Voici quelques-unes de vos réactions aux sujets qui ont fait l'actualité ces derniers jours.


Euthanasie 


Passer de la vie à la vie

L’affaire Vincent Lambert fait venir en moi ce dialogue imaginaire. Ma vie ne tient qu’à un fil, le fil électrique de mon respirateur. Depuis plus de dix ans, je suis plongé dans un coma profond. Je préoccupe mes proches et mobilise une équipe de soignants responsables de ma fragile existence. L’heure des visites est passée. Ma famille est venue me voir ; de part et d’autre de mon lit, ils ont échangé des propos inquiétants, ils ont parlé de justice, de commandements, de droits de l’homme, d’euthanasie. L’aumônier aussi m’a rendu visite. Au travers de mon épais brouillard, il m’a parlé de Dieu, de remise des péchés, de l’au-delà, de repos éternel : je n’ai pas tout compris. À présent, tout est calme, le médecin est passé, a braqué son stylo lumineux sur mes pupilles et noté mes réactions. L’infirmière est venue vérifier le goutte-à-goutte, jeter un coup d’œil sur mes paramètres, le bénévole est venu reprendre la tasse de café froid. La technicienne de surface a passé un coup de torchon. Tout est clean, aseptisé, sous contrôle. Toutes les procédures ont été respectées, les consciences tranquillisées et je reste seul. Si je pouvais, si je savais, c’est selon, je demanderais à mes parents de me serrer entre eux et de me chanter cette berceuse qui, bébé, me faisait sourire aux anges. Je demanderais à mon épouse de prendre ma main et de la poser sur son cœur en me rappelant notre première rencontre, notre premier regard, notre premier baiser, notre engagement de mariage "pour le meilleur et pour le pire". Je demanderais à l’aumônier de me raconter cette histoire de la brebis perdue et de l’infinie tendresse du Père. Je demanderais au personnel soignant de retirer le masque stérile afin que nous puissions échanger le baiser de paix. Car si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Si je pouvais, si je savais, c’est selon, je souhaiterais peut-être ne plus être objet de discorde dans ma propre famille afin que tous et toutes nous puissions nous aimer les uns les autres. Oui, en effet, je souhaiterais peut-être, après une dernière poignée de mains, une dernière accolade, un ultime baiser, de prendre congé, de saisir la clé, m’installer au volant et prendre la route pour rentrer à la maison, à la maison de notre Père à tous. Alors je vous demande à vous famille, médecins, théologiens, philosophes, moralistes et sociologues de vous asseoir autour d’une table et de juger, en âme et conscience, si mon souhait est plausible et raisonnable, et, dans l’affirmative, éclairé et guidé par l’Esprit Saint, de me dire comment faire pour donner sens à mon reste de vie car tout seul, je n’y arrive pas. Et nous dans tout cela ? Allons-nous rester "au balcon", témoin indifférent à ce fait divers de téléréalité ? Porterons-nous quelques instants dans notre cœur l’humanité de notre frère fragilisé ? Aurons-nous le courage de regarder en face notre propre finitude ? Resterons-nous écartelés entre déni et acceptation, entre angoisse et confiance, entre révolte et offrande ? Ou, peut-être, aurons-nous cette foi forte et humble du cardinal Suenens déclarant à l’infirmière, à son arrivée aux urgences pour son dernier voyage : "Ainsi donc, c’est vous qui allez m’aider à passer de la vie à la Vie". Claude Hanon


Harcèlement 


Un courageux témoignage

Bravo Éléonore et merci. Merci pour ton courageux et fort témoignage de victime de harcèlements à l’école et dans les mouvements de jeunesse. Quel enfer, comme tu l’écris dans La Libre du 2 juillet. Il faudrait que ton texte soit distribué dans toutes les écoles, fondamentales et secondaires, à tous les profs et éducateurs, avant la rentrée. Qu’il fasse l’objet d’échanges et de décisions. Idem pour les mouvements de jeunesse avant les camps. C’est urgent. Et bien sûr, à tous les ministres et rédacteurs du Pacte ! Un tout grand bravo pour ta décision : "Je ferai en sorte que plus aucun enfant, plus aucun jeune, plus personne n’ait à subir ce que j’ai subi."Jacques Liesenborghs

La thérapie est nécessaire

Travaillant comme psychologue en milieu hospitalier, en pédiatrie entre autres, je suis souvent confrontée à des situations de harcèlement, et souvent je repère trois éléments présents : un enfant, ou un ado, à l’estime de soi fragile, voire défaillante - ce que les enfants, ou ados "harceleurs potentiels" détectent de manière fulgurante ; une absence de "tiers sécure" adulte, parent, enseignants, ami de la famille ; et un manque de positionnement, puis d’intervention clairs et fermes du côté de la structure scolaire. Bien sûr que le ou les harceleurs doivent être sévèrement sanctionnés (ce n’est pas parce qu’un enfant fragile ne se défend pas que cela donne le droit à l’autre de lui nuire !) ; bien sûr qu’il faut une parole des enseignants et de la direction pour tout le groupe-classe et parfois, un changement d’école ; mais il faut aussi veiller à ce que l’enfant ou l’ado harcelé puisse faire un travail en profondeur avec un thérapeute compétent pour retrouver une estime de soi suffisante et contacter ses propres ressources ; sans quoi le harcèlement risque de se reproduire dans d’autres milieux, répétition qui ne fera qu’enfoncer l’enfant, le jeune concerné dans le désespoir. Christine Crabbe


Politique 


Écolo légitimise la méthode Monsanto !

Naguère, on fustigeait les lobbyistes de Bruxelles qui influençaient les parlementaires européens, ces groupes de pression qui défendent leurs intérêts personnels en interférant à travers nos institutions démocratiques. Monsanto était sur le banc des accusés ! Écolo et PS voulaient mettre en place un gouvernement minoritaire où les groupes de pression, renommés "société civile", auraient été appelés officiellement à jouer un rôle déterminant. Pire, aucune décision n’aurait pu être prise sans que ces lobbyistes aient réussi leur coup… C’est-à-dire de convaincre par tous les moyens (?) quelques parlementaires de faire le pas. On imagine difficilement que les intérêts personnels ou les compromissions ne soient pas de mise. La Wallonie s’apprêtait à "institutionnaliser" et à vivre avec la méthode Monsanto ! Bonjour au Gouvernement Monsanto et adieu coquelicot ! Marc Humbelet

Qui se soucie encore de l’avenir de notre pays ?

Depuis les résultats des élections, les déclarations, prises de position, replis identitaires, exclusives, minauderies, tromperies laissent un goût très amer. En cause : la vanité des idéologues de partis, le seul souci d’accéder au pouvoir et d’en goûter la griserie, n’importe comment. Alors, vive les idées folles, les constructions farfelues, les prostitutions, voire l’appel aux sociétés dites civiles en feignant d’ignorer que les syndicats et mutuelles sont déjà des sous-partis de fait. Il est désarmant d’observer que les négociateurs continuent de raisonner avec leurs codes et leurs modèles d’autrefois : la logique gauche contre droite. Alors que les enjeux majeurs se situent ailleurs : la montée des extrémismes de gauche et de droite, les nationalismes et séparatismes clairement affirmés. Certaines déclarations en viennent à banaliser le confédéralisme, se disant que quelque part il leur resterait bien quelque pouvoir, comme celui d’un coq sur sa basse-cour… Du côté des médias, certains pédalent dans ce marécage peu glorieux en complexifiant davantage le débat plus qu’en l’éclairant. Mais dans tout ce micmac, qui se soucie vraiment de l’avenir de notre pays ? Il y a cependant une hypothèse de travail- jamais évoquée - qui tombe sous le sens et qui appelle quelques renoncements : un gouvernement fédéral qui réunirait l’ensemble des forces saines du pays, à savoir les familles socialistes, libérales, sociochrétiennes et écologistes du Nord, du Centre et du Sud dans une majorité confortable, même si plus faible en Flandre. Certes, une telle coalition présenterait l’une ou l’autre faiblesse ; le gouvernement sortant n’en présentait-il pas et de bien plus grosses ? Cette hypothèse pourrait s’appliquer aisément pour l’exécutif wallon. Alors, est-ce trop demander aux partis en place que de se hisser au niveau de l’avenir du pays ou bien sont-ils prêts à entraîner le pays dans l’aventure institutionnelle ? Les ego politiques ou le bien du pays ? Paul Borchgraeve


Mobilité
 


Bruxelles n’aime pas les cyclistes

Le Grand Départ du Tour de France à Bruxelles a été une belle fête. Le "troisième plus grand événement sportif du monde" laisse dans son sillage une belle image de Bruxelles et, à l’instar des autres grands évènements sportifs, une grosse facture, peut-être justifiée. Mais les Jeux olympiques et la Coupe du monde de foot laissent aussi les équipements sportifs qui leur furent nécessaires. Que laisse le Tour de France aux cyclistes bruxellois ? Rien. Des dizaines de kilomètres de routes furent soigneusement et, comme par enchantement, rapidement réasphaltés et réparés. Mais ça, après le Tour de France, c’est pour les voitures, pas pour les bicyclettes. Des casse-vitesse ont été rabotés pour ne pas gêner les coureurs, mais ils seront, après le Tour, rehaussés à nouveau et les cyclistes continueront à devoir freiner devant chaque casse-vitesse pour ne pas recevoir le guidon dans la mâchoire ou la selle ailleurs. Bruxelles s’est vantée en jaune et en large d’être une cité du vélo. Par le discours, certainement. Mais à l’exception de quelques tronçons de très belles et bonnes pistes cyclables morcelées, Bruxelles n’est toujours pas le royaume de la petite reine, mais bien celui du gros roi automobile. Le Tour de France à vélo aura certainement des retombées positives pour Bruxelles, mais en ce qui concerne le sport, les "retombées" sont les "re-chutes", au quotidien, des cyclistes dans les nids-de-poule, sur les casse-vitesse, sur les pavés déchaussés et les bordures oubliées. Nicolas Goubau


Enseignement 


Enseignement secondaire en crise

Il n’échappe à l’attention de personne que l’enseignement francophone secondaire traverse une crise profonde dans tous les réseaux. Depuis de longues années, la profession d’enseignant fait l’objet d’un long travail de sape basé sur un manque de respect qui revêt de multiples aspects. Tout d’abord, la rémunération des enseignants n’est pas à la hauteur des responsabilités qu’ils assument en construisant le monde d’après-demain au travers de la transmission des savoirs et des savoir-faire. Et comme nous vivons dans un monde où la valeur des individus se mesure à l’aune de leur salaire, certains parents n’hésitent pas à considérer nos professeurs comme des citoyens incompétents seuls responsables des échecs de leurs enfants naturellement doués et travailleurs. On se doit donc d’accorder à ces derniers un diplôme puisqu’ils sont devenus des "clients" et que "le client est roi". Le clientélisme fait dès lors partie de la stratégie de certaines directions qui font corps avec les parents en cas de conflit avec le professeur, et qui encouragent à gommer des échecs au cours des délibérations, dans le but de conserver leur quota d’élèves. De telles conditions de travail suffisent à expliquer la pénurie de nouveaux enseignants, la brièveté de leur carrière et les heures de licenciement des élèves. Elles n’incitent pas non plus à promouvoir l’excellence, faute de moyens et de considération de la part des autres acteurs. En dehors de quelques établissements bien connus, le niveau des connaissances ne cesse de baisser, laissant les jeunes dans l’incapacité d’entamer des études supérieures. Demain fleuriront des écoles privées au minerval élevé qui dispenseront une formation de qualité à quelques privilégiés. Les autres élèves n’auront droit qu’à un enseignement médiocre et à un avenir limité. Frustrés de n’avoir pas trouvé dans la société la place qu’ils espéraient, ils formeront le terreau idéal pour la propagation des idéologies simplistes et des extrémismes. Est-ce là l’avenir que nous voulons pour les générations montantes ? Si tel n’est pas le cas, il est urgent de réagir en revalorisant la fonction d’enseignant. C’est une responsabilité sociétale collective où tous les acteurs ont leur rôle : politiciens attentifs, directions solidaires, professeurs revalorisés, parents participatifs… et élèves consciencieux. Jean Snoeck, tuteur bénévole dans l’enseignement secondaire.