Une opinion de Quentin de Drée, membre de la conférence Olivaint de Belgique et étudiant à Louvain-la-Neuve en Relations Internationales.

Rassurez-vous, il ne s’agira pas d’une énième et sempiternelle opinion sur la malheureuse star du moment : le Covid 19. La raison ? Je ne suis ni scientifique, ni prophète mais simplement un de ces jeunes belges qui n’a jamais connu ni famines dévastatrices, ni guerres sanglantes, ni épidémies meurtrières. A ce titre, que puis-je faire si ce n’est comprendre comment un pangolin nous fait revivre, ce que nous n’avons jamais vécu ? Le sens du tragique.

Cet étrange vertige qu’évoque en nous le tragique, c’est, avant tout, la réalité brutale des choses. Après 75 ans de pacifisme et d’abondance matérielle, les ombres du passé se réveillent pour éclairer les maux dont notre vieille Europe occidentale semblait pourtant être immunisée à jamais. Dès lors, tâchons de retirer quelques leçons de cet horizon oublié…

Le retour du tragique nous réapprend l’humilité. L’humilité face à la science qui n’a parfois d’autres réponses que le silence. L’humilité face à la nature qui, fragile, reste toujours la plus puissante. L’humilité face à nous-mêmes et face aux autres. Personne n’échappe aux lois naturelles du vivant… pas même une civilisation de mortels qui se croyait invincible.

Le retour du tragique nous remémore que le progrès n’est jamais optimiste ou pessimiste mais un simple verre vide que nous décidons de remplir d’espoir. Ni plus, ni moins. Débordant d’un formol aux relents consuméristes et individualistes, nous prenons conscience, impuissants, de toute sa fragilité et sa vacuité pour répondre aux problèmes de demain. Puissions-nous comprendre à l’avenir, le danger d’un tel poison coulant dans nos veines lorsque nous nous déchainons, à la moindre secousse du monde, pour quelques denrées. Puissions-nous saisir que l’unique panacée à notre hubris moderne réside, non dans le perpétuel changement ou la frénésie du marché, mais bel et bien dans ce qui demeure l’essentiel à toute société humaine : la solidarité. Puissions-nous discerner, que les désirs individuels de chacun ne doivent ô combien jamais surpasser les besoins de la collectivité.

Le retour du tragique nous réinforme de notre responsabilité de protéger ce qui nous est proche et cher. A la venue d’un virus de portée mondiale, nous répondons par l’union nationale. Cessons de vouloir la détruire pour de vastes mesquineries politiques. A la peur qui s’immisce dans nos esprits, nous réalisons l’importance de nos soins de santé. Cessons de les sous-financer pour quelques ridicules deniers. A la préoccupation habituelle pour les défavorisés venus d’un monde lointain, nous pleurons dorénavant les noms de nos anciens. Cessons de les dédaigner pour des contrées plus "instagramables".

Nous voilà donc arrivés au retour du tragique dans son sens le plus ironique. Un pangolin qui, d’une chauve-souris à l’autre, nous rappelle que notre existence est contrainte de répondre aux intemporels appels de l’Histoire. Quels sont-ils ? Multiples ! Où sont-ils ? Partout ! Comment y répondre ? A nous de rouvrir nos yeux sclérosés ! A nous, d’être enfin, un peu moins immortels et un peu plus humains. A nous, de ne jamais cesser de s’occuper des plus faibles. A nous, d’être unis dans l’adversité comme dans la prospérité. Puisse l’étendard du bien commun être indéfiniment levé tant dans les moments de détresse que d’allégresse.

Haut les cœurs, un pangolin nous a peut-être fait redécouvrir notre humanité !