Une opinion d’Adrien Jahier, consultant et formateur en transition et communication écologique.

À partir du lundi 8 juin, les excursions seront enfin possibles en Belgique. Le tourisme local ou "staycation" va devenir alors la solution pour la plupart d’entre nous : de courts séjours proches de chez soi – notamment le temps d’un week-end – permettront à chacun de s’évader. Malheureusement, le secteur du tourisme est largement émetteur de gaz à effet de serre : en 2018, il représentait, au niveau mondial, environ 8% de ces émissions. Avec l’annonce récente de la phase 3 du déconfinement, comment est-il alors possible de pratiquer un tourisme local qui soit le plus écologique possible ?

Un défaut de communication

Marie Spaey d’Inter-Environnement Wallonie souligne, dans un rapport publié en 2017, les deux principaux obstacles au développement d’un tourisme plus écologique pour les vacanciers : la crainte qu’il soit plus cher qu’un tourisme conventionnel et la méconnaissance des lieux qui le proposent. Pourtant, de véritables vacances écologiques riment avec économie et les endroits répondant à des standards environnementaux ne manquent pas dans le pays. Un travail important de communication reste donc à faire de la part des différents acteurs du tourisme vert.

Mais avant d’y arriver, voici déjà quelques conseils pratiques pour cet été. Ces suggestions sont à suivre en conformité avec ce qui a été décidé lors du Conseil National de Sécurité (CNS) du mercredi 3 juin et notamment la "règle des 10" : chaque individu ou groupe familial pourra voir, chaque semaine, 10 personnes différentes maximum. Les règles d’hygiène – se laver régulièrement les mains, ne pas se serrer la main, ne pas faire la bise – et la distance de sécurité d’1 mètre 50 entre les vacanciers restent également à respecter jusqu’à nouvel ordre. En cas de question, le site info-coronavirus.be reste la ressource officielle à consulter pour le bon respect des consignes.

1) Voyager léger pour retrouver sa liberté

Premier constat : des vacances écologiques commencent avec un moyen de déplacement durable comme la marche à pied et le vélo. Par rapport à une voiture à essence, ces deux moyens de transport permettent d’économiser 135 grammes de CO2 par kilomètre parcouru !

Avant de se lancer sur les routes, il s’agit alors de préparer son sac, ce qui constitue déjà une expérience écologique. Alors que le surplus peut souvent être de mise lorsque l’on voyage en voiture ou en avion, il est indispensable de voyager léger à pied ou à vélo et d’emporter avec soi l’essentiel : quelques vêtements, un imperméable, etc.

2) Marcher et pédaler pour découvrir la nature

Que ce soit à vélo ou à pied, la lenteur qu’imposent ces moyens de déplacement permet de mobiliser l’ensemble de nos sens et d’être plus attentif à l’environnement que l’on parcourt : un oiseau qui vole à basse altitude, l’odeur d’une plante particulière, le bruit du vent dans le feuillage des arbres, etc. La lenteur permet aussi d’être davantage en contact avec les gens que nous croisons sur la route, qu’ils soient riverains ou eux aussi voyageurs. Mais encore faut-il au préalable avoir choisi sa route…

L’asbl Les Sentiers de Grandes Randonnées propose aux randonneurs pédestres plus de 5.000 km d’itinéraires à Bruxelles et en Wallonie. L’incontournable Réseau Autonome de Voies Lentes (RAVeL) est également un moyen écologique pour partir à l’aventure : ce ne sont pas moins de 1.440 km de chemins réservés aux usagers lents comme les piétons et cyclistes. Le plus souvent aménagés le long d’anciennes voies de chemin de fer, ils couvrent 45 itinéraires locaux et sont reliés à 10 itinéraires régionaux. Les pentes sont rares et, hormis quelques traversées, vous ne croiserez pas de voitures !

Du côté de la Flandre, le portail GroteRoutepaden est une ressource indispensable pour découvrir à pied ou à vélo la Région.

3) Faire confiance à la "Clé verte" pour manger et dormir

Voyager sans moyen motorisé donne au voyage le goût de l’effort et de sa récompense : après une longue journée de marche et/ou de vélo, choisir une structure d’accueil qui répond à des critères environnementaux pour se restaurer et dormir est essentiel. La Clé verte est un label international présent dans 66 pays et une centaine d’établissements belges en est détentrice. Du simple gîte à l’hôtel, en passant par le camping, ces structures d’accueil se sont notamment engagées à proposer des repas plus durables, à privilégier les énergies renouvelables ou encore à réduire leur consommation d’eau et de déchets.

Ces établissements labellisés Clé verte permettent de voir, en pratique, comment le secteur de l’Horeca entame sa transition écologique. En étant client, vous deviendrez, une fois rentré chez vous, ambassadeur de ce tourisme vert !

4) Camper chez l’habitant pour plus de convivialité

Après une période de confinement où les interactions sociales ont cruellement fait défaut, compter sur autrui pour ses déplacements apporte un peu de convivialité. Ainsi, si les hôtels et campings sont pris d’assaut, une alternative vient de naître sur Internet : Welcome to My Garden ! Elle permet d’être hébergé chez des habitants volontaires. Le site web affiche également les aires de bivouac officielles.

Pour les cyclistes, un portail web déjà connu – Warmshower – permet de s’appuyer sur la solidarité d’une communauté internationale : elle met en contact des voyageurs en vélo avec des hôtes prêts à les accueillir : en plus d’une douche, ils peuvent proposer un emplacement pour camper, un canapé-lit ou une chambre, un repas, etc. Le site ne s’adresse pas uniquement aux cyclistes les plus expérimentés mais également à tous les amateurs de vélo !

5) Faire l’échappée transwallonne

Si vous voyez grand pour ces vacances d’été, l’échapée transwallonne, développée par l’entreprise Hike Up, reste à l’heure actuelle le parcours écologique le plus complet en Belgique : à partir d’un guide et d’une carte, vous pourrez parcourir 430 Km en 8 jours en Wallonie et au-delà avec, pour chaque étape, des hébergements facilités pour les vélos (détenteurs pour certains du label Clé verte), différents points d’intérêt historique et culturel, des restaurants bios ou produits du terroir. En résumé, un tour complet de ce que peut être le tourisme vert en Belgique !

En suivant ces quelques pistes tout en respectant les règles de sécurité sanitaire, le tourisme écologique, fait de sobriété, est donc facile à mettre en œuvre… à chacun d’entre nous de le pratiquer cet été !