Un courrier de Nicole Potmans-Nulens, lectrice de La Libre.

Rhéto 1961, pensionnaire au Sacré-Cœur de Jette. 

Cette année-là, le cours de géographie ne nous parla pas des terres sablonneuses, des greniers à blé, des frontières, de la diversité des climats et de tous ces cours d’eau qui se mélangent. C’est le Congo qui va nous occuper principalement. Qu’en savions-nous ? Dans bien des familles, la mienne notamment, un oncle et un cousin étaient partis à la découverte d’un monde nouveau, d’une vie nouvelle. Professeurs, agriculteurs, ingénieurs, médecins, infirmières, commerçants.

Mais notre prof voulait aller bien plus loin que les clichés de cartes postales. Elle nous a exposé, déjà à l’époque et sans complaisance, les aspects positifs et les aspects négatifs de la colonisation. Tant de religieuses, tant de jeunes ménages ont embarqué à Anvers pour partager ce que notre vieille Europe a mis 2000 ans à acquérir. Bien sûr, il y a eu aussi les mercenaires, ceux que j’appellerai "les pilleurs de tombes" heureusement peu nombreux. La longue énumération des ressources minières voulait souligner la contribution du Congo à notre richesse et la nécessité d’une collaboration belge équitable. 

Quelques années plus tard, en 1970, la vie m’offre l’occasion de passer 15 jours à Lovanium-Kinshasa. Et là, aucun doute, je découvre que nous restons des cousins privilégiés. Il y a évidemment des Belges désabusés et sans états d’âme qui, à coups de gin, se persuadent qu’ils sont supérieurs mais il y a surtout ces Congolais et ces Belges qui travaillent ensemble, pensent ensemble, prient ensemble. Alors, Leopold II sourit dans sa barbe. Laisser un héritage risque toujours de faire des problèmes mais cela valait la peine. 

Faisons confiance aux hommes de bonne volonté qui ne jugent pas le passé avec les yeux du présent.