Opinions

L’idéologie qui veut l’accès pour tous à l’université, le refus de toute sélection à l’entrée et la généralisation des travaux de groupe nous mènent droit dans le mur. Une opinion de Robin Corbel, Diplômé universitaire en juin dernier, après cinq années d’études.


Il suffit parfois d'une couronne pour se retrouver à l'aube d'une nouvelle vie, à l’aube d’un nouveau job. A ce titre, l'obtention d'un diplôme universitaire peut s'apparenter à un couronnement. Rétrospectivement, que retenir de cinq années d'études? Comme beaucoup, je ne voudrais pas avoir à les refaire. Tout comme la vie, les études sont une alternance de moments forts et de souvenirs moins heureux.

Au rang des bons souvenirs, le fait de partir étudier à l'étranger est une expérience inoubliable. Les échanges Erasmus permettent souvent aux étudiants de se révéler, de prendre du recul par rapport à ce qu'ils sont, de mettre les choses en perspective et d'ainsi mieux apprendre à se connaître.

Il y a aussi le fait de s'instruire et de se construire chaque jour, d'être au contact de professeurs inspirants qui maîtrisent leur matière et qui communiquent leur passion aux étudiants, faisant naître des vocations. Si ceux-là méritent d'être connus, félicités et remerciés, force est de constater qu'ils sont trop peu nombreux à montrer tant de passion dans leur travail.

Dénonçons par exemple ces professeurs dont les séances de cours se résument à réciter mot pour mot leur syllabus (parfois une simple suite de slides). D'autres manquent d'élémentaire pédagogie. Où réside la valeur ajoutée à leur présence?

Les étudiants, trop passifs, ont également leur part de responsabilité dans ce manque d'intérêt. Avec l'arrivée généralisée du wifi dans les auditoires, un trop grand nombre d'étudiants passe désormais davantage de temps à envoyer des messages sur Facebook ou à regarder des vidéos sur Youtube qu'à prendre des notes.

Dénonçons aussi cette tendance croissante qu'ont les professeurs peu motivés à privilégier les travaux de groupes aux recherches individuelles. Leur devise: "préparer votre entrée sur le marché de l'emploi tout en augmentant la qualité générale du travail grâce à la complémentarité des profils composant l'équipe".

Si l'idée d'encourager les étudiants à développer leurs "soft skills" (compétences interpersonnelles) tout en approfondissant la matière est intéressante en théorie, la mise en pratique est toujours foireuse. Sauf véritable projet porteur, les travaux de groupe, ça ne fonctionne jamais. Trop souvent, chaque équipe se retrouve avec un ou deux touristes qui, en plus de ne pas disposer des prérequis nécessaires, se contentent souvent de répondre aux abonnés absents ou de pratiquer ce qu'ils savent faire de mieux: le copier-coller de Wikipédia ou du Gorafi. Au mieux, lorsque chaque étudiant est de bonne volonté, le résultat final s'apparente à la somme des parties individuelles rédigées sans vision ni relecture commune. On est loin de l'objectif initial annoncé. Dans la majorité des cas, il s'agit surtout de pratiquer une sorte de mixité intellectuelle entre les étudiants, permettant aux professeurs de réduire leur charge de travail tout en augmentant le taux de réussite d'étudiants qui ne le méritent pas.

Aux éléments qui ont tiré le groupe vers le haut et qui se plaignent d'une note moyenne, les professeurs expliquent que cela ne doit pas être ressenti comme une sanction, mais bien comme un juste compromis entre des parties qualitativement inégales. Ainsi, en plus d'avoir porté sur leurs épaules la charge de travail de tout un groupe, les étudiants travailleurs se voient injustement sanctionnés au profit de suceurs de roues qui, eux, s'habituent à réussir les cours sans en avoir compris une ligne. Seule consolation pour les étudiants motivés: la satisfaction personnelle de s'être formé. Là se trouve l'essentiel, finalement.

Bien qu'il faille applaudir le fait que beaucoup d'initiatives constructives se passent sur nos campus chaque année, il est temps de remettre en question le système de suivi des travaux de groupe. A tout le moins, se montrer beaucoup plus sévère vis-à-vis des touristes. Il s'agit aussi de mettre sur pied un véritable système d'évaluation des cours, où l'étudiant n'aurait plus peur de dénoncer certaines dérives. De tels systèmes existent déjà, mais la crainte d'un manque d'anonymat lié aux réponses très formatées et dirigées que permettent ces questionnaires ne font qu'augmenter un sentiment d'impuissance déjà fort réel. Il en va également de la responsabilité des étudiants de ne pas se mentir à eux-mêmes et de sélectionner des études qui correspondent à leurs aspirations et à leurs compétences véritables, où ils pourraient donner le meilleur d'eux-mêmes.