Alain DESTEXHE (sénateur MR) et Claude DEMELENNE (journaliste)

Les militants d’un certain islam réactionnaire - minoritaires mais à l’offensive dans notre pays - usent d’une tactique bien connue, que nous analysons dans notre livre(1) : ils s’affublent d’un faux nez progressiste et lancent des anathèmes. Ils diabolisent, voire "lepénisent" les démocrates qui leur résistent. Ceux-ci sont accusés d’être des "racistes" , des "islamophobes", des "complices de l’extrême droite". La ficelle est grosse. Très grosse. Qu’à cela ne tienne, les musulmans radicaux l’utilisent avec d’autant moins de gêne qu’une partie de la gauche abonde dans le même sens qu’eux.

L’opinion de Mouedden Mohsin, "Les musulmanes, un (en)jeu politique ?", publiée dans la "Libre Belgique" de ce 30 octobre, est un bon exemple de cette dérive islamo-gauchiste. L’auteur - et c’est évidemment son droit - pense que le port du voile islamique doit être autorisé partout, y compris à l’école. Nous sommes convaincus, au contraire, qu’un signal fort doit être adressé aux partisans de l’islam rigoriste. Ce signal passe, selon nous, par le vote d’une loi interdisant le port de tout signe religieux ostentatoire dans l’enceinte scolaire. L’auteur de l’opinion asphyxie le débat démocratique en diabolisant ceux qui ne partagent pas son avis. En fait, il tente quasiment de les criminaliser. A plusieurs reprises, en effet, dans son opinion, l’auteur qualifie de "liberticides", les "décrets et règlements" qui empêchent les jeunes filles de porter le voile à l’école. Le terme "liberticide" - énoncé à quatre reprises - est d’une évidente violence verbale. Cela ne suffit pourtant pas, pour l’auteur, qui ajoute, visant toujours ceux qui demandent que les jeunes filles enlèvent leur voile pour assister au cours: "Il s’agit pour ma part bien d’une attitude qui flirte avec le racisme". Tout en nuance, donc.

L’auteur de l’opinion va encore plus loin. Dans la seconde partie de son texte, il nous cible personnellement - nous sommes les seuls à être cités nommément dans son acte d’accusation -, nous reprochant de "faire comme si notre pays était au bord d’une occupation, une cinquième colonne avec des caricatures et des amalgames entre croyants devenus intégristes ". Propos surréalistes, car nous consacrons les trois premiers chapitres de notre livre à une ferme mise en garde : nous critiquons, non pas l’islam, mais "un certain islam réac", fondé sur une lecture ultra-conservatrice du Coran. Et nous affirmons que la grande majorité des musulmans de notre pays veulent vivre paisiblement leur foi, fort loin de tout extrémisme religieux.

La machine à "lepéniser" tourne à plein régime dans cette opinion. Son auteur assène : "Entendez-vous encore l’extrême droite ? Elle n’a plus besoin de s’exprimer, tellement certains croyants de l’athéisme philosophique font leur jeu, via des ouvrages, pamphlets, conférences et émissions télés". Mouedden Mohsin écrit ensuite cette phrase terrible : "Il s’agira de contrer cette nouvelle fièvre aphteuse avant qu’elle ne contamine toute la population". Une phrase qui fait froid dans le dos. (...)

Notre accusateur nous calomnie-t-il, parce qu’il aurait-il mal lu notre livre ? Il s’agit de tout autre chose. A l’instar d’autres musulmans radicalisés, l’auteur de cette opinion mène une vraie inquisition intellectuelle. Le but de ces nouveaux vigiles musulmans de la pensée, très minoritaires mais hyperactifs sur le terrain, est d’empêcher toute critique de leur religion. Et de disqualifier toute dénonciation d’un certain islam, rigoriste, sexiste, voire intégriste. Leur attitude représente un danger pour notre démocratie.

Début de cette année, Mouedden Mohsin a été renvoyé d’Al Manar, une radio arabe de Bruxelles, pour avoir tenu, sur antenne, des propos inadmissibles. Cette mésaventure ne lui a pas servi de leçon. Suite à l’annonce de l’envoi d’une mission économique belge, en décembre prochain, à Tel- Aviv, le même Mouedden Mohsin a écrit, sur son blog, ce 14 octobre, la phrase suivante : "Pour ma part, un jeune délinquant a bien plus de mérite et a droit à bien plus de respect qu’un ministre, un politique ou des partis qui font leur fric sur le sang des enfants et des populations civiles". Vous avez bien lu : un délinquant vaut mieux qu’un élu du peuple !

Au-delà du cas particulier - mais éloquent - de Mouedden Mohsin, nous dénonçons le climat d’intimidation que font régner certains militants de l’islam rigoriste et leurs compagnons de route de gauche. Car, hélas, une partie de la gauche a recours aux mêmes simplismes. Ainsi, lors d’un débat récent, à "Controverse" (RTL-TVi), le président du PS bruxellois, Philippe Moureaux, nous a assimilés à l’extrême droite. Ces amalgames ne sont pas dignes de démocrates soucieux d’un débat qui peut être franc et corrosif mais doit toujours rester respectueux et sans haine. Accuser des pires turpitudes ceux qui tirent le signal d’alarme face à la montée d’un islam réactionnaire est à la mode dans certains cercles de gauche. Ceux qui crient sans cesse au loup et "lepénisent" des démocrates, banalisent la véritable extrême droite. Par électoralisme et par idéologie, ils jouent avec le feu. Une fois de plus, rappelons cette évidence : dénoncer l’islamisme et un certain islam dont il est le vecteur, ce n’est pas faire preuve d’islamophobie. C’est, au contraire, se placer résolument aux côtés de la majorité de nos concitoyens d’origine arabo-musulmane qui n’ont aucune envie que les "barbus" dictent leur mode de vie et les forcent à islamiser leurs comportements. Contre les vigiles musulmans de la pensée, il est urgent de réagir et de refuser l’intolérable : le terrorisme intellectuel qui cherche à faire taire ceux qui refusent le politiquement correct islamo-gauchiste.

(1) "Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac", Alain Destexhe et Claude Demelenne, éditions du Cerisier, octobre 2009.

Titre et sous-titre sont de la rédaction.