Opinions
Une opinion de Paul N. Goldschmidt, directeur (e.r.) à la Commission européenne, membre du "Comité des sages" de Stand Up for Europe.


Dans un climat où le projet européen est délaissé par l’opinion, souvent mal informée, la prise de conscience par les jeunes que c’est leur avenir qui est menacé par le réchauffement climatique, apporte une lueur d’espoir qui, intelligemment gérée, pourrait transformer les élections européennes de mai prochain en fait politique majeur.


Le thème du réchauffement climatique est emblématique d’une préoccupation mieux appréhendée à l’échelle de l’Union européenne (le climat ne s’arrête pas aux frontières), seul niveau de pouvoir pouvant faire prévaloir l’intérêt général sur les revendications partisanes "nationales". Ce défi a aussi la capacité de mobiliser un électorat peu enclin à se motiver pour les enjeux européens ; de plus, il constitue un argument de poids pour décrédibiliser les programmes des populistes/nationalistes qui sont proposés à leurs suffrages.

Un moment bien choisi

La campagne électorale est un moment particulièrement propice pour accentuer la pression sur la classe politique en exigeant que les candidats - et donc les partis qu’ils représentent - s’engagent explicitement et irréversiblement sur le volet climatique. Cette jeunesse, qui défile en Belgique chaque jeudi et dont le nombre explose, ne représente pas seulement les électeurs de demain mais est capable d’exercer, dès aujourd’hui, une influence considérable sur ses parents et amis en âge de voter. Il faudra donc faire passer le message dont aucun parti responsable ne pourra se désintéresser.

Dans le mouvement des jeunes en Belgique, les professeurs ont joué un rôle extrêmement constructif, favorisant des débats avec et entre les élèves. Il serait particulièrement bienvenu que ces initiatives soient prolongées par une information plus approfondie sur le fonctionnement de l’Europe, de son utilité et de ses valeurs au sein de la population scolaire.

Notons que cet intérêt soudain est devenu "viral" puisqu’il prospère au travers des réseaux sociaux et s’est invité non seulement à la COP 24 en Pologne, où une jeune Suédoise de 16 ans a pris la parole, mais également à Davos, Mecque de la finance et de la mondialisation. Même le monde raréfié des banques centrales se saisit de la question du réchauffement climatique et de son impact sur la "politique monétaire" ; cela souligne combien il s’agit d’une préoccupation d’actualité plutôt que d’un problème à moyen ou long terme et que cette question doit dorénavant être au cœur des politiques économiques et sociales de tout gouvernement qui se respecte.

La valeur ajoutée de l’Union

Il faut absolument capitaliser sur ce mouvement pour démontrer à l’électeur l’intérêt et la valeur ajoutée qu’apporte l’Union, car les avancées nombreuses du passé sont souvent ignorées. Ainsi, la paix au sein de l’Union depuis sa fondation il y a 70 ans se trouve directement menacée par les conséquences du réchauffement climatique.

En effet, ce phénomène ne fera qu’amplifier les flux migratoires, apportant aux extrémistes des arguments fallacieux tels que le repli à l’intérieur de frontières nationales que, livrés à eux-mêmes, ils seraient incapables de défendre.

À la veille du lancement de la campagne électorale pour le nouveau Parlement européen, il faut saisir cette occasion providentielle pour étendre le mouvement initié par les jeunes à toutes les populations scolaires de l’Union ; pour pousser cette jeune génération à formuler des revendications et des exigences auprès des candidats députés ; pour encourager les élèves à influencer leurs parents et amis à participer massivement au scrutin et à prendre en compte les impératifs climatiques, lors de leur vote.

Une nouvelle dynamique

Il serait possible de transformer fondamentalement le climat politique qui entoure le scrutin et d’impulser une nouvelle dynamique à l’ensemble du projet d’intégration européenne en parallèle avec d’autres initiatives très récentes telles que l’appel de Bernard-Henri Lévy, soutenu par trente écrivains internationaux, qui s’adresse à "ceux qui ne se résolvent pas à la catastrophe annoncée : il faut, quand grondent les populismes, vouloir l’Europe ou sombrer" ; ou encore l’exhortation du pape François lors des JMJ de Panama qui a appelé les jeunes "à vivre dans le présent et ne pas attendre leur heure ; Dieu vous convoque et vous appelle dans vos communautés et vos villes à aller à la recherche de vos grands-parents, de vos aînés ; à vous lever et à prendre la parole avec eux et à réaliser le rêve que le Seigneur a rêvé pour vous".

Une brève fenêtre d’opportunité s’ouvre : que tous ceux qui veulent protéger notre civilisation, ses valeurs et léguer aux générations futures une planète habitable, s’engagent résolument à transformer les élections européennes en une manifestation de solidarité entre tous ses citoyens !

Titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Élections européennes : le combat de la jeunesse pour le climat peut bouleverser la donne !"