Opinions

Gaza

Le génocide des consciences

Le 21 décembre 2008, à la radio flamande belge (VRT) - avec la bénédiction de la direction - un "humoriste" se demande, sous les rires obscènes, si les juifs d’Anvers vont porter plainte contre la ville en cas de fuite de gaz ? Son sketch s’intitule finement : Arbeit macht frei.

Le 18 janvier 2009 - au paroxysme des crimes de guerre contre Gaza - une chaîne française (Antenne 2) programme La liste de Schindler. Peut-être faut-il éviter que "la petite fille en rouge" n’apparaisse, incrédule, sur de noirs décombres qui ne l’attendaient pas ?

Ces deux épisodes constituent comme l’avers et le revers d’une même médaille. L’instrumentalisation du génocide et la dérision de ses morts sont deux façons, intimement liées, de les assassiner à nouveau. Là où la fiction de "la petite fille en rouge" permet de s’identifier aux victimes, l’utilisation dévoyée de leur anéantissement ne cesse de déréaliser leur sort. Voilà le lit du négationnisme.

Le 7 janvier 2009, en regard d’un article incriminant Israël, le journal "La Libre Belgique" - équidistant - publie un texte traduit de l’anglais : "Une guerre sale mais juste" Madame Fania Oz-Salzberger, professeur aux universités de Melbourne et d’Haïfa, y risque une analogie qui ne peut que parler à la sagesse et à la sensibilité du "bon père de famille".

Je cite : "Imaginez que vous avez un voisin. Entre lui et vous c’est une vendetta immémoriale. Il sort une arme à feu et, depuis son salon rempli de femmes et d’enfants, tire sur vos fenêtres. Il a sa fille sur les genoux et il braque vos enfants. Il dit qu’il n’arrêtera qu’une fois que toute votre famille sera morte. La police est injoignable. Qu’est-ce que vous faites ? Vous pouvez choisir de ne pas réagir ou très peu. Et c’est ce que vous faites pendant un temps. Après tout, votre voisin est pauvre et traumatisé [ ] et les torts ne sont pas que de son côté. Mais un coup de feu atteint la chambre de votre enfant et vous décidez que ça suffit. Vous sortez votre arme, bien plus puissante "

Je me permets de compléter : "Imaginez que votre immeuble est construit à l’emplacement de la maison natale de votre voisin. Ses parents ont été dépossédés par les vôtres. Les membres de sa famille qui n’ont pas été tués ont dû fuir. Ils survivent, à deux pas de leur ferme rasée et de leurs oliviers arrachés, empêchés de sortir de leur "salon" rempli de femmes et d’enfants, regardant les vôtres qui jouent en toute liberté. Depuis leur spoliation, ils ont fait appel à la justice qui leur a donné droit à réparation. En échange de quelques services, de puissants amis vous ont permis néanmoins de ne pas vous en soucier. En désespoir de cause, votre voisin a fait appel à ses propres amis. Ils vous ont d’abord menacé mais, depuis 1971, la plupart d’entre eux ont choisi de parler avec vous en tentant de comprendre vos raisons. A plusieurs reprises, ils vous ont proposé la tranquillité contre l’équité. En vain. Enfermé, surveillé, dépourvu d’avenir, votre voisin oscille entre le désespoir et la rage. Il se console avec la religion. La violence parfois l’aveugle. Comment traiter avec un tel fanatique ?"

Cible des missiles qassam, la colonie de Sdérot - devenue ville de Sdérot - s’est implantée en 1948 à l’emplacement du village rasé de Najd. La plupart des rescapés font probablement partie des 80 % de réfugiés qui peuplent la bande de Gaza.

La dite "équidistance" n’est qu’un déni de droit pour les Palestiniens. Elle nourrit le terrorisme. L’encouragement à rester hors la loi aveugle Israël. L’impunité le précipite dans l’autodestruction. Fidèle à elle-même, l’Europe contribue sans compter au génocide des consciences. Voilà le pire de l’antisémitisme.

PSYCHANALYSTE