Cette semaine encore, vous avez été très nombreux à nous proposer vos réflexions. En voici quelques-unes. N'hésitez pas à proposer les vôtres à l'adresse llb.debats@lalibre.be

Enseignement - Jury

Lettre à Madame Désir

Chère Madame Désir,
Nous vivons aujourd’hui, notre fils Thomas et nous-même, une double peine. Son parcours scolaire a été jalonné d’incompréhensions, de tâtonnements, de punitions, de pleurs et d’errances. Il fait partie de cette catégorie d’enfants qui ne rentrent pas dans le moule scolaire, pour autant de motifs qu’il peut en exister. Dans son cas, un diagnostic de haut potentiel et un trouble de l’inhibition. Très capable. Mais démotivé. Après des années désastreuses qui l’ont vu redoubler sa troisième secondaire, et tenter de la repasser, nous l’avons inscrit dans une école préparatoire au petit jury, qu’il a réussi. Il prépare actuellement son grand jury. Ou du moins, en a terminé les cours, et présenté deux examens avant d’être interrompu - à l’instar de bien d’autres candidats - en pleine session suite à la crise du Covid-19. Et depuis, nous vivons tous cette double peine d’être dans l’incertitude de son avenir proche et futur : quand auront lieu ces examens attendus et quand pourra-t-il s’inscrire dans le supérieur, et surtout, comment maintenir intacte la motivation, déjà si difficile à extraire, quand le message que vous semblez vouloir faire passer est que lui et tous les candidats sont non prioritaires dans vos décisions ? Vous dites vouloir lutter contre la discrimination scolaire et élargir les possibles à chaque enfant, mais en agissant comme vous le faites, vous excluez tous ces enfants. Je sais que les écoles du jury portent sur elles l’étiquette - pas toujours injustifiée, je vous l’accorde - de boîtes de fils à papa. Mais si vous daigniez vous pencher sur celles-ci, vous pourriez y voir des élèves désireux d’avancer, d’en découdre avec un système qu’ils ne comprennent pas (et vice-versa) et un corps enseignant, pas vraiment différent du vôtre, mais qui, sorti de certains sentiers battus, et valorisé dans sa fonction, a cœur à faire réussir. Coûte que coûte. C’est pour cette raison que de plus en plus de parents ont fait le choix du jury pour leur enfant, et ils sont de tous les horizons. Tous, nous attendons que vous décidiez de leur laisser la même chance qu’aux autres, peu importe le mode d’enseignement qu’ils ont choisi. Une maman d’élève

Les résidences secondaires

Une relation amour/haine

Le rejet en début de confinement par les communes côtières et rurales de l’arrivée des seconds résidents d’origine citadine, montre bien la relation amour/haine des ruraux et des côtiers pour ces seconds résidents. Finalement, on ne les aime que parce qu’ils font vivre l’Horeca, quelques professions du bâtiment, quelques grandes surfaces locales, et quelques infrastructures touristiques. Mais aussi parce qu’ils maintiennent à un niveau acceptable l’immobilier local lorsqu’il est à vendre. Mais pour le reste, certains peuvent avoir l’impression que moins les locaux voient les "seconds résidents", mieux ils se portent. Les autorités locales ne sont pas en reste, quand régulièrement elles augmentent la taxe sur les secondes résidences. De la même manière qu’il n’est pas normal que les navetteurs venant travailler à Bruxelles ne payent leurs impôts que dans leur région, et non là où ils utilisent pourtant les infrastructures et services publics, il n’est pas normal que le second résident n’ait pas le droit de vote, aux élections communales par exemple, dans la commune de cette seconde résidence. Je prône donc que l’on réforme la loi électorale. Chaque personne payant une taxe de seconde résidence aurait le droit de vote, mais également le droit de se porter candidat, aussi bien dans cette commune de seconde résidence que dans la commune où il est domicilié, voire même dans les deux. Il nous semble évident que bien peu de citoyens feraient le déplacement de leur domicile vers la seconde résidence ou inversement pour voter dans les deux communes, mais le fait de posséder ce droit changerait le rapport entre l’autorité locale et le second résident. D’autre part, suite à la réaction glaciale au début du confinement, les communes-hôtes seraient bien inspirées, comme dédommagement pour leur réflexe de repli sur soi, de rembourser à leurs résidents secondaires empêchés, 10 % de la taxe sur les résidences secondaires, sous la forme d’un chèque culture ou d’un chèque "Take Away" à faire valoir dans un établissement Horeca de l’entité. Paul Bienbon

Poème

L’épreuve

Le monde peu à peu a su calmer sa peur, émergeant de la nuit où il s’était perdu, terrifié comme la proie qui entend le chasseur, approcher de l’endroit où elle sera vaincue.

Incertaine sur son sort mais sûrement décidée, à choisir comment vivre, toute l’humanité se redresse lentement, ahurie, hébétée.

Il nous faut maintenant regarder quelle vie, nous voulons rebâtir pour ces générations qui nous suivent et ont très bien compris que tout ne réside pas dans la consommation, que les priorités ne sont plus ni argent ni profit, mais savoir écouter de toute sa raison de l’histoire vécue avec soin la leçon.

Que le bonheur peut être simple aussi sans vouloir chercher à sans cesse amasser, richesses de pacotille et besoins inventés, tout ce qui n’est pour vivre qu’inutilité.

Alors si enfin, atteignant la sagesse, l’homme se souvenait que lorsqu’Il l’a créé Dieu voulut en faire un être sans faiblesse, il aura retrouvé le but d’une existence qui n’aurait jamais dû se perdre futilement dans le plaisir et non dans l’exigence, et qui n’est aujourd’hui que celle d’un survivant. Bertrand Mareschal

Le critère de l’âge

Un petit mot de vieux pas vieux…

Un matin confiné, j’ai découvert, surpris, que oui, je m’ignorais. Je ne savais pas du tout ce que j’étais. Vieux. Délicate attention. Ce matin-là, ému, j’apprenais malgré moi, les infos m’apprenaient que j’étais devenu vieux. J’avais déjà compris que, les années faisant : je voyageais gratis, on me cédait sa place car les gens me voyaient vieux. Mon émoi fut plus grand quand ce jour j’entendis que l’âge servirait à choisir les guéris sur les lits d’hôpitaux. Jeunes. Ainsi donc les années devenaient l’occasion de choix et de raison, s’inventait le slogan : résister jeunes, mourir vieux. Je peux bien concéder que la force est aux jeunes, que l’avenir aussi mais je m’ignorais vieux, car je m’imaginais jeune. Je me sentais pourtant encore jeune et fécond, pour me changer soudain en passé, dépassé, évité, confiné, vieux. Mais je vous le confie, comme un secret précieux, ma recette éprouvée c’est une fois par jour saluer ma jeunesse. André Elleboudt

Télétravail

Vers une écologie du travail ?

Une carte blanche récente a mis en garde contre les effets pervers du télétravail : réunionite, atténuation de la frontière "travail-vie privée", accroissement des inégalités ; tandis qu’une autre, rédigée par des experts en science du travail, propose de baliser le télétravail et de repenser de façon plus globale le management en entreprise. Il est assez curieux que d’autres alternatives ne soient pas davantage envisagées. Par exemple, pourquoi ne pas prôner "du travail plus près" plutôt que "plus de télétravail" ? Cela permettrait de remédier aux mêmes inconvénients que le télétravail (limitation des déplacements, meilleur équilibre vie privée/professionnelle…) tout en évitant les effets pervers rappelés ci-dessus. De façon générale, pourquoi ne pas repenser complètement l’organisation spatiale du travail dans le tertiaire : plutôt que d’être dans un paradigme en silo "un bâtiment = une entreprise", pourquoi ne pas recréer des espaces de travail beaucoup plus flexibles basés sur les compétences et les synergies (avec potentiellement des entreprises différentes, des indépendants, partageant les mêmes locaux/ressources) ? À cet égard, on peut s’interroger sur la pertinence du télétravail en termes d’attitude de consommation : certes, la pollution est réduite par la diminution des déplacements, mais cet effet est compensé par l’explosion de la consommation en ressources numériques (webcam, imprimante…). Est-il économiquement et écologiquement efficace de procéder à de tels investissements ? Pierre De Handschutter