Hier, je me suis remis à courir. Piano mais sans bruit ou presque …

Une balade avec Michel Fautsch, ingénieur agronome des Eaux et Forêts et photographe naturaliste.

C’est un vrai plaisir de parcourir les paysages autour de la maison en cette saison, même détrempés par l’orage du jour. Une petite bruine agréable continue d’ailleurs de me venir en aide dans mes efforts. Sur une portion du chemin en sous-bois, je goûte à la petite douche provoquée par les branches basses du charme et du noisetier lors de mon passage. Fantastique saison que cet été qui arrive où la température nous permet de nous accommoder de la plupart des caprices de la météo.

Après une belle observation de faucon qui me survole au milieu de son terrain de chasse, mon parcours suit à présent le chemin agricole et vallonné qui me ramène vers le village. Approchant d’une crête bordée de pomme de terre et d’avoine, j’aperçois un lièvre assis sur le chemin à une cinquantaine de mètres devant moi. Je suis bien vite repéré et le lièvre détale comme lui seul sait le faire. Piqué par la curiosité, j’accélère ma foulée pour arriver moi aussi à cette crête par delà laquelle il a bien vite disparu. Je me demande si il a poursuivi sur le chemin ou s’il s’est résolu à rentrer dans les cultures boueuses et détrempées. Mais plus aucune trace des deux longues oreilles malgré une belle perspective sur le chemin qui serpente à présent devant moi en pente en douce.

© Michel Fautsch

Faute de lièvre, je réfléchis un instant à cette observation fugace. Et c’est sur mon arrogance que je m’arrête en premier : est-ce que je croyais vraiment que j’avais la moindre chance de rattraper ce coureur olympique, moi qui me remets, un peu péniblement quand même, à mon sport favori ?

Ce dur constat passé, c’est sur mon anthropomorphisme facile que rebondit ma pensée un peu haletante maintenant que j’entame la dernière côte. Comme si moi et ce lièvre, nous pratiquions le même sport, comme si lui aussi rechignait à se salir les pattes, comme si … il courait pour le plaisir ! En vérité, la course est pour cet individu un attribut vital : courir pour échapper aux prédateurs, courir et bouquiner même un peu aussi pour transmettre ses gênes, courir pour espérer échapper au chasseur (espoir ténu vu la nudité de la campagne sauf pour le chasseur du dimanche peut-être), courir pour esquiver l’intense trafic qui a resurgit au milieu de sa campagne après une courte pause. Courir pour survivre en somme.

Et si on vivait la nature ?

Cette scène vécue au coin du champ m’en rappelle une autre, il y a une paire d’années, au beau milieu de l’Ardenne. Celle d’un autre lièvre surpris sur un chemin de campagne, après une bonne pluie là aussi. Je m’étais figé pour observer sa posture aux aguets quand une tourterelle des bois était venue se poser juste devant lui, à quelques mètres de moi. Je garde un souvenir bien vivace de la connexion avec la nature, intense et sereine, que j’avais ressentie alors.

En 2020, il n'est plus tellement possible d’espérer croiser une tourterelle des bois sur un chemin de campagne. Cette espèce et tous les individus qui lui appartiennent sont au bord de l’extinction chez nous. Le lièvre quant à lui semble se porter un tout petit peu mieux, cette saison en tout cas. Gageons que cette tendance se confirme ! Saurons-nous observer le lièvre pour ce qu’il est et le respecter comme l’animal sauvage qui nous rappelle que la plaine n’a pas toujours été aussi morne qu’on se résigne à l’accepter aujourd’hui ?

Sur la fin du parcours, un pic vert s’envole à quelques mètres de moi. Me voilà tout à coup bien plus à l’aise et sans complexe, on n’exerce pas dans la même discipline et je m’autorise à le laisser fuir à sa propre allure. Comme quoi, déconstruire nos interprétations demande de la persévérance et un peu d’exercice aussi. Tant mieux, je ré-enfilerai mes baskets bien vite !