Une opinion de Tom Meuleman, président de l'Institut des Réviseurs d'Entreprises.

"L’amélioration continue vaut mieux que la perfection retardée" écrivait Mark Twain. C’est particulièrement vrai quand il s’agit de chiffres. En tant qu'interlocuteur financier par excellence de 3800 conseils d'entreprise belges, dont les plus grandes entreprises et organisations de notre pays, représentant plus d'un million de travailleurs, nous, les réviseurs d'entreprises, savons mieux que personne ce qu’il y a lieu de faire. D'ici quelques semaines, des dizaines de milliers de salariés choisiront, pour les quatre prochaines années, leurs représentants aux conseils d’entreprises. Dans les entreprises et organisations de plus de 100 salariés, un conseil d'entreprise est en effet obligatoire - et c'est là que les réviseurs d'entreprises ont un rôle essentiel à jouer en tant qu'interlocuteurs indépendants entre les représentants des travailleurs et les employeurs. Et nous pouvons tous en tirer des leçons.

Non, nous ne sommes pas assis à côté de la direction

Un bon dialogue social repose sur des chiffres fiables. Et une consultation sociale saine est profitable à la fois pour les employeurs et les travailleurs. Trop souvent, le réviseur d'entreprises est associé, voire assimilé à l'employeur, au motif que celui qui paie la facture, pourrait décider de ce qui est doit ou peut être dit. Rien n’est moins vrai. Non, nous ne sommes pas assis à côté de la direction et nous ne sommes pas opposés aux salariés. Les réviseurs d'entreprises sont au service de l'intérêt général. A ce titre, nous devons obtenir la confiance de tous les représentants aux conseils d’entreprise, employeurs et travailleurs. C'est, selon moi, la seule façon pour nous d'être un interlocuteur fiable et crédible.

Aujourd'hui déjà, certaines délégations de représentants des travailleurs ont l’occasion de rencontrer le réviseur d'entreprises hors de la présence de la direction. Ces rencontres sont déjà rendues possibles par la loi. Mais cette pratique existante devrait être généralisée dans les années à venir, voire sans doute être rendue obligatoire. Il est également clair que, lors des explications annuelles relatives aux informations économiques et financières, en abrégé les IEF, le réviseur d'entreprises doit également s'adresser à la délégation des travailleurs sans la présence de la direction.

La faible qualité des bilans sociaux

Un deuxième point sur lequel nous devons réellement progresser est la qualité des données reprises dans les bilans sociaux. Trop souvent, nous sommes obligés de contrôler des bilans sociaux de faible qualité. Il suffit de se souvenir de la mauvaise qualité des données sur les écarts salariaux entre hommes et femmes ou des coûts de formation qui ne sont pas transparents. Généralement, la raison de ce manque de qualité n’est pas compliquée à trouver: les logiciels de traitement des salaires et les secrétariats sociaux ne fournissent pas suffisamment de données spécifiques pour les bilans sociaux, les données ne sont pas correctement tenues à jour tout au long de l'année et leur présentation laisse souvent à désirer.

C’est sans doute involontaire de la part des employeurs. Toutefois, nous ne devons pas et ne pouvons pas refaire le bilan social. Et ce n'est que si nous constatons des anomalies et des incohérences importantes que nous pouvons sortir le carton rouge. Cela provoque, à juste titre, la frustration des syndicats, qui aiment utiliser les bilans sociaux comme un levier pour soutenir leurs demandes face aux problèmes qu’ils rencontrent, tels les besoins en formation ou les problèmes d'écart salarial entre les hommes et les femmes. L'établissement de bilans sociaux précis et complets relève de la responsabilité de la direction des entreprises. Notre recommandation est d'analyser de manière critique les processus relatifs à cette problématique et de mettre en œuvre les améliorations nécessaires en consultation avec les prestataires de services externes.

Une législation dépassée 

Enfin, et ce n'est certainement pas le point le moins important, il y a aussi du travail à faire pour nettoyer une législation largement dépassée. Les dispositions relatives aux informations financières à fournir au conseil d'entreprise remontent à près de 50 ans, lorsque les entreprises de production telles que les entreprises sidérurgiques étaient encore la norme. Cette législation est obsolète, elle se concentre trop sur les détails et détourne l'attention de l'essentiel.

Examinons donc ce qui est essentiel dans les informations financières et ce qui peut être omis au profit d'une information financière plus compréhensible et plus accessible. Nous proposons que le gouvernement en dialogue avec les représentants des employeurs et des travailleurs mettent sans tarder à jour ces anciennes lois afin de rendre les informations financières fournies aux conseils d'entreprises beaucoup plus simples et donc plus claires. Nous pouvons également apporter notre contribution en interrogeant les réviseurs d'entreprises, membres de notre institut, sur les questions les plus courantes, les malentendus et les lacunes constatés lors de la présentation des IEF soumises aux membres du conseil d'entreprise.

J'espère sincèrement qu'au cours des quatre prochaines années, nous pourrons travailler ensemble, gouvernement, employeurs, travailleurs et réviseurs d’entreprises, pour améliorer la qualité du dialogue social dans notre pays. Cela profitera à tout le monde : aux employés, aux employeurs et à l'ensemble de l'économie.