réfugié qui arrive chez nous, vive bien. Ne jouons donc pas le jeu de ceux qui divisent pour mieux régner.

Au-delà des événements largement médiatisés, au sein d’association comme la nôtre et dans des dizaines d’autres un peu partout en Belgique, des milliers de volontaires font vivre la solidarité quotidiennement, la solidarité loin des caméras, la solidarité inconditionnelle, la solidarité avec chaque être humain quelles que soit sa nationalité, ses convictions et les raisons pour lesquelles il se trouve en difficulté… Cette solidarité prend d’abord la forme de la rencontre avec l’autre, sur un pied d’égalité.

Nous sommes convaincus que cette "solidarité vécue dans la rencontre" est un puissant levier pour guérir notre société de la peur et de la frustration qui engendrent le rejet et la division. La solidarité est l’antidote à la frustration, moteur de notre société de consommation. Cette frustration nous rend constamment insatisfait, envieux de celui qui a plus et méprisant avec celui qui a moins, et qui veut plus sans en avoir les moyens. La frustration se renforce d’elle-même. Etre solidaire, c’est investir et s’épanouir dans les rapports humains, c’est briser la dynamique de frustration. La rencontre, elle, est le remède à la peur de l’autre qui naît de la méconnaissance de l’autre, qu’il soit SDF ou réfugié. La peur est véhiculée par des idéologies politiques qui voudraient préserver une société qui n’existe pas et qui n’a jamais existé. Puisque ne l’oublions pas, l’histoire de l’humanité est d’abord une histoire de migrations.

Enfin, réjouissons-nous de cette bonne nouvelle : actualité brûlante ou pas, les Belges solidaires sont légion et la "solidarité-rencontre" fait des merveilles tous les jours un peu partout… Et peut-être à quelques pas de chez vous !