Une opinion du docteur Thierry Wouters.

Cette stratégie de la horde est celle qui est, jusqu’à ce jour, adoptée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Mais, dès aujourd’hui, l’Ecosse et le Pays de Galles ont compris les risques considérables que cela suppose, et ils prennent enfin des mesures de limitation des contacts. Quand donc Boris Johnson et Mark Rutte écouteront-ils les appels des scientifiques ?

Principe de la théorie

Le principe même de cette technique consiste à sacrifier certains membres du troupeau, pour que le restant du troupeau soit protégé à l’avenir.

Dans ce cas-ci, l’idée est de ne pas prendre de mesures de confinement, de laisser la population s’exposer au virus, pour que le système immunitaire de cette population développe des anticorps contre le virus.

Cela suppose évidemment de sacrifier délibérément une partie de la population, en la laissant être exposée au virus, mais en espérant que le restant de la population soit immunisé pour une seconde vague éventuelle d’attaque virale.

Et en termes simples, c’est l’application de la loi de la sélection naturelle, la loi du plus fort, la théorie de l’évolution : seuls les plus forts survivent et les autres sont éliminés.

Avantages théoriques

  1. Cela pourrait avoir un certain sens, en imaginant que nous n’avons affaire qu’à une première attaque de Coronavirus, et que celle-ci sera suivie d’autres, identiques ou presque, tout comme les épidémies de grippe qui se succèdent d’année en année.
  2. Le grand avantage, c’est que les impacts économiques et sociaux majeurs de la stratégie de confinement seraient réduits. Bonus économique à court terme : on préfère protéger l’argent que les gens…

Inconvénients (ou appelez cela contre-indications c’est plus adapté)

Il ne faut pas oublier une série d’autres éléments :

  1. Il n’est pas certain que cette épidémie de Coronavirus sera suivie d’autres épidémies du même virus. Dans ce cas, on aura sacrifié des vies pour rien.
  2. Il est bien possible qu’entre-temps le virus ait muté, et que l’immunité éventuelle qui aurait été développée dans la population soit insuffisante par rapport au virus nouveau muté. Dans ce cas aussi, on aura sacrifié des vies pour rien.
  3. Par contre, un élément est tout à fait établi, c’est que la mortalité d’une épidémie de Coronavirus varie entre 2 % et 6 %, la moyenne mondiale étant actuellement à 3,5 %.
  • Cette mortalité est à 2 % lorsque les services de santé ne sont pas désorganisés, et qu’ils peuvent soigner correctement, dans les services de soins intensifs, la proportion de malades qui doit s’y trouver (Comme on l’a vu à Singapour et en Corée du Sud qui ont bien géré la crise).
  • Mais le taux de mortalité est triplé et monte à 6 % lorsque les services médicaux sont totalement débordés, comme on l’a vu en Italie très récemment.
  • Cela signifie donc, que pour les populations de 50 à 59 ans, dont le niveau de mortalité coronavirus habituel n’est actuellement que de 1,3 %, ce taux de mortalité pourrait être triplé à 3,9% ! (De plus, n’oublions pas non plus que les soins intensifs utilisés pour les patients Coronavirus ne sont plus disponibles à ce moment-là pour d’autres patients qui en auraient besoin, comme les infarctus, les accidents vasculaires cérébraux, les accidents de voiture, les comas diabétiques, etc.)
  • Pour les populations de 60 à 69 ans, dont le niveau de mortalité coronavirus habituel est actuellement de 3,6 %, on verrait ce chiffre de mortalité triplé à 10,8 % !
  • Et le taux de mortalité coronavirus qui est, en cas de meilleurs soins, de 8 % pour les 70 à 79 ans, et de 15 % pour les plus de 85 ans, pourraient eux aussi être triplés à 24 % pour les premiers, à 45 % pour les seconds.
  • 4. La stratégie de la horde, c’est une vaccination "sauvage", mais avec bien plus d’effets secondaires qu’une vaccination sérieuse, scientifique, bien pensée, où les effets secondaires ont été minimisés au maximum. Qui donc accepterait un vaccin aux conséquences aussi dramatiques?

Motivations

Quelles seraient les motifs qui pourraient influencer Mark Rutte à prendre une décision aussi étrange ? J’en vois plusieurs.

  1. Le fait de ne pas faire de lock down lui permettrait à court terme d’avoir un bonus économique par rapport au reste de l’Europe. Mais la première mission d’un chef de gouvernement n’est-elle pas de protéger sa population? Et le bonus économique se maintiendrait-il si la population productive est amputée par les décès inévitables?
  2. Les autorités néerlandaises réalisent-elles que cette stratégie isolée au sein de l’Europe sera inévitablement suivie d’un bannissement du reste de l’Europe (voire du monde) durant de nombreux mois, car personne n’admettra que nous ayons fait les efforts colossaux de notre confinement pour ensuite nous faire contaminer par les Néerlandais qui seraient porteurs du virus.

Conclusion

Je crois qu’il est grand temps que Madame von der Leyen et Monsieur Michel fassent comprendre aux autorités néerlandaises qu’un virus n’a pas l’habitude de s‘arrêter à la frontière.

Un grand spécialiste de l’épidémiologie de l’université de Harvard, W. Hanage, a titré son article sur la stratégie de la horde : "Quand j’ai vu cette stratégie, j’ai cru que c’était une blague !"

Cela me semble effectivement une blague de très très mauvais goût…