Opinions

Voici quelques-unes de vos réactions aux sujets qui ont fait l'actualité ces derniers jours.


Lourdes: petite escale en gratitude

À Raoul, Annie, Benoit, Nicolas, Louis, Ferdinando et les autres. Que l’on soit plus ou moins croyant, embarquer la première ou la 10e fois dans le train blanc qui accompagne des malades à Lourdes, c’est prendre le chemin vers une destination d’où l’on revient, à chaque fois, le cœur "jardiné" d’émotions bouleversantes et le regard éveillé aux couleurs d’aubes nouvelles… Si même je suis familière des "paysages" et du travail à l’hôpital là-bas, les stupéfactions, les richesses glanées de la première fois se renouvellent sans cesse, les cercles allant s’élargissant. 

La solidarité joyeuse qui habite ces lieux aux airs de "Tour de Babel", la complicité qui se tisse des uns aux autres, les échanges, la tendresse, l’empathie, la solidarité sont autant de petits miracles d’amour indicibles, d’étonnements, d’émotions que le regard capte au vol, partout où que l’on passe, où que l’on soit. Comment ne pas être interpellés, émus par ces marées de jeunes et de moins jeunes venus de tous les horizons, qui choisissent une semaine de leurs vacances, le cœur joyeux pour brancarder, aider, écouter, partager, rire, soigner, aimer et permettre à tout un réseau, énorme, d’exister dans "l’être avec" au fil de rencontres multiples, spontanées, nourrissantes. Il y a aussi les enfants, ceux qui jouent, rient courent sur la grande esplanade. Il y a aussi ceux qui ne savent pas courir ni jouer comme les autres, et pourtant ils s’amusent ensemble, se donnent la main, puis l’un prête ses jambes à l’autre, l’autre le fait rire et ainsi va leur ronde. Une ronde d’espérance dans un monde qui parle toutes les langues sans besoin d’interprète. 

Un monde de passerelles effleuré de mystères, un monde qui ouvre les portes de nos cages, un monde qui réconcilie avec l’espérance. On s’y sent lavé des petitesses de la vie, détourné de soi, pris par la main et par le cœur des personnes handicapées. Je suis toujours profondément touchée, bouleversée par le courage, la patience, la gentillesse des personnes handicapées, ce qu’elles donnent sans le savoir à ceux que l’on dit "bien portants"…

Je suis touchée de les sentir tellement debout dans leur tête. Je suis émerveillée par leurs trouvailles, leur humour même, pour déjouer les assauts du découragement, par leurs incroyables aptitudes aux joies simples, aux plaisirs minuscules, par leurs rires, leurs éclats de rire malgré tous les malgré. D’autres bras remplacent si souvent les leurs pour tant de gestes élémentaires, mais, en réalité, qui porte qui ? Tout cela me dépouille de ce qui encombre le chemin des essentiels. Il y a des héros qui s’ignorent à qui on ne dit pas qu’ils le sont. Ils le sont ces passeurs de lumières qui, sans le savoir, déposent des perles d’humanité dans nos bagages… J’ai envie de leur dire un MERCI habité de gratitude, d’une infinie tendresse et d’une indicible admiration. Brigitte Jacques


Assomption: de la terre au ciel

Proclamée comme dogme par Pie XII en 1950, L’Assomption de la Vierge Marie célébrée chaque année le 15 août est très loin d’être une fête qui serait née au XXe siècle. Non seulement les premiers pères de l’Église (dont saint Ephrem en 373) en parlent, mais l’Écriture y fait également allusion. En effet, comment (comme le faisait Jean-Paul II) ne pas reconnaître cette "femme enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête" (Apocalypse 12, 1-12) comme étant la figure de Marie au ciel ? Non, cette réalité ne date pas d’hier. Sur un papyrus égyptien intitulé "sub tuum praesidium" datant de l’an 250, on lit cette prière : "Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse, Vierge bienheureuse." Outre ces faits historiques (dont la liste est longue) montrant que le culte marial date des premiers temps de l’histoire chrétienne, je pense qu’on ne peut faire l’impasse sur toutes les apparitions de celle qui, montée au ciel, s’est manifestée sur la terre. 

Et s’il fallait trouver une confirmation que Dieu existe, que le Christ est corporellement ressuscité et qu’il y a réellement une vie après la mort, comment ne pas en trouver une à travers ces mariophanies dont certaines sont contemporaines ? En ce sens, permettez-moi de penser que, loin d’être une fête qui ne reposerait sur rien, l’Assomption est une sorte de boussole qui nous indique notre avenir : un avenir qui, loin d’être un plongeon dans le gouffre du néant, nous rappelle, comme l’écrit saint Paul, que "Notre véritable patrie est dans les cieux, d’où reviendra notre Seigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire" (Épître aux Philippiens, 3, 20-21). Jean-Pierre Snyers


Économie: les taux d’intérêt négatifs ont-ils un sens ?

Dans l’enseignement de la théorie économique traditionnelle l’intérêt rémunère le temps dans un contexte où la croissance est pérenne. Les intérêts négatifs anticipent-ils donc l’arrêt du temps, de la croissance ? Essayons de comprendre : depuis une décennie nos économies naviguent dans un environnement non inflationniste. Dans cette situation l’objectif visé de la BCE en introduisant le taux négatif est d’inciter les institutions financières à ouvrir les vannes du crédit mais, dans la réalité, les banques restent réticentes à prêter et les entreprises hésitantes à emprunter car la grande incertitude quant à la direction de l’économie mondiale les en dissuade. D’autre part cela ouvre, par effet induit, un grand nombre d’opportunités : - pour l’investisseur individuel, les investissements en or et actions pourraient s’apprécier, les obligations à hauts rendements et les actions à dividendes deviennent elles aussi attrayantes. - pour l’emprunteur individuel, il a l’opportunité d’emprunter à taux extrêmement bas. Les banques au Danemark offrent des crédits hypothécaires à 10 ans à - 0,5% fixe. 

En d’autres termes elles payent pour devenir propriétaires. - pour les États cela pourra leur permettre de financer les intérêts des dettes abyssales qu’ils ont contractées mais également de s’engager dans des investissements structurels à long terme. En juillet, L’État belge a levé 1,2 milliard d’euros à dix ans à un taux moyen de -0,038 %. Que va-t-il en faire ? - pour la banque centrale elle s’assure de pouvoir continuer à créer de la monnaie alors que la stratégie de quantitative easing est arrêtée. - pour les banques privées de continuer à s’investir dans les véhicules financiers spéculatifs sur les marchés boursiers pour assurer des rendements positifs à leurs clients (private ou institutionnel). Évidemment des aspects moins vertueux sont également à craindre : - pour l’épargnant le rendement sur compte d’épargne s’approche de zéro, voire sera négatif, l’épargne n’est plus rémunérée et avec une inflation positive elle perd de sa valeur, le pouvoir d’achat des épargnants diminue. - pour le marché immobilier le risque est réel de la création d’une bulle immobilière, vu l’afflux de la demande. Nous constatons donc qu’au-delà de la relance de l’économie productive les objectifs induits d’une telle situation sont de s’assurer que les États continuent à rembourser les intérêts de leurs dettes et que les épargnants, en quête de rentabilité de leur épargne, déplacent leur épargne vers les marchés financiers. Cela sera-t-il efficace ? Luigi Chiavarini