Par Samy Laarbaui, président du Kot Citoyen et étudiant en relations internationales

Comme un air d’été au mois de février, comme un sentiment que ce maudit virus n’est jamais entré dans nos vies ou en est finalement sorti.

Il y a un an, je partageais, grâce au Kot Citoyen, un billet d’humeur se voulant porteur d’espoir et de cohésion pour notre société. Je comprenais bien, à l’époque, la nécessité de ces mesures inédites et tellement contraignantes. Mais qui aurait pu prédire qu’un an plus tard, rien n’aurait changé ?

L’année s’est tristement écoulée en traversant le printemps solitaire, les examens en distanciel et les vacances annulées. Un sursaut d’espoir et de vie en septembre mais qui n’aura été qu’une étincelle de lumière dans la pénombre ambiante qui était déjà de retour en octobre : retour du distanciel, annulation de toute activité extra-académique, enterrement de la culture, bulle d’une personne, couvre-feu et j’en passe.

Etudiants ignorés par les politiques

Vous avez certainement entendu parler du concept de "jeunesse sacrifiée". Loin d’apprécier ce terme quand il a fait son apparition, je commence à comprendre tous les pans cachés derrière cette notion. On nous a demandé de faire des efforts pour aider les plus fragiles, efforts que l’on a fait. On nous a dit de garder le cap : nous l’avons fait. On nous a sommé de ne plus voir notre entourage, on a rompu tout contact. Qu’avons-nous eu en retour ? Une diabolisation des étudiants de la part des médias qui, chaque jour, publiait le nombre de contraventions dressées durant la nuit écoulée, ce qui a eu comme unique effet de creuser encore davantage le fossé séparant la jeunesse de la vie active. Les politiques ont totalement ignoré les besoins des étudiants et ils se doivent d’accepter la responsabilité de leur inaction : suicides, détresse psychologique, décrochage scolaire et des files de plusieurs centaines de personnes venues chercher un colis alimentaire dans le seul espoir de survivre jusqu’au lendemain.

Dans des parcs, assis entre eux, à rire, parler, danser

La semaine dernière, le soleil a brillé à des températures inédites pour cette période de l’année. Comme une invitation de sa part à nous pousser dehors. Alors, les étudiants se sont retrouvés dans des parcs, assis entre eux, à rire, parler, danser : à vivre tout simplement. Nous avons tous vu les images de centaines de jeunes en train de vivre à nouveau. J’y étais. Et à chaque fois, on me répétait la même chose : "on a l’impression que rien n’est jamais arrivé, mais on est beaucoup plus heureux de le vivre maintenant, après tout ce que l’on a enduré".

Oui, ces mesures sont contraignantes pour toute la société. Oui, les jeunes n’ont pas vécu la guerre et oui, libre à vous de continuer à blâmer les étudiants, mais libre à vous également de chercher à comprendre tout le processus qu’il y a eu avant cette semaine ensoleillée.

Cette semaine ensoleillée, c’est le message que les étudiants ont voulu envoyer à leurs dirigeants. Nous existons, nous continuons à vivre même si c’est plus difficile qu’avant pour certains, et si vous ne nous donnez pas de perspectives d’avenir rapidement, la seule conséquence qu’aura votre inaction sera de nous faire perdre définitivement le peu de légitimité que l’on vous accorde encore.

En attendant votre réponse, une réponse concrète car les mots ne suffisent plus, nous nous accueillerons la prochaine semaine ensoleillée, en continuant à (re)vivre.