Une opinion de Nezka Figelj et Domenico Rossetti di Valdalbero - Union des Fédéralistes Européens (UEF.belgium). Cet article est co-signé par Robert Verschooten, Giorgio Clarotti, Michele Ciavarini Azzi, Paul Frix et Marcel Vanden Clooster.

La culture européenne s’exprime dans les actes simples et spontanés de la vie quotidienne, à travers les rencontres dans les restaurants, en partageant un verre entre amis ou dans les réunions de famille. La beauté des villes européennes, le charme de son littoral, ses nobles montagnes font la fierté de l’Europe. Ses musées, ses universités, ses places, ses tours et clochers contribuent à la renommée de l’Europe à travers le monde.

Toutefois, le coronavirus a remis en question notre style de vie, nos habitudes et nos traditions. Il nous a interdit de pouvoir jouir de ces moments tellement humains et de ces merveilles typiquement européennes.

Les perspectives d’avenir sont encore incertaines, et surtout, le risque est grand de voir certains Etats fermer leurs frontières empêchant la libre circulation et tous ses avantages qui caractérisent notre union européenne.

Les pays frappés le plus durement par le Covid-19 ont critiqué la réponse trop lente de l’Europe. Comme lors de la crise économique de 2008, l’Europe a peiné à agir de façon rapide et unie. Les pays européens du Sud, comme l’Italie et l’Espagne déjà affaiblis par la récession économique, ont été les plus durement frappés. Les pressions italiennes, espagnoles et françaises afin d’adopter des mécanismes financiers plus efficaces au niveau européen n’ont pas d’emblée été sérieusement entendues.

Solidarité européenne

Sous le poids de la gravité et de la propagation du virus, des initiatives et des actions communes ont été entreprises et la solidarité européenne a finalement prévalu. Les Etats membres et les peuples d’Europe se sont tendus des mains secourables que ce soit dans le traitement des patients, dans la protection du personnel de santé et pour le rapatriement des citoyens.

A ceux qui ne cessent de répéter "le projet européen a échoué", nous devons répondre par la solution européenne commune. Malgré son manque de compétences en matière de santé, la Commission européenne a, au nom de l’urgence sanitaire et économique, pris l’initiative de coordonner une réaction pan-européenne face à la pandémie en prenant des mesures fermes. Elle a mobilisé tous les moyens disponibles afin de renforcer la santé publique et atténuer les effets socio-économiques de cette crise.

Dans cette adversité, l’Europe a persévéré "dans un esprit d’unité, de détermination et d’ambition", a dit la présidente Ursula von der Leyen. Son effort harmonieux - avec le Président du Conseil Charles Michel et du Parlement David Sassoli - a donné naissance à un plan de relance ambitieux qui inclut le programme pour préserver la stabilité de l’emploi, la révision du mécanisme européen de stabilité, le soutien de la Banque européenne d’investissement et surtout, l’émergence d’un ‘trésor européen’ sous la forme d’obligations qui pourront être émises par la Commission à des taux extrêmement bas.

La décision de l'UE d'assumer une partie de la charge financière pour la reprise économique de ses membres est un changement radical dans l'idéologie économique de l'Union, voire un changement de paradigme pour l'Europe : l'investissement public, le rôle de l’Etat revient en force après quarante années d’omnipotence des seules lois du marché.

A ceux qui disent que l'Union européenne n'a pas de vision pour l'avenir, il faut rétorquer par la solidarité européenne. À ceux qui souhaitent reproduire l'exemple du Brexit, nous répondons que nous sommes plus forts ensemble, unis dans la diversité. À ceux qui soutiennent que l’Union européenne complique la vie, rappelons les facilités engendrées par l'euro et par Schengen pour la vie de tout un chacun, qu’il s’agisse d’études, de travail, d’investissements, de commerce ou de tourisme.

L’adoption du Recovery Fund , du plan de relance a été un moment historique pour l’Union européenne : accord politique sur le plus gros budget de l'histoire de l'UE ; proportion du PIB européen gérée de façon fédérale qui passe de 1 à 2% ; mutualisation de la dette au niveau européen qui crée une "solidarité de fait" et un "intérêt commun" qui va au-delà des différences nationales et des frontières géographiques. L’esprit de Robert Schuman et de Jean Monnet reste bien présent dans la construction européenne.

Cohérence entre Plan de Relance et Pacte Vert

Est-ce que le retour à la normalité sera compatible avec les nouvelles initiatives prônées par la Commission avant la crise, notamment le Pacte Vert Européen et la transition digitale? Le Pacte Vert résistera au coronavirus a promis la présidente de la Commission qui a repoussé les propositions faites par les ministres des Finances d’introduire un soutien gouvernemental aux combustibles fossiles. En vue d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050, le Pacte Vert prévoit à présent la réévaluation des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à 55% en 2030 par rapport à 1990. Il s’agit donc d’un nouveau modèle de croissance, découplé de la consommation énergétique, où l’économie européenne est au service des personnes et de la planète.

En tant que Fédéralistes européens, nous prônons que la Commission acquière les pouvoirs d’un exécutif autonome et souverain, qui rende des comptes au pouvoir législatif (Parlement européen) et qui dispose des moyens adéquats pour financer les politiques communes européennes. Elle doit également pouvoir intervenir en cas de crise, sous forme d’une coopération multilatérale efficace lorsque l’intérêt général européen le réclame.

Notre souhait est que l’idéal d’Altiero Spinelli, militant pour une Europe libre et unie lorsqu’il était confiné sur l’île de Ventotene au large de Rome jusqu’en 1943, devienne aussi un exemple d’Europe fraternelle, durable et de bien-être en 2020.

Titre de la rédaction. Titre original : "Coronavirus et transition socio-écologique européenne"