Opinions
L'incendie de la mythique cathédrale vous a touché. Vous nous avez fait part de vos sentiments, souvenirs, impressions...

Une question d’âme


Lumière intemporelle

Je me souviens. Longtemps, dans les années 1990, j’ai moi-même habité à Paris, au quatrième étage d’un élégant immeuble du numéro 59 de la rue Galande, étroite mais pittoresque rue piétonne située à quelques mètres, seulement, de cette vénérable église. Ma chambre donnait directement sur une de ses hautes et magnifiques tours de pierre blanche : celle-là même, la tour sud, qui abrite la gigantesque cloche dite du "bourdon". Ainsi, chaque soir avant de m’endormir, couché dans mon lit, regardais-je toujours longuement, les yeux éblouis, cette immense mais fine dentelle de pierres se détacher sur le fond du ciel presque toujours étoilé, où l’immuable lune blanche me servait alors d’infaillible guide, telle une intemporelle lumière, dans les arcanes de mon imaginaire, surtout poétique. Mais aujourd’hui, en ce jour funeste, en ce soir maudit, Notre-Dame de Paris est affreusement défigurée. Cette nuit, elle se dresse certes encore dans le ciel enflammé, à la fois rouge et sombre, de la somptueuse capitale française, mais, hélas, avec une atroce blessure, comme une profonde et large balafre, en plein visage. Jour de deuil, certes ! Mais qu’à cela ne tienne, par-delà ce tremblement de l’âme qui nous saisit et nous agite en ce moment de souffrance intérieure : il faut sauver et reconstruire, rebâtir de toute urgence, Notre-Dame de Paris, ce chef-d’œuvre de l’humanité tout entière, de la mémoire universelle. La Belle et Grande Dame, certes gravement blessée, elle n’est toutefois pas morte : une partie essentielle de son divin corps séculaire, quasi millénaire, gît à présent parmi les gravats, les cendres et la suie, mais son humble cœur, éternel, bat encore. On appelle cela, y compris pour l’agnostique, laïc et sceptique que je suis, un miracle !

Daniel Salvatore Schiffer


Tout le monde pleure

"Paris n’est plus Paris. Son âme est partie en fumée" titrait La Libre Belgique au lendemain de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. Je crois bien humblement qu’elle a tort. Nous sommes en larmes, car Notre-Dame est un symbole de paix, de joie, de bonheur, grâce à sa beauté, non seulement pour les chrétiens de Paris, de France, du monde, mais aussi pour tous ceux qui aiment la beauté, la grandeur, la noblesse… Même le diable est en pleurs !!! Nous sommes effondrés, et de tout cœur avec nos amis français et avec tous ceux qui aiment la paix et la beauté. Mais nous sommes déjà certains que cette merveille et ce symbole se redressera et continuera de rayonner dans le monde entier. L’être humain a cette merveilleuse capacité de se ressaisir et de reconstruire ce qu’il détruit trop souvent par accident, par négligence, ou par des attentats ou des guerres imbéciles. Un dernier mot, bien égoïste : j’espère de tout cœur pouvoir la revoir belle et fière… ! J’ai 75 ans !

Jos Remacle


D’autres endroits

Faut pas exagérer. L’âme d’une ville ce sont avant tout ses habitants. Sa fronde, Montmartre, les guinguettes, la commune… Tous les endroits chantés par les poètes, du pont Mirabeau, à la Seine, etc.

Jean-Paul Otjacques


Pas qu’un tas de briques 

Une somme

Ce monument est le pur fruit de l’homme, de son esprit, de sa foi, de son ingéniosité, de sa persévérance et de son courage. Il a surgi du sol comme une prière de pierre à laquelle des milliers de gens ont voué leur vie, a vu naître à son contact une somme colossale de réflexions, de recherches personnelles, d’engagements d’amour et de vie, de simples émerveillements qui sont la matière première que nous partageons entre nous humains doués de raison et de sensibilité. Bien plus qu’un patrimoine, une cathédrale matérialise quelque chose qui nous dépasse et nous réunit, elle est un merveilleux dénominateur commun de notre humanité, et ce qui l’atteint, au-delà d’elle, Notre-Dame atteint une corde sensible partagée avec des millions de nos congénères. Notre chagrin ne nous empêchera pas de nous sentir déchirés et solidaires dans les drames qui affectent directement les personnes, bien au contraire je crois.

Pierre van der Rest