Opinions Télés enroulables ou toilettes connectées : le high-tech fascine, mais son bilan écologique et humain est désastreux.  Une opinion de Valéry Witsel, Membre de la Commission justice et paix.


Les dix nouveautés high-tech qui amélioreront notre quotidien", titrait La Libre Belgique en première page voici une semaine. Les pages économiques décrivaient ensuite des taxis volants, des télés enroulables ou des toilettes connectées, inventions exposées et promues à Las Vegas par l’industrie électronique. Attestation de plus que le high-tech fait l’objet d’une véritable fascination collective dans nos sociétés.

Mais est-il si évident que la production et la consommation de ces inventions hyperconnectées contribuent réellement au bien commun ?

Au regard du bilan écologique de la révolution numérique que nous sommes en train d’expérimenter, il est permis d’avoir de sérieux doutes. En effet, l’industrie high-tech encourage globalement à la consommation de ressources non renouvelables. Paradoxalement, le monde "virtuel" repose des ressources bien réelles : toute l’industrie numérique dépend d’infrastructures lourdes (serveurs, câbles transocéaniques, centres de données, antennes, satellites, etc.) produites à partir de plusieurs dizaines de minerais différents, lesquels nécessitent de plus en plus d’énergie pour leur extraction, énergie produite essentiellement à base de charbon et de pétrole.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’extraction de minerais a par ailleurs triplé depuis les années 1970 pour atteindre 70 milliards de tonnes en 2010. Si nous continuons au rythme actuel, nous devrions atteindre les 180 millions de tonnes en 2050. En conséquence, l’extraction industrielle de la nature, en plus de contribuer grandement au réchauffement climatique, produit des désastres écologiques et sociaux majeurs dans les régions du monde où sont exploités ces minerais de façon intensive.

À l’heure où des dizaines de milliers de citoyens se mobilisent en Belgique pour réclamer de façon urgente une justice climatique et environnementale, il est indispensable de réenvisager notre rapport aux objets de consommation. À cet égard, il est attesté que la plupart des innovations ultraconnectées high-tech contribuent à une fuite en avant qui met en péril l’avenir des sociétés humaines.

À rebours de cette tendance, les "low-tech" se définissent comme des technologies soutenables et accessibles à toutes et tous. Cette démarche est au domaine des technologies ce que la permaculture est à l’agriculture : un accélérateur de la nécessaire transition écologique et sociale, ainsi qu’une philosophie de vie pratique à mettre en œuvre. L’esprit low-tech renvoie à des choses aussi différentes que les initiatives zéro déchet, les "repair cafés", la réalisation d’une maison en terre-paille, d’un four solaire ou d’une éolienne low-tech.

Toutes ces démarches ont comme point commun d’amener à repenser en profondeur la conception et la production des objets indispensables à notre existence, afin que ceux-ci soient réparables, réutilisables, faciles à démanteler et recyclables en fin de vie, tout en utilisant le moins possible de ressources non renouvelables.

Les promoteurs du low-tech visent également à répondre à une aspiration à plus de bien-être, à un mode de vie plus simple et à une plus grande autonomie des citoyens dans leur environnement. Le high-tech renforce, au contraire, la complexité des objets et la dépendance des utilisateurs envers les sociétés multinationales.

Enfin, une politique low-tech ambitieuse laisse entrevoir d’autres effets bénéfiques. En redonnant de l’autonomie aux personnes, les low-tech peuvent constituer une porte de sortie pour les personnes précarisées. À partir d’une nouvelle approche de la technique peuvent également se déployer des secteurs économiques locaux, sources d’emplois non délocalisables et compatibles avec les exigences de la transition écologique et sociale. Enfin, les low-tech peuvent être un facteur de paix internationale, en diminuant la tension sur les matières premières minérales et énergétiques. Reste aux décideurs politiques et citoyens à s’emparer (sans attendre) de ces enjeux !