Pour enfin sortir de la crise politique et faire naître une Belgique refondée et pacifiée, la parole doit être donnée aux citoyens à travers une consultation large et innovante.

Une opinion de Pascal Warnier, économiste, diplômé en sciences de l'éducation.

L’horizon politique belge est complètement bouché, sans vouloir faire de jeu de mots. Plus le temps passe et plus l’incapacité de notre personnel politique à trouver une sortie de crise est criante. Pourtant, les défis sont immenses au sortir de la pandémie. L’immobilisme est une injure aux citoyens qui souffrent de la situation sanitaire et économique actuelle. Le retour aux urnes, n’y pensons pas, ce serait catastrophique ! Alors, pourquoi ne pas envisager une consultation large et innovante de la population pour redonner une feuille de route claire au pays ?

Aux origines de la crise

Ce qui faisait la richesse de notre pays jadis et sa renommée sur le plan politique est aujourd’hui battu en brèche. La concertation politique et la recherche de consensus entre les communautés, qui nous étaient enviées dans les cénacles supranationaux, sont au point mort. Le comité de concertation, lieu emblématique de rencontre entre entités fédérale et fédérées, ne fonctionne plus. Par manque d’envie sans doute. Par jeu "politicien" certainement. Même si, c’est un comble, il aura fallu le spectre d’une pandémie pour que ledit comité renaisse (temporairement) de ses cendres. La fin des partis uniques, le manque d’une circonscription fédérale et plus récemment la prépondérance des forces nationalistes ont bouleversé les codes et conduit à la profonde crise politique que l’on connaît aujourd’hui. Les acteurs du nord et du sud du pays se crispent, s’éloignent, se radicalisent et au lieu d’œuvrer à des compromis équilibrés respectant les grands clivages de notre société, ils offrent à voir des antagonismes toujours plus irréconciliables. Le grand paradoxe en Belgique, indiquent Dave Sinardet et Pierre-Yves Monette, c’est que le système crée des polarisations là où elles n’existent pas forcément dans l’opinion publique. […] Il y a des tensions entre les partis, mais pas au sein de la population. Les forces nationalistes en ont fait le cœur de leur stratégie et surtout de leur communication politique. Nord et Sud sont devenus trop différents. Voilà leur credo.

Le peuple souverain a son mot à dire

Gommer nos différences en s’éloignant ou plutôt les intégrer en se concertant. Comment cette antinomie peut-elle encore subsister au cœur de notre système fédéral ? On voit bien que les nombreux informateurs appelés à la rescousse par le Palais à la suite des élections du 26 mai 2019 et récemment les attelages présidentiels ne parviennent plus à faire coexister ces forces centrifuges. L’heure n’est plus aux rafistolages et aux marchandages en tous genres qui jadis permettaient de maintenir le navire Belgique à flots, d’une réforme de l’État à l’autre. Il est venu le temps de nous dire les choses avec lucidité et franchise. Par une large participation directe des citoyens et non plus uniquement à travers le filtre des élections et des appareils de partis. Le sujet est suffisamment grave pour que le peuple souverain s’en empare.

En Belgique, nous ne disposons pas de récit fondateur pouvant assurer la cohésion de notre nation et de ses communautés. Nous existons un peu par défaut. Et pourtant, des hommes et des femmes ont donné à ce pays de la consistance et du rayonnement à l’international, envers et contre tout, jour après jour depuis bientôt 200 ans, et ce, à travers des relations particulières à la confluence des mondes latin et germain en créant un espace inédit, innovateur, riche de multiples talents et source de bien-être, si singulier en Europe.

Une quête de vérité

Il y a quelques mois, avant que ne survienne le péril viral, de nombreux experts en ont appelé à oser ce moment "vérité" où l’on pourrait "entre Belges" faire le bilan de la structure institutionnelle de notre pays, voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ce qui nous divise et ce qui nous rapproche. Voir aussi ce à quoi chacun aspire et ensuite seulement refonder un pacte qui pourrait nous réunir dans nos différences. Ne laissons pas le désenchantement gagner les cœurs et les consciences sous l’influence des sirènes populistes du nord comme du sud du pays. Toutes les forces vives d’Ostende à Arlon et de Courtrai à Eupen devraient être consultées pour contribuer à ce moment historique. Des débats, des délibérations devraient avoir lieu aux quatre coins du royaume. Entre citoyens, entre élus, en mêlant les deux. Soyons créatifs et audacieux ! Misons sur le dialogue ! Nous disposons en Belgique d’une plateforme d’innovation démocratique, soutenue notamment par le Sénat, le Vlaams Parlement et le Parlement wallon, qui pourrait utilement accompagner ce processus. Que la parole soit enfin donnée aux Belges - non à travers de nouvelles élections, mais à l’occasion d’une large consultation - pour offrir un nouvel élan au pays et ainsi pouvoir présenter au monde, en 2030, une Belgique refondée et enfin pacifiée.

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Consulter les Belges… autrement".