Mais qui est prêt à poursuivre des lancinants combats, alors que ce sont les mentalités qui changent vraiment le cours des choses ? Une chronique de Xavier Zeegers. 

Avec la lecture des noms des victimes, les prières, et les cornemuses dont le son soulève les cœurs, la commémoration du 11 Septembre à New York est devenue un marronnier, comme les bouchons de la rentrée. Pas question de railler ce deuil mais, 18 ans après, on peut dire que le souvenir ne s’efface pas, d’autant plus qu’il reste d’actualité. Pour s’en convaincre, rappelons-nous succinctement ici les suites de ce jour maudit.

Beaucoup crurent à l’éclatement de la 3e guerre mondiale. À tort, bien qu’une nouvelle guerre ait éclaté dès le 7 octobre 2001. Selon les Nations unies, elle est légitime car motivée par le biais d’une "résolution contre une agression caractérisée", comme pour la Corée en juin 1950, ou le Koweït en 1990. Le but était de détruire Al-Qaïda, capturer son chef et détruire ses bases. Les talibans furent défaits dans un premier temps, mais reprirent insidieusement le contrôle du pays malgré la présence d’une force internationale d’assistance nationale et de sécurité (FIAS) sous l’autorité de l’Otan : 130 000 hommes et 51 pays, dont le nôtre. Cela aurait dû suffire ? On le supposait. Cet engagement prit fin le 31 décembre 2014, passant alors le relais à l’armée afghane, avec l’appui d’une force dite non combattante (la resolute force, même si des troupes U.S. restèrent) laquelle offrit ses bons conseils et études stratégiques. C’est bien le moins quand on tente de créer un État de droit dans un pays pacifié et devenu démocratique. Opération réussie ? Dès les présidentielles de 2004, le président George W. Bush proclama que c’était chose faite. "Mission accomplished", lisait-on sur une banderole déployée, après la chute de Saddam Hussein et son armée qui, désœuvrée, devint l’ossature de l’État islamique… Qu’importe, car c’est surtout l’Afghanistan qui illustra alors son pseudo triomphe sur ce qu’il nommait l’axe du mal. Ainsi, "le monde s’est enrichi de deux nouvelles démocraties" proclamaient ses clips de campagne. Fake news, déjà. Il fut réélu, huit ans de perdu. Obama poursuivit le combat, jugeant que le monde libre ne peut vivre sous une épée de Damoclès. Et les budgets explosèrent, les victimes s’accumulèrent, le président Karzai montra ses limites, et la lassitude s’installa. Quant à la sécurité… Le 1er août dernier : 33 morts dans une mosquée, le 17 un kamikaze fait 63 morts à un mariage : qu’espérer encore ? Trump affirma pourtant le 20 son espoir de désengager des troupes car les négociations positives se poursuivent, pour changer d’avis le… lendemain : ce serait ouvrir une brèche fatale. Soit ce que disait Obama il y a dix ans. Puis, il se reprit encore, jugeant "qu’après un effort militaire efficace une solution politique serait envisageable avec une partie des talibans". Mais patatras : nouvel attentat à Kaboul le 7 septembre ; ces gens ne sont pas fiables, vite, un tweet, et cela repart. "Combien de décennies se battront-ils encore ?" se plaint-il. Réponse : l’Afghanistan est aussi rude que son terrain. Il a déjà humilié les prétendus puissants : les Anglais, les Soviétiques et déjà, de facto, les Américains. Dussent-ils se battre mille ans, ils le feront. Mais nous ? Basta ; on se barre ? Ce n’est pas que Trump, mais le monde occidental qui doute. Et si oui, qui se ressemble s’assemble : les talibans vainqueurs pourront créer les Terroristes en Marche, avec les survivants de Daech et le reliquat d’Al-Qaïda. Ils baptiseraient leur pays le Terroristan, n’étant empêchés par personne.

Cela pour notre plus grand péril, évidemment. Mais qui est prêt à poursuivre des lancinants combats alors que ce sont les mentalités, et elles seules, qui changent vraiment le cours des choses ? Imposer la démocratie par la force ? Commençons par y croire nous-mêmes ! Vacillant dans ce monde déboussolé, je me réfugie piteusement dans la tranchée de mes livres. Voici ce qu’un éminent stratège militaire doublé d’un visionnaire exceptionnel - rare conjonction ! - a écrit : "Il arrive que les nations acceptent de respecter le droit, mais il ne suffit pas de le dire pour l’imposer. Quelque direction que prenne le monde, il ne se passera pas des armes. Sans désavouer aucune espérance, où voit-on que les passions et les intérêts d’où sortent les conflits armés taisent leurs exigences, que quelqu’un renonce de bon gré à ce qu’il désire, et que les hommes, enfin, cessent d’être des hommes ?" Il s’agit de Charles de Gaulle dans Le Fil de l’épée, paru en 1932. Ma seule espérance est désormais de croire que les hommes resteraient des hommes même s’ils se décidaient à vivre en paix. Mais n’est-ce pas un vœu pieux ?

Le titre est de la rédaction. Titre original : "L'embrasement du monde"

xavier.zeegers@skynet.be