Opinions

Une opinion de l'Abbé Eric de Beukelaer.

Ce dimanche, les responsables de tous les cultes reconnus en Belgique et de la laïcité philosophique, ont marché ensemble pour la paix. J’ai personnellement remercié Henri Bartholomeeussen, président du Centre d’Action Laïque (CAL), pour sa présence et ses paroles ce jour-là. L’amitié que j’ai pour de nombreux laïques philosophique ne m’empêche cependant pas de rester lucide, face à l’actuel forcing, déployé pour remplacer les cours de religions et de morale laïque par un cours de citoyenneté.

La tactique utilisée, est identique à celle qui fut jadis appliquée pour faire avancer les grands dossiers éthiques : Surfer sur l’actualité (drame « Charlie Hebdo » – relire ma chronique « Au diable les cours de religion ? »), recours citoyens devant la justice, relais politiques à droite comme à gauche et campagne médiatique bien orchestrée. Il y a quelques mois, j’avais prévenu divers responsables religieux que les prochaines « avancées » du monde laïque se feraient dans le domaine de l’enseignement. Je ne m’étais pas trompé.

Nous assistons au déploiement d’un réel rouleau compresseur, destiné à bouter les cours confessionnels hors du champ scolaire – pour les remplacer par un cours neutre. Paraphrasant un article du directeur de la Cellule « Étude et Stratégie » du Centre d’Action Laïque à l’époque du débat sur l’euthanasie des mineurs (« De si étranges convergences religieuses »), j’évoque ici « de si apparentes convergences laïques ».

Arrêt « providentiel »

Que des parents lambda ne souhaitent pas voir leur enfant s’inscrire à un cours de morale laïque, « trop engagé pour être neutre » et saisissent le Conseil d’état – qui pourrait le leur reprocher ? Que le Conseil d’état pose une question préjudicielle à la Cour Constitutionnelle – quoi de plus normal ? Que cette Cour suprême dise le droit – que demander d’autre ? Mais que la maman de l’enfant à l’origine du fameux arrêt de la Cour Constitutionnelle, soit par ailleurs la responsable de la Régionale de Bruxelles de la FAPEO, association représentative des parents de l’enseignement officiel et une des associations fondatrice du même Centre d’Action Laïque, dont… sa démarche en justice vise à récuser les cours de morale laïque – voilà qui devient singulièrement schizophrénique. Ou au contraire – bien orchestré. Planification que confirme d’ailleurs son conjoint – à l’annonce du verdict de la Cour – en rappelant que le but final de son initiative « est que tous les enfants puissent bénéficier d’un réel cours de philosophie, de droit et de citoyenneté. » Et avertissant qu’il est attentif à l’éventuel détournement de la décision de la Cour constitutionnelle.: « Il ne faudrait pas que le seul cours de morale laïque soit remplacé par un cours de philosophie, mais que cela concerne tous les élèves. » Qu’aucun média ne relève que les requérants ne sont pas des citoyens lambda, mais bien des militants engagés d’une cause, voilà qui me trouble. Dès que l’arrêt tombe, les partis politiques embrayent en chœur – sauf un – taxé par des journalistes de « conservatisme » et le CAL applaudit, en déclarant que désormais les cours de religion sont facultatifs. (Faux : L’arrêt de la Cour Constitutionnelle ne parle que d’une possibilité pour les parents de demander la dispense de ces cours). Pour tout commentaire, on invite sur les plateaux médiatiques – outre les politiques – la maman requérante, ainsi que le directeur de la cellule « Etude et Stratégie » du CAL. Grands oubliés des rédactions : les parents vraiment « lambda » et les professeurs de religion, ou de morale laïque. Débat ouvert ? Non – dossier bouclé.

Hors du libre-examen… point de salut ?


Le CAL m’objectera qu’il ne souhaite nullement supprimer les cours de religions de l’enseignement officiel, mais à les rendre facultatifs (ces cours sont prescrits par la Constitution). A l’heure où les enveloppes budgétaires de l’enseignement sont fermées, un tel argument n’a pas de prise sur le réel. Avec la mise en œuvre d’un cour commun « neutre » sur le fait religieux, les cours philosophiquement dédicacés seront marginalisés, avant de disparaître via une adaptation de la Constitution à la réalité scolaire. Dont acte – mais il y a la suite, qui ne s’énonce qu’à demi-mots : Selon l’avis du CEDEP (Centre d’étude et de défense de l’école publique), qui représente la laïcité philosophique dans l’enseignement, ce nouveau cours de citoyenneté « neutre » ne pourra pas être donné par les actuels professeurs de religion. En effet, il ne seraient pas formés dans ce but. « Leur rôle est d’enseigner une option philosophique particulière et on ne peut en même temps attendre d’eux qu’ils enseignent les différentes manières de penser, de façon équilibrée, neutre et impartiale ». Curieusement, le CEDEP n’inclut pas dans son jugement les profs de morale laïque, qui – moyennant un petit complément de formation – seraient donc parfaitement idoine pour le job. Comme je l’écrivais déjà ce 19 juillet dernier : L’argument laisse pantois, car il sous-entend qu’un professeur de religion ne serait pas un enseignant à part entière, mais une espèce de prosélyte masqué. Un catholique convaincu ne pourrait-il donc pas enseigner ce cours à la citoyenneté? Si oui – qu’est-ce qui l’empêcherait d’également donner cours de religion? Si non – cela signifie-t-il que seul un laïque philosophique serait apte à donner le cours de citoyenneté? Il y a quelque temps, un ami franc-maçon m’offrit un stylo en forme de « pavé symbolique », un damier blanc-noir qui représente en maçonnerie la dualité, l’harmonie et l’équilibre. Force est de constater que le projet éducatif, tel que déployé actuellement par le CAL, n’a guère intégré cet idéal. Hors de l’approche libre-exaministe… point de salut ?