Crise sanitaire 

Un être vous manque…

En cette période si particulière de solitude virale globale, un seul être vous manque et tout est dépeuplé. 

Je suis trois fois grand-mère et pourtant… Cette personne est si importante pour moi, indispensable à mon bien-être, impensable de vivre sans elle. Sans elle, plus de sorties, plus de tête-à-tête, plus de mondanités. J’ai bien essayé de me débrouiller sans elle mais le résultat est lamentable. Je suis dévastée. 

Sans elle pas de salut ! Je me souviens avec nostalgie de ces moments d’abandon total. Ses mains si habiles me touchaient avec douceur. Pas un geste déplacé : des mains caressantes et fermes à la fois, des mains manucurées, limées avec soin. J’y repense avec tendresse. Son sourire complice et généreux, j’y répondais avec enthousiasme car je pensais être l’élue. Je lui confiais, sans retenue, mes pensées les plus intimes. 

Me voilà recluse chez moi, les mains moites d’inquiétude, emportée par des sentiments les plus tendres, dans le silence de cette journée, à rêver au temps passé. Il me faut aller vers vous et vous dire : "Quoi ?" "Comment ?" "Est-ce possible ?" Oserais-je le faire, ce premier pas vers lui ? Suis-je en état de le faire ou ne suis-je qu’en état de manque ? Suis-je donc incapable de me passer de vous ? 

Je suis trois fois grand-mère et justement… Aucune relation illicite n’a autant occupé mon esprit. Je veux crier : "Prenez-moi quand vous voulez !" Nos racines ne sont pas identiques, mais nous nous sommes choisis. Ce n’est pas le moment, maintenant que mon teint change, de me tourner le dos. Peu importe s’il y en a eu d’autres, je ne suis plus possessive. Je suis prête à partager. J’ai tellement hâte de vous revoir et, même si d’autres ont vos faveurs, je ne vous en tiendrai pas rigueur. 

Répondez-moi, laissez-moi un message, mais recevez-moi, fixez-moi un rendez-vous. Peu m’importe l’heure, de jour ou de nuit, j’accourrai vers vous et je franchirai la porte de votre salon avec gratitude pour à nouveau vous livrer ma tête en toute confiance car sans conteste vous êtes le meilleur figaro de la ville : vous, Jean-Jacques, mon coiffeur.

Patricia de Prelle

Quelles priorités pour les vaccins?

J’ai 80 ans et j’estime que donner la priorité aux maisons de repos pour la vaccination est un non sens. Par rapport au reste de la population, ma vie est derrière moi et non plus devant moi, pourtant je suis en très bonne forme et profite du temps présent qui me reste. [...] La priorité n°1 doit être le personnel soignant, les enseignants et certaines professions vitales dont l’industrie, la police, les pompiers, les facteurs, certains commerces...

Jacques Morelle

Économie 

Get up Wallonia ? Get down syndicats…

La consultation citoyenne "Get up Wallonia" par le gouvernement wallon a remporté un grand succès. Nous ne pouvons que nous en réjouir. L’objectif du programme Get up Wallonia est de créer une dynamique économique et sociale vertueuse [...]. Cette richesse économique nécessaire au développement de la Wallonie exige un climat propice aux entreprises, à l’entreprenariat dans toutes ses formes et à l’innovation. 

La Libre de ce 22 décembre nous apprenait que la Belgique avait enregistré durant les trois premiers mois de l’année 2019 le plus grand nombre de jours de grèves depuis trois décennies : 345 000 jours. 

Comme souvent, la Wallonie et la Flandre ne sont pas logées aux mêmes enseignes : 143 jours pour 1 000 travailleurs en Wallonie pour 87 jours en Flandre [...]. Ces disparités régionales ne sont pas récentes et s’inscrivent toujours dans le même sens. Rappelons qu’en 2016 l’entreprise Zalando avait finalement choisi son nouveau centre de distribution aux Pays-Bas plutôt qu’à Dour en raison de ce mauvais climat social. Cette année 2016, la Belgique enregistrait 124 jours de grève pour 1 000 travailleurs contre 3 jours aux Pays-Bas, et il ne s’agit nullement d’une exception historique. Deux raisons objectives peuvent être avancées.

- Le taux de syndicalisation est de 17 % aux Pays-Bas contre 54 % en Belgique, alors qu’au début des années soixante les deux pays présentaient des taux comparables. Une explication est que les syndicats néerlandais se sont vu retirer la fonction d’organisme de paiement des allocations de chômage.

- Le type de syndicalisme pratiqué est bien différent. En Wallonie, on a un syndicalisme de combat issu des bassins industriels. La Hollande est un pays de commerçants et il n’est jamais fait usage de la grève générale.

Un bureau de consultance renommé, actif sur la restructuration du bassin liégeois, déplorait cette mentalité. "Le problème essentiel est que les syndicats ont adopté une politique de contestation et de revendication permanente qui empêche toute évolution." Il déplorait le recours systématique à la grève, souvent accompagné d’exactions et de saccages. En novembre dernier, le tribunal correctionnel de Liège a condamné six dirigeants de la FGTB dont le président national en précisant que le droit de grève n’était pas illimité et ne permettait pas d’utiliser l’intimidation, ni la violence : "La sécurité et la liberté des citoyens ne peuvent pas être bafouées par le droit de grève." 

Nous ne pouvons qu’espérer que cette décision pose les jalons d’un syndicalisme responsable, respectueux des lois et des citoyens et permettant enfin une dynamique économique vertueuse.

Jean-Michel Carlier 

Cultes 

La magie de Noël était bien présente

Nous avons pu voir les Choristes de la cathédrale Notre-Dame de Paris y chanter, avec casques et tenues de sécurité, des chants de Noël accompagnés par la soprano Julie Fuchs et Gautier Capuçon au violoncelle. Il a joué l’Ave Marie les larmes aux yeux, et toute la chorale a terminé par un joyeux Jingle Bells

Le monde entier a pu voir la messe de minuit dans une partie restreinte de la basilique Saint-Pierre de Rome. Quelle joie de pouvoir, nous qui en sommes privés depuis si longtemps, admirer cette messe de minuit qui avait perdu son caractère pompeux pour en revenir à l’essentiel, une messe à portée de tous. Les cloches ont sonné deux fois lors de la consécration. À l’issue de la messe, seul, le pape François s’est recueilli devant l’enfant Jésus, l’a embrassé et s’est incliné. 

Que d’émotions plus fortes que toute solitude !

Brigitte Rogival 

Les restrictions à la liberté de culte et l’état de droit

Ce 22 décembre 2020, le Conseil d’État a prononcé trois arrêts validant les restrictions actuelles à la liberté de culte qui prévoient que les cérémonies religieuses ne peuvent réunir qu’un maximum de quinze personnes. On rappellera que ces restrictions ont empêché de facto bon nombre de catholiques d’assister à la messe de Noël. Conscients des efforts que tout un chacun doit réaliser pour combattre la pandémie, les requérants demandaient simplement qu’au lieu d’une règle purement "aveugle" limitant les fidèles à quinze par cérémonie, l’on autorise une assistance proportionnelle à la surface de l’édifice, voire les cérémonies publiques en plein air. 

Ainsi donc, alors que nous voyons nos rues commerçantes bondées et des centaines de personnes dans les grandes chaînes de magasins pour les courses de Noël, la basilique de Koekelberg - la sixième plus grande église du monde - ne peut en accueillir qu’une quinzaine… De même, les musées et les piscines pourront accueillir un nombre important de visiteurs, tandis que les lieux de cultes seront, pour certains, quasi déserts. Telle salle d’audience d’un tribunal pourra accueillir simultanément une trentaine de personnes (sur base de recommandations du SPF Justice) durant trois heures d’audience, tandis qu’un édifice religieux dix fois plus grand ne pourra recevoir que quinze fidèles pour une cérémonie d’environ une heure ! 

L’argument tenu par le Conseil d’État, suivant lequel les activités de shopping, de visite de musées… ne sont pas comparables, car étant exercées individuellement, avec celles d’un rassemblement en vue de l’exercice collectif d’une cérémonie religieuse ou non confessionnelle, est assez indigent, pour ne pas dire autre chose. Nos gouvernants, qui avaient précédemment purement et simplement interdit les cérémonies religieuses publiques à l’exception des enterrements et mariages - ce qui fut considéré à juste titre comme inconstitutionnel par le Conseil d’État -, ne se sont pas privés de fouler aux pieds le droit à la liberté de culte. On doit s’interroger du peu de cas que semble faire le pouvoir exécutif de la liberté de culte, pourtant consacrée par la Constitution. 

Dès l’instant où les décisions des pouvoirs publics, paraissant empreintes d’idéologie partisane, aboutissent à la violation flagrante des libertés constitutionnelles, se pose légitimement la question du respect de l’état de droit. À l’instar du célèbre dessin de Félicien Rops (L’ordre règne à Varsovie), on dira qu’à présent l’ordre règne dans les édifices religieux !

Bérénice de Montpellier Villermont

À tous ces jeunes prêtres venus d’Afrique

En cette période de Noël j’ai pensé avec affection, et un peu de peine aussi, à tous ces jeunes prêtres venus d’Afrique et que la pandémie a empêchés de prendre quelques vacances au pays pour embrasser leurs parents et la famille, rencontrer leur évêque, se ressourcer. Chez nous, ils participent activement, avec cœur et courage, soutenus par nos évêques et nos prêtres, à la ré-évangélisation de la société […] Ils ont dû faire preuve de beaucoup de courage et de persévérance pour réaliser leur vocation, et ils en ont bien du mérite. Et voici qu’ils nous proclament la Bonne Nouvelle et nous la méditent dans notre langue. [...] 

Ils accompagnent toutes nos grandes joies mais aussi nos grandes douleurs, au fil de la vie. Ils catéchisent. Ils guident. Ils administrent. Ils prient pour nous. Nous prions pour eux. Nous prions ensemble. Ils nous aiment et nous les aimons…

Pierre Dubois 

Mobilité 

En imposant les 30 km/h, le gouvernement bruxellois a pris une bonne décision

En ce début d’année, la question est de savoir si les 30 km/h imposés à Bruxelles sont justifiés ou non. Il s’agit pour l’instant d’une mesure en site urbain dense. 

J’ai parcouru une tranche de ma vie sur les routes avec une moyenne incroyable de 900 km par jour. J’ai roulé par toutes les saisons, sur toutes les routes d’Europe, en plaine et en montagne, de jour comme de nuit. J’ai donc observé que la vitesse d’une voiture est dépendante de la vitesse du groupe de véhicules alentour. 

Prenons un exemple : sur une autoroute entre Bruxelles et Liège (soit un tronçon de 100 km) on peut tenter de rouler à des 140 km/h. Quoi que l’on fasse, il y aura de nombreux freinages pour finalement parcourir la distance en une heure, soit à 100 km/h. Sur les routes secondaires, la vitesse s’impose d’elle-même à 60 km/h, même si l’on tente d’aller à 90 km/h sur certains tronçons. En ville, le trafic, dense, impose de lui-même une vitesse. Si l’on tente de dépasser cette vitesse urbaine, on prend des risques mais, en définitive, la vitesse moyenne sera celle du trafic urbain. 

En imposant les 30 km/h, le gouvernement bruxellois a pris une bonne décision. Il a simplement officialisé la vitesse urbaine naturelle que la densité du trafic impose. Il existe une loi naturelle qui veut que plus le nombre de voitures augmente, plus la vitesse moyenne se réduit. Et personne, même avec une Porsche ou une Maserati, n’y changera quoi que ce soit. Ceux qui s’opposent à cette mesure ignorent ce qu’est conduire une voiture. Cet engin personnel, égocentrique, qui séduit tant, est dépendant de la communauté de toutes les voitures. 

Il est temps aujourd’hui de changer de comportements. La voiture n’est plus un objet personnel : dès qu’elle sort du garage, elle rentre dans une collectivité de voitures.

Damien de Failly

les 30 km/h vont agraver la situation économique de Bruxelles

[À propos des 30 km/h imposés à Bruxelles], j’ai consulté Statbel, l’office belge de statistique. Les statistiques pour la région bruxelloise donnent 20 décès en 2019 et 21 en 2020. Donc laisser dire à Madame la ministre que l’objectif principal de la mesure est de diminuer le nombre de décès frise la désinformation. [Quant à] apaiser la ville, oui, augmenter la part du vélo, oui, freiner les autoroutes urbaines, oui, diminuer la pression automobile, oui. Mais essayer d’expliquer qu’une auto va consommer et polluer moins à 30 qu’à 50 km/h, non. Toutes les études sérieuses prouvent le contraire. 

[Enfin], un peu d’économie. Pas de trafic, pas de chalands. Pas de chalands, pas de chiffre d’affaires. Pas de chiffre d’affaires, fermetures. Fermetures, paupérisation du quartier, fuite des habitants et diminution de l’impôt perçu. […] Est-ce que je suis le seul à voir ça ? Ce n’est pas possible.

Étienne Tinant