Certains veulent attirer les banques islamiques dans notre pays pour aider à financer la relance économique. Ils souhaitent que Bruxelles soit la plaque tournante en Europe de la finance islamique.

D’un côté, ils combattent la présence du religieux dans l’espace public et militent contre un islam qui impose ses codes à la société civile, ses produits halal et sa charia incompatible avec les valeurs démocratiques et les droits de l’homme et de la femme.

D’un autre côté, ils favorisent la possibilité pour chaque musulman d’avoir accès à des produits financiers halal, et pour les banques islamiques, de pouvoir un jour financer les mosquées, les écoles, les centres culturels, voire les campagnes électorales de la communauté musulmane. Sans parler de construire et contrôler de grandes infrastructures commerciales qui offriront tous les produits que des autorités religieuses islamiques jugeront halal et que tout musulman se devra de consommer.

Notre pays défend une démocratie laïque, convaincu qu’en enfermant le religieux dans la sphère privée, il résout les problèmes qu’apportent les religions. Dès lors, nous fermons les yeux sur le financement des mosquées, la rémunération des imams, la formation des professeurs de religion islamique ou les desseins des élus de la communauté musulmane, en refusant de nous poser trois questions essentielles : qui choisit, qui finance et dans quel but ?

Qu’arrivera-t-il lorsque les intérêts religieux et économiques du monde musulman se conjugueront pour utiliser le halal comme un moyen efficace de contrôler la communauté musulmane. Et de s’assurer l’accès et la protection d’un immense marché de produits de consommation. La tentation sera grande de décréter que seuls les produits issus d’une entreprise financée par des produits bancaires halal peuvent être consommés. Quel islam guide et guidera les dirigeants religieux et économiques de la communauté musulmane ?

Force est de constater que les pays les plus riches de la finance islamique ne sont pas ceux qui défendent un islam des plus tolérants. On peut craindre qu’installés dans la capitale de l’Europe, ils contrôlent la communauté de Bruxelles pour en faire la vitrine de ce que doit être un islam européen... un islam fidèle aux préceptes les plus fondamentalistes.

Pour les spécialistes de l’islam, il est évident que chaque musulman est traversé par la certitude d’un Dieu qui guide chaque instant de sa vie, tant privée que sociale. En islam, il est impossible de dissocier sphère privée et sphère publique, et de reporter à une hiérarchie religieuse la responsabilité de faire appliquer les préceptes religieux. C’est à chaque citoyen musulman que revient le devoir de permettre à sa communauté de vivre selon le Coran et la charia. Il a le devoir de rendre compte à la "oumma" (la communauté de tous les musulmans du monde) de son action par rapport au fait d’imposer et de s’imposer les prescrits du Coran et de la charia.

Dans ce contexte particulier, la sagesse préconiserait - dans un souci de réelle autonomie de la communauté musulmane de Belgique et d’Europe - que l’Etat et l’Europe puissent financer les institutions islamiques de nos pays pour donner à la communauté musulmane européenne les moyens de construire et de défendre un islam européen compatible et en dialogue avec les valeurs du lieu où elle vit.

Un islam autogéré et indépendant de tout financement et de toute pression extérieure à l’Europe pourrait éviter aux citoyens musulmans de nos contrées d’être un jour téléguidés par un fondamentalisme religieux qui - sous pression financière - leur demande de construire des murs entre eux et nous. Car là où il y a des murs, il y a généralement des canons pour les défendre.