Une opinion d'Isabelle Berrewaerts, maman inquiète.


" …J’ai l’honneur de vous annoncer qu’après classement par la Commission interréseaux des inscriptions (CIRI), …a obtenu une place dans l’établissement suivant, qui correspond à sa 6ème préférence…

Youhouuuu ! Me voici parmi les plus de 95 % de parents heureux car leur enfant possède une place dans une des écoles de son choix.

Voilà ce que l’on va nous dire… Et pourtant, je suis loin de faire la fête…

Oui, j’ai une place, parce que je suis une maman prévoyante qui a compris le système et qui assure ses arrières ;

Oui j’ai une place mais à Watermael-Boitsfort alors que j’habite à Asse.

Oui, j’ai une place mais ma fille devra se lever très tôt et rentrer fort tard en comptant 3 heures de trajets par jour ( en espérant que les trains respectent leurs horaires car elle n’a que cinq minutes pour prendre sa correspondance et l’école commence déjà à 8h10)

J’entends déjà :

  • Mais c’est votre choix d’être allée habiter en Brabant Flamand, il faut assumer !

A quoi je répondrai que nous vivons encore en Belgique que je sache. Je suis bilingue et j’ai espéré que ma fille le devienne très tôt. Or, sa dyslexie lui a mis pas mal de bâtons dans les roues, lui a demandé énormément d’efforts dans sa langue maternelle et je ne voulais pas la dégoûter du néerlandais en lui mettant des obstacles infranchissables pour elle dans une école néerlandophone. Etant enseignante, mon choix était qu’elle connaisse vraiment sa langue maternelle, le français et que son parcours – en tous cas scolaire- se fasse en français.

J’avais tout prévu pensais-je…

"Petit" bond en arrière…

En 1995, j’achète une maison avec mon compagnon…à Asse. Nous avons cherché à Bruxelles mais notre budget ne nous permettait alors que l’achat d’un appartement. Nous nous sommes alors tournés vers le Brabant Flamand où les maisons étaient moins chères mais où l’on était cependant proche de Bruxelles. Nous n’avions pas d’enfants mais déjà des projets de famille plein la tête.

Notre choix s’est arrêté sur Asse de par sa proximité du ring, des tunnels… et du train pour nos futurs enfants. Et oui, j’avais déjà pensé à tout : ils iraient à la crèche puis à l’école maternelle et primaire proche de mon lieu de travail et proche du domicile de mon papa. L’école se ferait en français et les activités parascolaires en néerlandais. En ce qui concerne l’école secondaire, la gare était à trois minutes à pied et le trajet en train pour le Sacré Cœur de Jette durait 9 minutes !

C’est donc heureux et confiants dans l’avenir que nous avons acheté là-bas…

C’était sans compter sur l’arrivée du Décret Inscription !

J’ai fait de mon mieux pour rendre une liste d’écoles satisfaisante en sachant que l’indice composite faisait fi :

  • Du choix de la pédagogie de l’école en fonction de son enfant ;

  • Du choix de l’école primaire en fonction de la pédagogie et non de la proximité du domicile ;

  • Du choix de l’école primaire en fonction du lieu de travail des parents ou du domicile des grands-parents ;

  • Du choix de l’école secondaire en fonction de la facilité d’accès par les transports en commun pour l’enfant,…

Stratégie

J’ai essayé de "jouer" stratégiquement, en mettant un point d’honneur à ne pas tricher.

1ère position : une école agréable, où ma fille pourrait être bien mais ce n’était pas son coup de cœur. Pourquoi ce choix ? J’ai cru que j’aurais vraiment la possibilité de l’inscrire car c’était l’école pour laquelle je pouvais avoir le meilleur indice composite (3,2865…).

Résultat : 61ème sur liste d’attente

2ème position : une école "coup de cœur" pour ma fille lors des portes ouvertes.

Résultat : 255ème sur liste d’attente

3ème position : mon école préférée, facile d’accès et en face de l’endroit où elle fait de la gymnastique 2x par semaine.

Résultat : 391ème sur liste d’attente

4ème et 5ème positions : respectivement 325ème et 488ème sur liste d’attente

Ces 5 écoles étant celles qui me donnaient le meilleur indice car ce sont les 5 écoles libres les plus proches de mon domicile !

Bref, n’étant pas naïve, je savais en allant visiter les écoles et en voyant mon enfant s’enthousiasmer pour l’une ou l’autre qu’elle n’aurait pas beaucoup de chance d’y entrer et je l’ai prévenue de ne pas trop s’y projeter.

Nous avons alors poursuivi nos recherches et opté, non pas pour une école relativement proche mais qui ne lui conviendrait pas, mais pour une école à caractère familial, ouverte à l’écologie, au sport et aux sciences… Notre 6ème choix.

Alors oui, ma fille a une école qui me semble être bien mais je ne me réjouis pas car elle va perdre en qualité de vie, de sommeil,... Elle perdra du temps sur le chemin de l’école au détriment de ses activités parascolaires qui l’épanouissent et qui sont importantes aussi.

Ma fille n’est pas qu’une élève, elle est avant tout une enfant en voie de devenir adulte et qui doit apprendre à grandir et pas seulement intellectuellement.

Me voici donc parmi les plus de 95 % de parents heureux car leur enfant possède une place dans une des écoles de son choix… Comment faire dire aux chiffres ce que l’on a envie de faire croire aux gens…