Une opinion d'Alexandre Noppe, étudiant à l'UCLouvain en sciences économiques.

Malgré la reconnaissance de son rôle vital au débat public, la presse quotidienne vit une période très difficile.

En ces temps mouvementés, où les fakes news pullulent sur les réseaux sociaux, le premier réflexe de la plupart des Belges reste de se tourner vers des sources d’information fiables et connues du grand public.

Quatre millions de téléspectateurs. Ce ne sont pas les derniers chiffres d’audience d’un match des Diables rouges, mais bien ceux des quatre principaux journaux télévisés de notre pays au soir du 17 mars. À l’occasion de l’annonce de nouvelles mesures du gouvernement pour lutter contre la propagation du coronavirus, on observe que le premier réflexe des Belges reste d’allumer son poste de télévision pour le journal télévisé. Il en va d’ailleurs de même pour les sites internet des quotidiens d’information, dont les visites explosent.

Il est de bon ton dans la société actuelle de dénigrer les médias dits traditionnels, et de les rendre responsables de tous les maux. Pourtant, ces mêmes médias démontrent depuis le début de la crise du coronavirus leur absolue nécessité au quotidien. Connaissiez-vous Marc Van Ranst, Emmanuel André ou Marius Gilbert avant cette crise ? Ces épidémiologistes et virologues de renom ont pu faire passer leur message à travers les canaux d’information classiques, et sensibiliser la population belge à ce nouveau virus inconnu, en alternant habilement mise en garde et apaisement. Ces personnalités n’auraient pas pu garantir leur crédibilité aux yeux des Belges sans un coup de pouce des médias traditionnels. Dans la jungle des réseaux sociaux, ils ne seraient restés qu’une voix parmi d’autres entre "les demi-experts et les faux-sachants", dont parlait Emmanuel Macron dans son allocution présidentielle.

Les journaux, qu’ils soient télévisés, parlés ou écrits, ont joué un rôle primordial depuis le début de cette épidémie. Accusés d’en faire trop au début, on se doit de reconnaître à présent, et face à l’évolution de la situation, qu’ils ne faisaient qu’assumer leur rôle de transmetteurs de l’information. Et aujourd’hui, ils poursuivent cette mission, en nous alertant sur la situation en Italie, en nous informant des gestes à adopter, des nouvelles habitudes à prendre, mais aussi en partageant des idées pour nous aider à traverser cette période de confinement. Le gouvernement lui-même a d’ailleurs reconnu que le travail de la presse était essentiel à la population, en maintenant les librairies ouvertes.

Malgré la reconnaissance de ce rôle vital au débat public, la presse quotidienne vit pourtant une période très difficile. Les revenus publicitaires, importante source de financement pour les médias privés, s’effondrent en cette période de confinement. C’est tout un modèle économique qui est ici remis en question. Bien que le grand public se masse plus que jamais sur les sites internet des quotidiens, et que la vente des journaux soit bonne en cette période (en témoignent les étalages de ma librairie de quartier), les revenus baissent. On lit régulièrement sur les réseaux sociaux des témoignages de personnes qui s’offusquent de l’accès payant qui empêche la lecture de certains articles sur Internet. La plupart des médias font pourtant déjà un effort, en rendant accessibles les articles dits "d’utilité publique". Viendrait-il à l’idée de certains que leur boulanger rende une partie de sa marchandise gratuite en ces temps de crise, puisqu’elle est de première nécessité ? L’information a un coût, et l’on se rend compte avec la chute des revenus publicitaires que la seule manière de soutenir durablement la presse est de s’y abonner. Il est aujourd’hui possible, pour le prix de trois ou quatre pains par mois, d’avoir accès à l’ensemble des contenus d’un média d’information fiable et reconnu.

Alors quand, à juste titre, nous applaudirons nos soignants qui luttent au front contre la maladie, pensons peut-être aussi à soutenir ceux qui nous permettent, au quotidien, d’en apprendre plus sur ce qui se passe dans notre pays et à l’étranger dans cette période agitée.

© D.R.