Une carte blanche de Violaine Herbaux. Échevine de l’enseignement et de la petite-enfance, Conseillère au Centre Jean Gol et maman.

Je suis maman, j’ai 33 ans et, outre mon emploi de conseillère au centre d’études du MR, je suis échevine dans ma commune de Silly. Mes journées sont donc bien remplies. Alors que notre deuxième enfant pointera le bout de son nez en mai prochain, mon mari et moi souhaiterions partager les 6 semaines facultatives du congé de maternité. Malheureusement, c’est aujourd’hui interdit. Plutôt étrange alors que l’égalité des genres et la liberté de choix figurent dans tous les agendas politiques.

Aujourd’hui, les femmes et les hommes réclament en effet l’égalité de traitement entre les conjoints tant en termes de congés qu’en termes d’indemnités. Un allongement du congé de paternité à 15 jours (contre 10 auparavant) est d’ailleurs en vigueur depuis ce 1er janvier 2020. Ce congé pour les co-parents devrait atteindre les 20 jours au 1er janvier 2023. Un processus d’égalisation est donc en marche.

Peu s’expriment par contre pour demander la liberté de choix dans l’organisation du congé de maternité.

Lors de l’arrivée de notre premier enfant, j’ai été écartée durant 15 semaines (9 semaines obligatoires et 6 semaines facultatives), ce que je n’ai pas apprécié. Coincée dans ma prison dorée, je regrettais d’être réduite à mon seule rôle de mère.

Peu de femmes parlent de cette idée du partage des congés à l’intérieur du couple, peut-être parce qu’elles se sentent coupables de ne pas souhaiter rester constamment près de leur bébé ou parce que le discours de l’égalité entre conjoints est davantage audible.

Le droit de la mère à céder une partie de son congé de maternité au conjoint mérite pourtant d’être reconnu et ce pour au moins 4 raisons.

1) La première concerne la liberté. Pourquoi refuser à un couple d’organiser librement le congé postnatal facultatif ? Pourquoi ne pas permettre à la mère de céder une partie de son congé au partenaire si elle le souhaite ? De nombreuses femmes et mères ressentent ce besoin de rester professionnellement actives et d’être entourées de leurs collègues. Céder une partie du congé de maternité leur permettrait de s’épanouir au travail tout en étant apaisée dans l’organisation de leur vie privée.

2) Pour des raisons financières. Il peut arriver, et heureusement, que les revenus de la mère soient supérieurs aux revenus du co-parent. Le foyer compte par conséquent sur ceux-ci pour payer prêts, crédits et autres dépenses mensuelles. L’indemnité payée par la mutuelle, inférieure aux revenus du travail, même additionnée aux revenus du conjoint ne permet pas toujours au couple de rembourser sereinement ses emprunts.

3) La grossesse et la maternité restent malheureusement une source importante de discrimination à l’embauche envers les femmes. L’immunisation du congé prénatal poursuit un objectif louable mais ne soyons pas naïfs : cette nouvelle loi renforcera encore la discrimination envers les femmes sur le marché de l’emploi. Si le congé de paternité était allongé à 20 jours, la liberté de choix dans l’organisation du congé de maternité postnatal permettrait d’avancer vers une égalité du congé de naissance entre les conjoints.

4) « L’effet maternité » sur la carrière professionnelle des femmes a été démontré dans plusieurs études. Il a notamment été prouvé qu’après leur sortie du système scolaire, bien que les femmes soient plus diplômées que les hommes, celles-ci occupent moins souvent des fonctions de cadre. Par ailleurs, suite à la naissance d’un enfant, de nombreuses femmes optent pour un emploi à temps partiel (en 2018, 42 salariées sur 100 travaillaient à temps partiel contre 10 salariés sur 100). Les raisons personnelles et familiales constituent la 2ème motivation de l’emploi à temps partiel. Permettre à chaque conjoint de s’investir davantage dans l’éducation des enfants permettrait donc de renforcer l’égalité des femmes et des hommes sur le marché de l’emploi.

Par conséquent, afin de lutter contre les discriminations et de mieux répondre aux besoins actuels des parents, je lance aujourd’hui un appel pour un assouplissement des conditions d’utilisation du congé postnatal. C’est d’ailleurs l’objet de la proposition de loi signée par les députées fédérales Isabelle Galand et Florence Reuter et visant à permettre à la mère de céder, totalement ou partiellement, la partie facultative de son congé postnatal. Laissez aux femmes la liberté de décider de la répartition de la partie facultative du repos de maternité. Laissez-les retourner travailler quand elles le souhaitent sans qu’elles doivent renoncer aux semaines de congé postnatal facultatives. Laissez nos conjoints jouer leur rôle et s’investir dans l’éducation de nos enfants.