Cette semaine, vous avez été nombreux à nous écrire à propos du coronavirus. Voici une sélection de vos textes. Si vous souhaitez nous écrire, merci d'envoyer votre proposition à l'adresse : llb.debats@lalibre.be.

La vie quotidienne

Si nous pouvions nous souvenir…

Dans quelques mois, quand la vie reprendra à Bruxelles et ailleurs, j’espère que nous pourrons nous souvenir du bonheur et savourer la chance que nous avons de marcher librement dans la rue sans justification, d’aller au marché un jour ensoleillé, d’acheter de la farine pour préparer un bon pain "maison", de réserver une table au restaurant… et même, aussi étrange que cela puisse paraître, de nous rendre au travail, de dialoguer avec nos collègues sans interface, d’aller à l’école ou à la piscine pour les enfants… Si cette crise et cette épidémie nous permettent à l’avenir de nous ouvrir les yeux sur ces plaisirs chers, simples et insoupçonnés, ce serait déjà un fameux point positif pour notre société. Nicolas Lanthier, Bruxelles 

Acrostiche 

Offrons notre aide

Confinement, crise sanitaire, crise sociale, crise économique, chômage économique, choc attendu ; Osons faire face à ce désastre, à ce combat de longue haleine ; Réagissons, chacun à notre niveau, de façon solidaire et non solitaire ; Offrons notre aide morale et matérielle à tout qui en a besoin ; Nous n’avons d’autre choix que de nous imposer une ferme discipline ; Ayons le sens civique en respectant les recommandations publiques ; Veillons à nous libérer de tout égoïsme et voyons plus loin que le bout de notre nez ; Il importe de tenir compte de l’intérêt général ; Rarement comme jamais, raisonner à court terme ne pourrait dans le cas présent qu’accélérer la propagation de la pandémie ; Une seule issue, en dépit du nombre de contaminés, d’hospitalisés, de décédés : s’attaquer sans répit à un péril incontestablement très sérieux ; Saluons le système sanitaire à bout de souffle, le personnel de santé qui ne cesse de se sacrifier pour autrui et soyons, chacun d’entre nous, un maillon d’une longue chaîne qui finira bien par stopper, un jour, le parcours du coronavirus. Philippe Dardenne

L’humain craint, mais décide

Virage du virus

Le coronavirus
En révèle un peu plus
Sur la nature humaine,
Ses libertés, ses chaînes.

Car le chacun pour soi,
Nouvelle triste loi,
Soudain se pulvérise,
Explose avec la crise.

C’est le chacun chez soi
Qui est de bon aloi,
Apparent égoïsme
Voulu par le séisme.

"Prenez bien soin de vous",
Entendons-nous partout.
Le soin des uns assure
Aux autres une armure.

Le choix ? Ne l’a-t-on pas ?
Si, puisque chaque pas
Pour s’éloigner d’un proche
Sûrement le rapproche.

Rencontrer le voisin
Sans lui serrer la main.
Offrir la récompense
D’un mètre de distance.

Dans un autre univers
Où tout semble à l’envers,
Le virus fait le vide.
L’humain craint, mais décide.

François-Xavier Druet

Un chemin inédit 

Il y a tant de mots à glisser entre nous

Les cartes, les atlas et tous les GPS regorgent de chemins, de routes, de destins qui soudain, aujourd’hui, semblent s’évanouir et ne plus exister. J’ai cru voir des sentiers ma foi peu fréquentés qui semblaient ne mener qu’ailleurs, oui, mais vers où ?

Vous n’êtes pas d’ici me cria le veilleur. Qui êtes-vous ?, lui dis-je. Je suis moi, le veilleur. Je regarde la vie et révèle aux oreilles de ceux qui m’aperçoivent un chemin inédit.

Imaginer, créer, inventer, raconter, fabriquer, romancer, improviser, rêver… Il y a tant de mots à peindre ou colorer, à accueillir chez soi, à inviter à table, à glisser entre nous pour, sans trop se toucher, vivre sans s’accabler. André Elleboudt

Transition

Repenser notre mode de travail

Utilisons cette quarantaine, qui force l’économie à tourner au ralenti et qui préconise des solutions alternatives (comme le télétravail), pour démontrer que la société ne bascule pas dans l’apocalypse du jour au lendemain. Espérons sincèrement que l’impact de la récession économique sera moindre que prévu, et qu’on réalisera que la productivité des employés (pour ceux qui peuvent évidemment exercer leur travail à domicile) ne sera pas si différente - peut-être même meilleure ? - de sorte que l’on pourra envisager une société moins centrée sur le travail, et davantage sur le bien-être, la famille, les proches, les loisirs. Et utilisons cela comme tremplin vers la semaine des quatre jours ! Elle ne fera peut-être pas de bien à l’économie, mais elle soulagera les citoyens en quête de bien-être ainsi que la planète. Je reste convaincu que tous ces éléments "sociaux" ne cessent de prendre de la valeur, surtout aux yeux des nouvelles générations, par rapport à une logique qui se base uniquement sur la rémunération salariale. À bon entendeur et à tous les télétravailleurs… mettons-nous y à fond ! Thomas Ejzyn

À notre juste place

L’Homme comprendra qu’il n’est pas Dieu

La Fontaine et Camus ont écrit sur un fléau, la peste. À leur époque, la normalité était des épidémies qui menaçaient les populations et qui revenaient depuis toujours. De même, les catastrophes naturelles faisaient peur depuis Pompéi. Les Humains étaient menacés par la Nature. Mes parents étaient soignés encore avec des moyens naturels en cas d’infection. En 195O, la pénicilline fut découverte. Le monde a changé. L’homme s’est pris pour un dieu et a oublié qu‘il était un être-pour-la-mort, un Humain qui pouvait s’en aller à tout moment. Fort de ses nouveaux pouvoirs, l’Humain a détruit la planète, pillant le pétrole, les ressources naturelles. La chimie n’a rien respecté. 2020. Une maladie se répand sur la terre, une pneumonie grave et très contagieuse. Pas une grippe mais une nouvelle peste. En 194O, mes parents ont appris une terrible nouvelle. La guerre était déclarée. Une grande peur a habité leur vie. Combien de temps, combien de morts ? Ils ont assumé. Ils ont protégé leurs enfants et durant quatre années leur vie fut en arrêt, suspendue à un affreux destin. En ce dimanche, dans cette ville de solitude, je crois que la comparaison surgit dans mon esprit. Lors des catastrophes naturelles et des guerres, les Hommes se révèlent lâches et antihéros, ou au contraire ils se dépassent, deviennent grands, solidaires. Cette pandémie voit des gens égocentriques consommant, prévoyant l’impossible, tandis que d’autres vont au front, se mettant en péril comme les soignants non protégés, ou des citoyens jouant la solidarité. Ainsi est l’Homme : incroyable, décevant souvent. Durant les catastrophes, les guerres, les héros sont restés au combat et les crises furent oubliées. Ainsi notre Humanité va peut-être entrer dans un autre monde. Un retour à la nature bonne à l’origine du monde. L’Homme comprendra qu’il n’est pas Dieu et que ses petits calculs sont réduits au néant. La planète est en péril. Les médicaments inventés depuis 70 ans, antibiotiques et vaccins, deviennent inefficaces. Un autre monde, une autre vie sans doute. Une autre manière de vivre. La guerre est là. Comme nos parents nous allons y faire face. Comme eux, nous devons suivre les conseils des scientifiques, des autorités. Pendant combien de temps ? Il est idiot de poser la question. Un jour nous pourrons nous embrasser. Jean-Pierre Bodart