Une opinion signée par des membres de la société civile (1).


Cette carte blanche revient sur l’initiative d’une quarantaine de responsables d’organisations de la société civile de présenter une Déclaration non gouvernementale à l’ensemble des partis démocratiques au lendemain des élections, afin de clarifier l’objectif de cette démarche.


Le lancement en Wallonie de négociations en vue de la mise en place d’une "coalition coquelicot" associant la société civile a mis cette dernière sous le feu des projecteurs. Si nous saluons la volonté annoncée de nouer un partenariat plus fort entre représentants élus et organisations de la société civile, il nous semble important de repréciser les rôles de chacun. La société civile est un concept fourre-tout. Elle ne doit pas être assimilée aux organisations de la société civile et aux corps intermédiaires qui n’en sont qu’une composante. Ces derniers représentent des organisations sociales qui se situent entre l’Etat et le citoyen. Indépendants et autonomes, ils regroupent des citoyens autour d’objectifs communs. En tant que contre-pouvoirs démocratiques, ils ont pour vocation d’adresser des revendications aux décideurs politiques.

En publiant une Déclaration non-gouvernementale, la Coordination que nous avons créée vise à articuler de manière cohérente les diverses revendications sectorielles d’organisations de la société civile qui défendent la même vision d’une société décarbonée, ouverte et solidaire (www.lacoordination.org). L’urgence en la matière n’est plus à démontrer, tant il y a péril en la demeure. Nous avons dix ans pour prendre les mesures permettant d’aboutir à une société zéro carbone à l’horizon 2050. Nos sociétés ouvertes sont menacées par la montée du repli nationaliste et du rejet de l’autre. Notre modèle social est mis sous pression par la course à la compétitivité sans limite.

Pas un club fermé

La Coordination n’est pas un club fermé et la Déclaration non-gouvernementale n’est qu’une première étape appelée à être débattue et améliorée. Elle a toutefois le mérite de compiler des revendications dont la légitimité est tirée des memoranda adressés avant les élections aux décideurs politiques par les organisations de la société civile que nous représentons. Dix priorités ont été adressées aux régions et communautés où les négociations ont été entamées. Elles visent à opérer une transition énergétique et à garantir un air de qualité, à investir dans les transports en commun et les logements sociaux, à lutter contre la pauvreté des familles et les inégalités scolaires, à soutenir le développement économique et le commerce juste et durable, à garantir aux migrants un parcours d’intégration et à renforcer la participation citoyenne et les droits des femmes.

La Déclaration non-gouvernementale s’adresse à tous les partis démocratiques et à tous les niveaux de pouvoir. Elle n’a donc pas été rédigée dans la perspective d’une éventuelle "coalition coquelicot" en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est aux partis politiques à faire en sorte de former une coalition gouvernementale pour l’appliquer. Les organisations de la société civile n’ont pas pour vocation de prendre position sur cette question partisane. Elles n’ont pas non plus pour vocation de gouverner. Certes, il est fréquent et souhaitable que des personnalités de la société civile entrent en politique, mais tout représentant de la société civile qui serait appelé à participer à un gouvernement quitterait de facto ce statut de société civile non-partisane. En tant que contre-pouvoirs, les organisations de la société civile sont par définition des acteurs non-gouvernementaux indépendants des partis politiques.

La Déclaration non-gouvernementale comme un exemple

Notre plaidoyer s’adresse à tous les niveaux de pouvoir et à tous les partis politiques susceptibles de le traduire en programme gouvernemental. En tant qu’organisations de la société civile, nous répondrons, comme nous l’avons toujours fait, aux invitations de consultation adressées par le monde politique. C’est pourquoi nous avons répondu favorablement à l’invitation des négociateurs wallons.

Notre objectif est que les futurs gouvernements prennent la Déclaration non-gouvernementale comme exemple pour la négociation de leurs accords gouvernementaux. Des alliances sont possibles et souhaitables entre les gouvernements et la société civile pour relever le défi d’une société décarbonée, ouverte et solidaire. Outre le secteur non-marchand, ces alliances devraient inclure des représentants du secteur privé, qui a un rôle majeur à jouer en matière de transition énergétique, d’économie circulaire, de rénovation et d’isolation des logements, d’emploi, d’équilibre entre vie professionnelle et privée, d’intégration professionnelle des migrants. Elles ne doivent pas se substituer à la concertation sociale, mais au contraire la renforcer.

Notre démarche ne s’arrête pas à la négociation d’un accord gouvernemental, mais vise au contraire à s’inscrire dans la durée. Les organisations de la société civile sont toutefois des acteurs non-gouvernementaux qui comptent le rester. Nous continuerons à soutenir les décisions qui renforcent l’intérêt général et à dénoncer celles qui, au contraire, le déforcent. Dans le respect du rôle et de l’indépendance de chacun.


(1) : Cette carte blanche est signée par : Séverine Acerbis (Badje), Hafida Bachir (Vie Féminine), Bernard Bayot (Financité), Marc Becker (CSC), Estelle Ceulemans (FGTB), Christophe Cocu (Ligue des Familles), Michel Cordier (Grands-Parents pour le climat), Elisabeth Degryse (Mutualités chrétiennes), Valérie Del Re (Greenpeace), Alexis Deswaef (Ligue des droits humains), Fanny Dubois (Fédération des Maisons Médicales), Ariane Estenne (MOC), Joris Fakroune (Conseil de la Jeunesse Catholique), Philippe Hensmans (Amnesty international), Mehdi Kassou (Plate-forme citoyenne d’aide aux réfugiés), Denis Lambert (La Coordination), Nicolas Lemoine (ex-FEF), Maxime Mori (ex-FEF), Sotieta Ngo (CIRE), Daniel Puissant (Réseau Justice Fiscale), Jean-François Rixen (Ecoconso), Céline Tellier (Inter-Environnement Wallonie), Nicolas Van Nuffel (Coalition Climat), Pierre Verbeeren (Médecins du Monde), Brieuc Wathelet (Tam-Tam), Arnaud Zacharie (CNCD-11.11.11).