Une opinion de Nicolas de Briey, co-Fondateur de Fluicity, une plateforme de participation citoyenne qui permet la prise de décision collective autour des sujets d'intérêt général.

Le 16 novembre dernier, le Gouvernement wallon lançait sa grande consultation citoyenne dans le cadre du projet de relance Get Up Wallonia. La tentation de comparer cette démarche à celle du Grand Débat français (2019) – toutes les deux uniques en leur genre en Europe – est grande. Comme celle d’attribuer de facto les faiblesses de la première à la seconde. Nous avons décidé, au contraire, d’en faire une force. L’intelligence collective n’est pas un processus figé. Chaque projet, chaque contexte, chaque suggestion des participants contribuent à l’améliorer, et la consultation wallonne apporte déjà sa pierre à l’édifice.

Etat des lieux vs plan d’action

Le but d’une consultation citoyenne est simple : recueillir la parole de tous les citoyens, même ceux qui prennent rarement part au débat. Écouter et analyser, sans jugement, leur expertise d’usage qui constitue une riche source d’informations pour les politiques publiques. Pourtant, si nous avons pu retenir un enseignement fort du Grand Débat français, c’est justement que cette parole citoyenne seule ne permet pas d’engager un renouveau de l'action politique, ni d’aboutir à des propositions suffisamment structurées. Pour avoir un sens (c'est-à-dire à la fois dégager des arguments concrets et offrir une direction), la consultation doit répondre à un objectif précis. Initié par le Président Macron en réponse aux revendications des Gilets Jaunes, le Grand Débat proposait un état des lieux sur les grands enjeux nationaux. Instructif (notamment les débats locaux, menés par les collectivités), mais difficilement actionnable.

La consultation wallonne a cela de particulier qu’elle s’inscrit dans un schéma bien défini : le plan de relance et de redéploiement post Covid-19 de la région. Une action politique concrète, soutenue par des budgets. Elle s’inscrit également dans une réflexion pluridisciplinaire, puisque plusieurs groupes de travail (composés de partenaires sociaux, experts, CEO, personnalités…) et un conseil stratégique (composé de professeurs d’universités de renom) sont menés en parallèle. Le but : allier l’expertise citoyenne à celle des spécialistes, pour aboutir à des projets réalistes et réalisables.

Une approche plus simple et plus ouverte

Notre responsabilité lors de cette consultation est de permettre à la voix citoyenne de jouer pleinement son rôle dans le débat. Nous nous sommes appuyés sur notre expérience de la participation, notamment auprès de l’échelon local, et sur une réflexion commune avec l’institut OpinionWay, déjà chargé de l'analyse des données du Grand Débat. Nos discussions nous ont poussés vers deux points d'attention majeurs : la simplicité et l’ouverture.

La simplicité est l’art de rendre une démarche accessible, sans sacrifier sa qualité. Pour la Wallonie, le choix a été fait d’organiser la consultation par thématiques (emploi, économie, environnement, etc.). Chacune se résume en une question unique, large et engageante, face à laquelle chaque wallon et wallonne bénéficie d’une liberté d'expression. Ce choix vient contrebalancer l’approche assez institutionnelle qu’avait eu le Grand Débat : des questionnaires plutôt longs, fermés et jugés trop techniques, rédigés par l'administration elle-même, et sources de beaucoup de redondance au moment de l’analyse des contributions.

L’ouverture est une invitation à la co-construction. Même si chaque idée est personnelle et individuelle, la consultation citoyenne n'est pas une démarche individualiste. Sur la plateforme mawallonie.be, chaque contribution est visible auprès des autres participants. Elle peut être commentée, soutenue (ou non) par un vote, ouvrir un débat (pas nécessairement Grand !). Bref, devenir immédiatement collective. Si quelqu’un a eu la même idée que vous, vous êtes invité au moment d’écrire votre proposition à mutualiser vos voix et éviter ainsi la redondance. Les analystes vous en remercieront !

Nous pourrions en dire encore beaucoup sur les choix méthodologiques adoptés. Comme celui de demander le lieu de localisation à chaque participant dès son inscription – une information très simple qui s’avère riche d'enseignements pour comprendre les priorités des communes rurales et urbaines, par exemple.

Certains de ces choix seront pertinents, d’autres sans doute à améliorer. L’issue de la consultation nous le dira. Mais tous auront contribué à améliorer notre approche de la participation citoyenne et à lui offrir, expérience par expérience, une place privilégiée dans la démocratie de demain.

Car tel est bien l’objectif.