Opinions
Une chronique de Gisèle Verdruye, professeure de français dans une école secondaire.


Que va-t-on faire de cet élève ? Le sortir systématiquement des cours pour permettre aux autres de pouvoir les suivre sereinement ? Absurde autant qu’inutile !

Il est là, dans un coin de la cour de récréation. Assis contre un mur, il s’est positionné de telle manière qu’il est éclairé par un rayon de soleil matinal. La journée a commencé depuis une vingtaine de minutes et il est hors de sa classe. Le soleil va disparaître derrière la façade de l’école et lui va rester là jusqu’au changement de cours et de local. Que faisait-il là ? Qui est-il ? C’est le cancre, celui qui est parvenu à user jusqu’à la corde la patience du prof et qui, parce qu’il lui tient tête effrontément et refuse de faire la tâche demandée, a été exclu de la classe pour que les autres n’en pâtissent plus !

Que va-t-on faire de cet élève ? Le sortir systématiquement des cours pour permettre aux autres de pouvoir les suivre sereinement ? Absurde autant qu’inutile ! Pourtant, il va bien falloir trouver quelque chose…

Qu’il soit en pleine rébellion contre ses parents ou en totale perdition face aux cours et matières, notre travail doit lui permettre de comprendre que son attitude est vaine. Nous devons lui accorder le temps nécessaire pour réaliser qu’il s’enferre lui-même dans les frusques d’un personnage impossible à incarner en permanence et qu’il a autant de moyens que les autres, parfois plus d’ailleurs, pour être bien dans sa scolarité. Le défi, l’insolence, la provocation, c’est bon un temps ! Après, il y a bien mieux à vivre !

Voilà bien un dysfonctionnement qui va pouvoir être mis à nu grâce à l’évaluation des forces et faiblesses que chaque école va devoir réaliser en entrant dans le plan de pilotage ! Ce scanner scrupuleux de ce qui va bien et de ce qui doit être amélioré va précéder la mise en place des objectifs à concrétiser en quelques années pour que l’école aille mieux.

La réintégration de notre cancre dans la classe nécessite du temps et de l’écoute. Comme d’autres, il veut une véritable place dans son groupe, exister pour lui-même et faire entendre ses besoins plus spécifiques dans chaque matière. Une bonne solution sera de diminuer sérieusement la taille des classes afin de garantir une meilleure disponibilité de chaque prof pour tous les élèves et donner l’occasion aux têtes plus dures d’être elles-mêmes sans encourir les foudres d’un enseignant épuisé par 25 ados déchaînés !

Ha ! Mais non ! Pas de chance ! Il n’y aura pas de nouveaux moyens débloqués pour que les écoles concrétisent leurs objectifs. Il faudra donc renoncer à dédoubler les classes et continuer à faire de la gestion de troupeaux à défaut de personnaliser l’enseignement.

Pourtant, ce nouvel élan de l’enseignement nous est présenté comme l’occasion exceptionnelle d’enfin pouvoir choisir vers quoi diriger notre école pour qu’elle soit plus performante, plus attractive, plus… mieux, quoi ! Enfin, les enseignants pourront décider des objectifs à atteindre ! Une telle liberté est grisante, jusqu’à ce qu’on dessaoule brutalement en comprenant qu’il n’y aura pas d’argent supplémentaire et qu’on sera responsable, et en devoir d’assumer l’échec des projets qui n’auront pas abouti ! Alors, nous a-t-on expliqué, visez petit et peu ! Trois ou quatre objectifs au maximum sur six années ! Et envisageables avec les bonnes volontés de chacun et la disponibilité de tous pour y parvenir ! La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) dépense déjà suffisamment d’argent comme ça pour des résultats aussi peu reluisants que les nôtres, alors ça suffit !

Nous allons donc devoir aider la FWB à faire des économies tout en remontant notre cote dans les évaluations internationales ! Pas de nouvelles classes, de nouveaux profs, de pédagogies personnalisées, de remédiations adaptées ! Mais ce sera notre faute si les choses n’évoluent pas positivement. Pour le moment, personne n’évoque clairement les sanctions qui seront prises contre les écoles qui n’auront pas réalisé les objectifs qu’elles s’étaient fixés, mais il y a fort à parier qu’elles toucheront les subsides alloués. Logique ! C’est pour cela qu’il ne faudra pas se montrer trop audacieux ou ambitieux !

Pour notre cancre, il n’y a plus qu’à espérer que la météo reste bonne…

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Et comment on fait ?".