Une chronique de Carline Taymans, professeure de français à l'Ecole européenne.


Avec son décalage par rapport au calendrier civil, le monde scolaire ne peut pas se permettre de prodiguer des vœux traditionnels en ce début d’année, au risque de paraître incongru ou, du moins, décalé.

C’est pareil chaque année : on se quitte en décembre, épuisés par des sessions de tests ou d’examens, en se lançant dans des sourires incrédules l’inévitable "À l’année prochaine" ; puis on se retrouve deux semaines plus tard, repus, abreuvés, et quelque peu apaisés, en s’adressant le tout aussi traditionnel "Bonne année !", un peu grinçant tout de même. Parce que cette dite année ne revêt guère son sens de borne temporelle à l’échelle scolaire.

Dans la société civile "normale", il ne viendrait à l’idée de personne d’adresser à la ronde des vœux de santé et de prospérité au mois de juillet, sauf dans le cas d’événements exceptionnels notoires. Le même principe vaut pour les microcosmes scolaires où, en janvier, l’année s’avère déjà bien entamée. À la limite conviendrait-il davantage de se souhaiter une bonne rentrée, mais là encore, du bout des lèvres, puisque celle-ci n’a rien à voir avec la vraie, de septembre, conventionnellement appelée "le début de l’année".

S’il y a de quoi s’y perdre au niveau du vocabulaire, maîtres et élèves s’y retrouvent pourtant dans leurs rythmes décalés. Janvier, c’est le mois durant lequel il n’y a plus d’excuse, celui pendant lequel les élèves de dernière année passent les premières épreuves du bac, tandis que les autres réagissent aux notes qu’ils ont méritées au premier trimestre (du calendrier scolaire, s’entend, parce qu’au niveau de l’année civile passée, il s’agissait du dernier). Comparés à ce premier cap, le plus long, le plus froid, le plus lent, les prochains apparaissent déjà pressants, plus fugaces et joyeux à la fois : les vacances de crocus, comme les Néerlandais ont l’intelligence de les nommer, dans à peine sept semaines, les voyages scolaires de mars, la longue pause de Pâques, mai et ses coupures, puis le grand défi de fin d’année (en juin, s’entend).

Le rythme s’accélérera indéniablement, si bien que se souhaiter maintenant une bonne année, c’est faire vœu de ne pas manquer de carburant en cours de route, afin de pouvoir tenir la route jusqu’au bout de sa moitié en tout cas, devant ou derrière les pupitres. Parce qu’il va falloir, d’un côté, battre la mesure à coups de répétitions, d’évaluations, de recalibrages, de conseils de classe et de réunions diverses ; et, de l’autre, planifier ses lectures, choisir ses activités, endosser d’éventuels rattrapages, noter et accepter d’être noté. Heureusement que les congés de fin d’année (civile) ont permis de brièvement couper les ponts avec la réalité et de se ressourcer dans les paillettes et aiguilles de pin. En ressortir, c’est effectivement (re) commencer l’année du bon pied.

Dans cet esprit de petite renaissance, quelques initiatives tracent la voie d’une vision décalée, tendre, festive et/ou humoristique. Ainsi une fame galery se prépare dans les locaux d’art : des portraits dessinés, écrits, suggérés, colorés ou autres, d’individus de cette communauté scolaire dans son ensemble, qu’ils soient enseignants, ouvriers de maintenance, membres de l’administration, à exposer dans les couloirs les plus fréquentés. Et encore, une nouvelle mouture de fête scolaire, plus responsable écologiquement, moins démesurée mais plus personnelle, et donc déjà plus émouvante. Et la sortie en beauté des grands élèves de la promotion dite "2002-2020", qui n’ont pas manqué d’afficher, sur la collection de sweaters créés en leur nom, la particularité de ce jeu de chiffres qui les caractérise : nés en 2002, pour la plupart, ils termineront leurs études secondaires en 2020, et glisseront dans le monde adulte avec la même douceur efficace que sur le jeu des cases qu’il leur a suffi de légèrement déplacer pour résumer leur vie entre ces deux années. Civiles, cette fois.

À ceux-là, et aux autres, toute l’école souhaite, d’une seule voix et faute de mieux, une excellente (demi-) année.

Titre de la rédaction. Titre original : "Bonne demi-année"