Une carte blanche de Pedro Rupio, représentant des Portugais de Belgique auprès du Conseil des communautés portugaises, organe consultatif du gouvernement portugais en matière d'émigration. S'exprime à titre personnel.

Près d’un demi-million de Belges habitent à l’étranger. Ils ont la possibilité de participer à la vie politique de leur pays d’origine depuis la loi du 7 mars 2002, notamment en votant pour les élections législatives fédérales… Toutefois, ils ne peuvent toujours pas, dans le cadre institutionnel actuel, élire directement leurs "propres" députés.

Pourtant, ces Belges ont des besoins et des préoccupations bien spécifiques : tantôt de nature fiscale, tantôt liés aux pensions ou à l’obtention de documents administratifs, etc. Et la prise en compte de ces problématiques pourrait être sensiblement renforcée si ceux-ci disposaient d’une représentation propre au Parlement fédéral.

C’était une des premières revendications de l’Union francophone des Belges à l’étranger (UFBE) et c’est ce qui a amené le sénateur Philippe Mahoux (PS) à déposer une proposition de révision de la Constitution en janvier 2004 en vue de créer "une circonscription électorale permettant la représentation des Belges résidant à l’étranger", dans laquelle il était prévu l’élection de deux parlementaires par les expatriés belges : un député pour le groupe linguistique francophone et un autre pour le groupe linguistique néerlandophone.

N’ayant pas été examinée au cours de la législature en question, l’initiative parlementaire est tombée en caducité, et toutes les initiatives postérieures du même genre connurent exactement le même sort lors des trois législatures suivantes…

Aussi par manque de temps (et de consensus ?), une autre initiative parlementaire semblable n’a pas pu voir le jour : la création du "Conseil consultatif des Belges résidant à l’étranger", une sorte de chambre de réflexion ayant pour but de discuter et de relayer les principales préoccupations des Belges établis en dehors du territoire national.

Certes, il ne s’agit pas ici d’une question d’urgence nationale. Néanmoins, les années passent, nous constatons que de plus en plus d’expatriés belges votent lors des élections législatives (ils étaient près de 180 000 en 2019) mais le Parlement fédéral ne reflète toujours pas la réalité démographique du peuple belge (1).

Après 17 années d’essais, ne serait-il pas opportun de faire le pas qui s’impose pour aspirer à une représentation démocratique plus juste de notre société ? La réponse est entre les mains de nos législateurs qui pourraient décider d’accueillir, en leurs rangs, de nouveaux représentants pour qu’enfin tous les Belges puissent se faire légitimement entendre au Parlement.

(1) À titre comparatif, quatre députés ont été élus dans la province du Luxembourg lors des élections fédérales de 2019, une circonscription électorale dans laquelle ont voté 188 681 électeurs.