Une opinion de Cristian-Silviu Busoi (Roumanie), Elzbieta Katarzyna Lukacijewska (Pologne), José Ramòn Bauzà Dìaz (Espagne), Fulvio Martusciello (Italie), députés européens, membres de la Darp, European Parliament's Delegation for relations with the Arab Peninsula.

S’il est un pays qui aura tous les projecteurs du monde braqués sur lui pendant un mois l’année prochaine, c’est bien le Qatar avec le déroulement de la prochaine Coupe du monde de football en 2022 à Doha. Cet événement est déjà historique, car pour la première fois il se tiendra dans un pays arabe. Il est normal par ailleurs qu’on lui demande des comptes.

La Coupe du monde de football est un événement unique dans l’histoire d’une région en proie depuis des décennies aux tourments politiques et à l’échec de la démocratisation. Pour autant, certains pays essaient d’avancer à leur rythme vers la modernisation tant louée par les pays occidentaux. Le Qatar, plus que d’autres pays du Golfe, fait son chemin de croix, même si c’est parfois difficile, doucement mais sûrement, car il n’a pas le choix : que pourrait-il cacher encore, alors que tout le monde l’attend au tournant en 2022 ? Pour que le succès soit total, il doit être transparent et il le sait. L’ouverture en fait partie.

Depuis des années, Doha devient l’incontournable organisateur des plus grands événements sportifs et culturels et sait qu’il doit s’adapter d’urgence aux standards internationaux en matière de droits de l’homme comme en matière de législation du travail pour éviter les retours de bâton. Depuis 1993, le Qatar a organisé plus de 450 événements sportifs de renommée internationale. Mais la Coupe du monde, c’est l’événement le plus couru de la planète et un cran au-dessus en termes de pression.

Un barnum qui a nécessité des chantiers phénoménaux pendant dix ans et une main-d’œuvre immigrée spécialisée pour la construction de l’ensemble des infrastructures nécessaires au bon déroulement du championnat. Tout le monde sait que les pétromonarchies du Golfe ont des populations extrêmement réduites et nécessitent une immigration économique de masse comme l’Europe le fit dans l’après-guerre dans des conditions souvent difficiles. Tout est loin d’être parfait, mais un embryon inédit de droit du travail est peut-être en train de voir le jour dans la région du Golfe.

L’importance du dialogue

Depuis plusieurs années, le Qatar, attaqué de toutes parts sur les droits des ouvriers qui travaillent à la Coupe du monde depuis dix ans, a déjà beaucoup fait. Tout d’abord, il a commencé par abandonner la "kafala", ce système de parrainage économique moyenâgeux du travailleur. Désormais, un bureau de l’Organisation internationale du travail est même chargé d’aider le pays à installer et à faire appliquer une nouvelle législation en matière de droits du travail. De manière générale, sur la dernière décennie, le taux de mortalité au Qatar a baissé, et il touche tout le monde vu que 80 % de sa population est immigrée et originaire de pays plutôt pauvres. C’est parce que Doha a mis en place des programmes de santé en développement permanent, mais aussi contribué à améliorer les conditions de travail de ces populations.

Le Qatar a annoncé un salaire minimum, et des conditions de travail désormais conditionnées à la météo qui est souvent rude dans le pays. Ainsi, la loi punit désormais les patrons qui enfreignent ces règles. Est-ce que le Qatar pourrait donner des idées en matière d’adoption d’un droit du travail digne de ce nom aux pays voisins qui depuis de longues années se sont aussi lancés dans de nombreux chantiers pharaoniques ?

L’année 2020 a certes été terrible avec le Covid-19. Mais pendant la pandémie, une batterie de mesures supplémentaire a été prise pour protéger les travailleurs et une application mobile vient même d’être lancée en de multiples langues pour informer les travailleurs et employeurs de leurs droits et devoirs. À charge aux entreprises de maîtrise d’ouvrage sur place de relayer aussi les nouveautés en matière de législation. Quel autre pays dans le Golfe fait de même ? Aucun.

Le Qatar, comme d’autres pays, ne nie pas les faits et la réalité d’avant et œuvre dans le sens de cette modernisation. Il a prouvé qu’il tentait de concilier l’héritage traditionnel et l’adaptation aux contraintes internationales au nom de la dignité humaine. Même si cela prend du temps, il y travaille chaque jour. En œuvrant avec les institutions internationales et avec les ONG, il tente de répondre au mieux aux critiques. Boycotter une Coupe du monde n’aura aucune efficacité, comme beaucoup de boycotts, si ce n’est faire taire l’espoir d’une région tout entière. C’est par le dialogue que l’on fera avancer la cause des millions de travailleurs de la région qui sont devenus une constituante déterminante de la sociologie et de l’avenir de ces pays.