Une opinion d'André Flahaut, député fédéral et ministre d’État.

Le salut nazi est-il devenu le dernier geste à la mode ? A-t-on tiré un trait sur notre Histoire, ses crimes, ses drames pour assister à une telle banalisation ? A-t-on oublié les victimes de ceux qui, hier encore, se plaisaient à lever le bras sur l’Europe et le monde pour asservir ses peuples, les humilier, les massacrer ?

Après le salut nazi réalisé à l’issue d’une visite au Mémorial national du Fort de Breendonk et celui adressé à un joueur noir du Sporting de Charleroi en 2019, après ceux, plus récents, dans un café à Liège (février 2020) et à la gare de Malines (août 2020), l’Affaire Chovanec vient de susciter, à bon droit, un tollé dans notre pays.

En effet, nul ne peut ignorer la signification de ce geste ni les souffrances, le sang et les larmes auxquels il renvoie. Les plus jeunes, au même titre que leurs aînés, doivent avoir conscience de ses implications haineuses et prendre la mesure de ses origines autant que de ses usages. C’est une question d’éducation à la citoyenneté.

Aujourd’hui comme hier, le salut nazi reste un salut nazi… que d’aucuns, à l’extrême droite, se plaisent à utiliser comme signe de ralliement à une idéologie, une cause, une vision du monde ; signe mobilisé à dessein et en connaissance de cause. Qu’il s’agisse d’exprimer sa haine des juifs, des musulmans, des noirs, des immigrés, des étrangers, des homosexuels… le geste change de cible, mais son esprit reste toujours le même.

En Allemagne et en Autriche, ce geste – comme toute la symbolique qui entoure le régime nazi – est constitutionnellement interdit. En Suède, aux Pays-Bas, en République tchèque, mais encore en Slovaquie et en Pologne, il peut être rattaché aux crimes de haine et, partant, donner lieu à des condamnations.

Qu’en est-il en Belgique ? La situation est beaucoup plus ambigüe. Certes, la « Loi Moureaux » permet de réprimer les actes inspirés par le racisme ou la xénophobie qui sont, l’un et l’autre, constitués en délits. Dès lors, bien qu’on puisse rattacher le salut nazi aux actes incriminés, rien ne l’interdit formellement. Tout est alors affaire d’interprétation.

Par suite, conscient des enjeux et des dangers attachés à cette situation, j’entends présenter à la Chambre, avec d’autres députés, un texte visant à poser les bases juridiques d’une interdiction du salut nazi et des manifestations qui lui sont associées.

Face à la montée inquiétante des discours de haine, face à l’extrémisme, à la xénophobie et à tous les racismes, il est urgent de poser un acte fort afin de rappeler que certains gestes sont chargés d’une symbolique que nul ne saurait ignorer.