Une opinion de Yvan Verougstraete, CEO de Medi-Market.

Depuis quelques semaines maintenant, l’épidémie de COVID-19 a gagné notre pays. Les réactions d’urgence pour arrêter sa progression ne se sont pas fait attendre. Notre pays s’est mis en mode "défense" très rapidement, avec beaucoup de discipline.

Pour gagner le match cependant, il faut une bonne défense mais aussi une bonne attaque. L’histoire nous a toujours montré que les efforts de guerre supposaient la réquisition, la mobilisation efficaces des outils de production, d’approvisionnement. Nous ne pouvons nous contenter de mesures de repli et rester "aveugles" (même sans dépistage) et sans armes (médicaments, vaccins) pour combattre l’ennemi.

Face à une situation nouvelle, les autorités, comme les citoyens, ont d’abord été paralysés. Puis, dans un monde souvent pollué par les fake-news, ont suivi surprise, incrédulité, prise de conscience… Maintenant, différentes mesures "défensives" ont été prises. A voir si elles seront suffisamment respectées et comment l’état va pouvoir les encadrer d’un point de vue économique pour éviter un choc sur le choc… Mais c’est un autre débat.

Deux objectifs clairs

Le but de ces mesures défensives est de ralentir la courbe avec deux objectifs factuels clairs :

1) Limiter l’engorgement des services de santé pour diminuer le taux de mortalité des personnes infectées ;

2) Limiter le taux de contagion en limitant les contacts pour gagner du temps et permettre à l’Etat de mettre en place des mesures plus efficaces de lutte contre l’expansion de l’épidémie voir de traitement.

C’est principalement ce deuxième point que nous voudrions aborder. En effet, si le premier est essentiel, il est largement traité dans les médias et commence à être compris mais cela ne suffira pas. Uniquement traiter le problème avec des mesures de confinement ne permettra pas de résoudre le problème, la crise serait trop longue, le risque de rebond trop fort et impossible à supporter pour la population… et gagner du temps n’a de sens que si nous en faisons quelque chose, rapidement !

Pour gagner la guerre, il va falloir passer à l’action de manière beaucoup plus forte. Comme en temps de guerre, les autorités doivent mobiliser l’outil économique et industriel au service des armées et les protocoles de certification et d’étude avant la mise sur le marché doivent être simplifiés !

Les mesures à prendre immédiatement

Nous sommes convaincus que certaines mesures avec des effets court et long terme doivent être prises dès maintenant (au niveau belge déjà si une coordination européenne ne peut être mise en place immédiatement). Nous pensons entre-autre :

1. Cibler puis augmenter l’accès au matériel de protection 

a. A très court-terme, réquisition du matériel de protection pour le personnel médical et organisation de la distribution aux personnes prioritaires ;

b. Augmenter la disponibilité globale avec un soutien financier et si besoin une réquisition des outils pour la production de matériel médical (gels, gants, masques, respirateurs, etc) et donner les pouvoir nécessaire pour améliorer l’accès aux matières premières.

c. S’assurer progressivement de la disposition de matériel de protection pour les personnes les plus exposées (personnel des magasins alimentaires ou médicaux), jusqu’à l’ensemble de la population

Très concrètement, l’Etat doit simplifier les procédures d’autorisation / d’enregistrement. La population belge ne peut par exemple pas accepter que certains gels hydroalcooliques enregistrés en France et disponibles ne puissent être utilisés en Belgique parce qu’ils ne disposent pas d’enregistrement national comme « biocide ». S’il le faut, nous allons défendre la désobéissance civile à cet égard.

2. Augmentation de la capacité de dépistage

Tous les laboratoires, privés comme publics, doivent participer à l’effort de dépistage (l’état doit réquisitionner, imposer un prix juste et rembourser). Le dépistage est l’outil indispensable pour une gestion saine, sur la durée du taux de contagion. C’est comme cela que la Corée a pu gérer au mieux la crise.

Très concrètement, les autorités doivent réquisitionner, imposer un prix juste, rembourser et organiser un dépistage encadré de la population en imposant les mesures consécutives.

3. Si certains produits semblent avoir des effets positifs (certains parlent actuellement de hydroxychloroquine), le principe de précaution doit pouvoir être renversé et les études doivent être favorisées / accélérées. Le profile de risque de ces médicaments est connus, il n’est pas nécessaire de faire des études de grandes ampleurs avant d’anticiper la production large de ces produits et de lancer les traitements. Les études d’efficacité se feront en partie sur le terrain.

Très concrètement, en temps de guerre, les protocoles médicaux ont toujours dû être adaptés ! Les autorités ne doivent pas tergiverser pour des molécules dont on connait largement le profil de risque et doivent au contraire mobiliser les forces de production.

4. L’objectif ultime doit être d’accélérer les recherches d’un médicament ou d’un vaccin, toutes les mesures concrètes suivantes doivent être prises pour cela :

a. Suppression de tous les brevets protégeant des produits nécessaires à la lutte contre la pandémie ;

b. Organisation de tests cliniques rapides ;

c. Obligation et organisation de la communication des résultats des recherches des différents laboratoires (mise en place d’un système de rémunération « à l’effort » et non au résultat)

d. Allègement et accélération des procédures de mise sur le marché pour de nouvelles procédure

e. …

5. Création de stocks de produits stratégiques

Réquisition et production à très court-terme de stocks stratégiques dans les produits montrant un impact potentiellement positif (la Belgique ne peut, une fois de plus être la dernière à ce sujet). Il faut supporter le risque de faire un stock de trop ou une production de trop pour être certain de ne pas rater l’objectif.

6. La découverte d’un médicament ou d’un vaccin n’aura de sens que si nous préparons, dès aujourd’hui, les outils de production nécessaires pour assurer les mises à disposition, rapides et pour le plus grand nombre de ces derniers. Ici aussi, la préparation est la condition essentielle à la vitesse et la vitesse est la condition nécessaire pour gagner la guerre.

En résumé, nous demandons à l’état de prendre les mesures actives, proactive pour « attaquer » le problème, convaincus que les mesures « défensives », nécessaires, ne suffiront pas. Il nous semble indispensable de mettre en place un groupe coordonnant ces actions ayant pour seul objectif d’augmenter la capacité de production de notre pays et la disponibilité des produits de prévention, de dépistage et soin, à court et à moyen terme. Ce groupe pourrait par ailleurs soutenir la mise en place d’une politique coordonnée au niveau des « armées » européennes.

Car en fin de compte, seule une vision et politique intégrée, avec un alignement des politiques et une mobilisation coordonnée, permettra de venir à bout de cette pandémie.

En temps de guerre, il faut mobiliser les ressources intellectuelles, de production et économiques !