Annie Cordy Bruxellois, how dare you !

Un tunnel portant le nom de la merveilleuse Annie Cordy, quelle bonne idée ! Et puis… non, il n’y aura pas de nouveau tunnel, on débaptise le Léopold II. Léopold II n’est-il pas coupable de tous les maux du Congo ? N’a-t-il pas permis la colonisation qui a pillé, détruit, massacré dans ce pauvre pays ? Tout vidé ? Mon étonnement est grand car je me souviens du Congo belge de mon enfance - le pays progressant, socialement et économiquement, le plus vite selon l’Onu - et je me souviens du Zaïre de Mobutu - la dégringolade d’un pays soumis à une corruption inimaginable - et, avec tristesse, je suis l’actualité et sais ce qui se passe à l’heure actuelle comme massacres, pillages, destructions dans ce malheureux pays indépendant depuis 60 ans et où écoles, routes, hôpitaux, industries… créés par la colonie ne sont plus que ruines. Malheureusement, la colonie n’aura été qu’un intervalle de progrès entre deux périodes d’horreurs ! Précisons que Léopold II était la personnalité la plus admirée de beaucoup de Congolais et qu’il l’est toujours car il avait permis que la paix s’installe là où guerres tribales et esclavage - entre Noirs ou au bénéfice d’Arabes - empêchaient tout progrès, il avait rendu possible un progrès fulgurant dans tous les domaines et, petite fille, je n’ai jamais vu que sourires autour de moi, sourires de personnes libres, soignées gratuitement, instruites, bien logées…. heureuses ! Des "historiens" belges lisent les textes de ceux qui voulaient un Congo anglais, des historiens congolais se renseignent et nous livrent deux livres à lire : de J.-P. Nzeza Kabu Zex-Kongo, Léopold II. Le plus grand chef d’État de l’histoire du Congo et de Marcel Yabili, Le roi génial et bâtisseur de Lumumba. Je les recommande à ceux qui aiment le vrai ! Et à ceux qui ignorent le contexte de l’époque, je suggère Le quai de Wigan de G.Orwell : il montre une vie en Angleterre que très peu de Noirs ont pu connaître à la même époque mais que beaucoup connaissent - et souvent en bien pire - à l’heure actuelle. Non, Léopold II n’était pas un ange descendu du ciel mais je suis fière de ce grand roi des Belges, de ce roi bâtisseur !

Mia Vossen ROCHEFORT

Hilare ou à pleurer ?

La chanson entraînante d’Annie Cordy, que nos enfants ont chantée et dansé aux fêtes scolaires était sur toutes les chaînes. "Chaud Cacao", il y a tellement longtemps que je ne l’avais plus entendue. Et puis le soir, j’écoute l’émission 28 minutes sur Arte et j’apprends qu’il existe une cancel culture, que des gens trouvent cette chanson raciste. J’ai une amie qui me téléphone de France en rigolant pour me demander si la Belgique est tombée sur la tête. Là, je suis gênée aux entournures. D’autant que les intervenants parlent sérieusement de l’affaire en utilisant les termes de censure, de droit à la parole, qu’un chroniqueur évoque un roi sanguinaire avec des millions de morts sur la conscience - je pourrais lui conseiller de lire le livre de Marcel Yabili avant de parler. Alors non, je ne suis plus hilare, où va-t-on ? Serions-nous vraiment à l’aube d’une décadence ?

Nicole Grégoire-Polmans

Nouvelles communications De Croo débat sans journaliste

Avez-vous vu le discours/interview du Premier ministre à la population ? Ainsi, en 2021, même pour une pandémie, un pan de la population, à l’occasion de l’anniversaire du Covid-19, n’a pu s’offrir le luxe de débattre avec M. De Croo. Facebook oblige. Dans le futur, nos hommes politiques, pour être connectés avec le peuple,vont-ils privilégier Facebook ou un autre réseau social pour débattre sans journalistes pour les encadrer ? Espérons que non, car le droit à l’information est un droit essentiel et pour tous .

Marechal Roger MALMEDY

L’imposition de l’écriture inclusive

La codification de la langue consiste à mettre en clair son usage, lequel l’a toujours fabriquée. Un des progrès de notre époque est de ne plus laisser les idéologues imposer leurs règles aux autres.

Christiane De Myttenaere-Hormidas ROMANISTE

Guerre en Syrie, déplacés ailleurs L’essentiel

Voici 10 ans commençait la guerre en Syrie. Voici l’histoire d’une famille rencontrée au centre Fedasil de Rixensart. J’y montre le parcours douloureux de ces personnes désignées comme migrants ou sans papiers que la guerre a chassées de chez eux.

Cela fait trois ans que je vis la peur au ventre. Les vitres de notre appartement ont volé en éclats. Une bombe est tombée sur l’hôpital français. II y a des cris ; il y a des morts. Une odeur pestilentielle envahit la rue, obscurcie par la fumée. Autour de moi, il n’y a plus que désolation, amas de grabats, enfants affolés hurlant leur peur, voitures en feu. Les tentures comme des drapeaux en berne voilent le désastre des intimités désertées. Le son assourdissant des explosions se mêle aux bruits courts et secs des Kalachnikov tandis que les cris des chats en détresse donnent le la de ce tragique concert.

Il est temps de fuir. Non, Bachar ne prendra pas mes fils pour les obliger à tuer leurs frères. Partir, mais où ? Partir, mais comment ? Partir, oui, tout abandonner ? Et ce nouveau salon dont j’ai tant rêvé et mon job que j’aime tant. Partir, avec un sac, on ne met pas une vie dans un petit sac ! Devant mes yeux, 43 ans de vie défilent. Récupérer les papiers d’identité, carnet de mariage, actes de naissance des enfants dans le bahut prêt à tomber dans le vide.

Il faut filer au plus vite, frontière, Izmir, la mer, traverser, passeurs, argent, la Grèce. Ma gorge se serre, mes dents claquent, les larmes coulent. Abandonner notre nid, le livrer portes ouvertes aux saccages, livrer notre chez nous, nos souvenirs aux tout-venant. Oui, il le faut.

"Lâche tes amarres" Diaa, tu es forte, me dis -je, nous sommes tous les 5 en vie, mes fils accompagnent, ils ne donneront pas leur vie pour un tyran sanguinaire. Je suis Diaa, la femme de Mamoud, la mère de Fares, Hamid et Farah, ensemble nous avons bravé l’océan pour échapper à la guerre. Ici, je suis, une femme sans papiers, sans passé, ils ne m’ont pas crue, pour eux, je ne suis pas la mère de mes enfants ni la femme de mon mari. Ils me tolèrent sur leur terre mais ils ne me donnent aucun droit. Ma famille a un toit, mes trois enfants étudient. Ils reçoivent une aide financière, j’entretiens le ménage. Mes parents vivent à côté de chez moi, mes frères et sœurs et leurs enfants ne sont pas loin. Je n’ai plus la peur au ventre. Dans les yeux de ceux qui m’ont accueillie, je suis toujours une maman et une épouse. Administrativement, je suis une femme sans carte d’identité, sans lien, sans histoire, je ne suis plus syrienne, je ne suis pas belge, je n’ai pas le droit de prendre ma vie en main. Elle leur appartient… Pourquoi ? L’espoir fait vivre, l’attente fait mourir.

Colette Deleval

Crise sanitaire Deuils muselés

Au nom de tous ceux qui ont vécu un deuil pendant la pandémie. Voilà déjà une année que beaucoup de familles ont été contraintes de vivre un temps de deuil inhumain et distant, doublement douloureux. À la peine de perdre un être cher s’ajoute une peine plus discrète, plus invasive qui ne blesse pas seulement le cœur mais aussi tout le corps. Et les promesses de revivre une célébration "normale" un peu plus tard, quand les mesures sanitaires le permettront, s’envolent ! Permettre de se retrouver à l’église avec ses proches est pour beaucoup d’entre nous un moment très important dans le processus de deuil. Dans les grands espaces aérés comme nos églises, on est très loin des dangers de proximité ! Mais nos dirigeants n’ont aucun respect envers les cultes… Certains n’ont même pas pu vivre l’au revoir auprès de leur proche… inacceptable, inhumain, deuil muselé ! Se relever après un décès dans "l’ambiance Covid", dans une atmosphère peu positive, en manque de projets, peu entourés est aussi un chemin semé d’embûches. Mon mari, atteint d’une très éprouvante maladie neurodégénérative, décède mi-juin 2020. Il avait soigneusement anticipé son départ prématuré et inévitable. Nous avons ensemble pensé à l’après et préparé en partie sa messe de funérailles… Il est heureusement décédé à la maison, ce qui nous a permis d’avoir des visites. Mais le souvenir de ces visites de mes proches masqués, cachés derrière ce fichu masque, distants et apeurés me revient encore régulièrement en mémoire et me blesse profondément, au plus profond de mon corps. Il y avait bien entendu, derrière ces visages muselés, beaucoup de compassion et de chaleur humaine. Mais comment les percevoir et les vivre sans pouvoir se consoler dans les bras l’un de l’autre, avec une distance glaçante qui avait un sacré goût de froideur ! Ces visites et la cérémonie "muselées" sont encore enfouies en moi comme une terrible blessure. Encore aujourd’hui, chaque fois que je vois un de mes proches masqués, ma gorge se noue, les émotions me reviennent aussitôt ! Pas toujours évident de comprendre ces blessures profondes et enfouies qui génèrent lentement des dégâts intérieurs. Puissent ces quelques mots et ce partage de nos vécus aider certains à mieux avancer sur le chemin de la paix intérieure et de la sérénité. N’hésitez pas à partager auprès de personnes endeuillées. Si ces quelques mots peuvent panser les maux, l’horizon sera plus ensoleillé.

Sophie Breuls-Goethals

J’ai 30 ans et peur de ce progrès

En tant que citoyenne belge, j’ai peur. Je suis entre le lâcher-prise et la révolte. Tous les jours, je me lève et je me demande : mais où va-t-on ? Je ne suis pas inquiète quant au Covid mais quant à l’avenir. Je ne vois pas le bout, je ne vois pas une lumière d’espoir pour un monde juste et humain. Je ne vois qu’une seule voie, une seule direction menée par un groupe fermé de personnes. Les débats sont rejetés, les opinions divergentes décrédibilisées tant au niveau scientifique que légal que populaire… ]e suis outrée de voir à quel point cette gestion a pu fragiliser les liens sociaux en divisant ceux qui veulent vivre de ceux qui ont peur de mourir. J’ai 30 ans et je ne sais pas à quoi m’accrocher. Nous étions déjà dans une société qui avait un rythme effréné mais on avait encore le droit de se divertir et se détendre pour compenser. Et maintenant quel avenir, quel espoir ? Je me pose des questions quant à mon avenir professionnel, social et économique. On pouvait déjà apercevoir d’un regard lointain, cette société numérisée et où l’humain serait dépourvu d’utilité. Mais c’était encore lointain… Aujourd’hui ça devient réel, on y est. Qui aurait cru que les entreprises puissent s’adapter au télétravail pour presque tous leurs employés du jour au lendemain ? Le "progrès", ils appellent ça. Mais qui définit le progrès ? Pourquoi l’appelle-t-on progrès ? Qu’est-ce que ce progrès ? Déjà dans les années 70, on promettait que le progrès allait fournir un meilleur avenir. Les ordinateurs allaient permettre d’avoir un travail moins pénible et il y aurait plus de temps pour des loisirs. On y est dans cette société "meilleure" promise dans les années 70. Est-ce que l’on est plus heureux ? Il me semble que non. L’accélération de ce progrès nous a engloutis dans une société où les loisirs permettent de masquer le mal-être accumulé dans le quotidien. Le nombre de burn-out n’a cessé d’augmenter et on a fait du bien-être au travail une préoccupation majeure des entreprises. Ce progrès a non seulement détérioré la santé mentale mais également physique des employés. Ce progrès a également déphasé l’humain dans sa quête de sens personnel, on n’a jamais vu autant de personnes se remettre en question professionnellement et se réorienter vers des métiers qui ont du sens pour eux. Malheureusement, on se rend compte que dans ces promesses d’avenir meilleur, les loisirs ne comblent pas la détérioration de la santé mentale et physique des gens. L’Humain perd son sens, son essence. L’humain pensant que ceci est le progrès s’éloigne de son essence et s’affaiblit au quotidien moralement et physiquement. Aujourd’hui, alors qu’une pandémie nous a frappés, nous sommes là, fatigués et usés de la société dans laquelle nous avons donné nos ressources au progrès. Nous sommes dans la peur, divisés, perdus, sans repère, guidés par ce groupe fermé de personnes encore et toujours en quête de ce même progrès destructeur de l’Humanité.

À quand un débat sur la gestion de ce "progrès" ?

Lorena Billi