Une opinion de Marco Gombacci, journaliste et analyste politique italien, collaborateur du journal "Il Giornale" et fondateur de "The European Post", envoyé spécial en Irak en 2016 puis en Syrie en 2017 et 2018.

La fureur iconoclaste doit nous inquiéter. Différençions une juste reconnaissance des fautes du passé de l’annulation de tout ce qui a été son histoire nationale. Y compris avec Léopold II.

Les manifestations de "Black Lives Matter" se sont également invitées en Europe. Aux côtés de milliers de manifestants pacifiques, des affrontements et des pillages ont malheureusement eu lieu. L’horrible assassinat de George Floyd par la police du Minnesota a donné lieu à des protestations très justifiées qui ont cependant laissé place à des violences physiques, comme si l’on pouvait penser que l’on puisse combattre le racisme en volant des Rolex.

Mais il y a une autre dérive de ces manifestations qui devrait nous inquiéter : la fureur iconoclaste. En Angleterre, à Bristol, des manifestants ont abattu la statue d’Edward Colston (un marchand d’esclaves du XVIIIe siècle, NdlR) et l’ont jetée en mer sans même que la police intervienne. Si les citoyens de Bristol avaient voulu enlever la statue, ils auraient dû le faire de manière démocratique et non par des actes de vandalisme qui resteront impunis.

Toujours au Royaume-Uni, la statue de Winston Churchill a été recouverte de l’inscription "raciste". Peut-être que les auteurs de ce massacre ne savaient pas que Sir Winston était celui qui avait combattu et vaincu Hitler et les nazis, redonnant ainsi sa liberté à l’Europe. Cette même liberté grâce à laquelle ils peuvent se permettre de manifester et de vandaliser les statues.

La Belgique a également été touchée par les révoltes iconoclastes : un groupe de manifestants s’est rassemblé autour de la statue de Léopold II à Bruxelles. Le risque en Belgique est que quiconque tente d’ouvrir une discussion à ce sujet risque d’être traité de raciste ou de nostalgique de la période coloniale de la fin du XIXe siècle. Bien qu’il existe de nombreux Belges qui soutiennent l’idée de supprimer les statues, il y en a tout autant qui reconnaissent que le statut de la Belgique parmi les nations européennes à économie plus développée découle également de son passé colonial. Parce qu’il faut toujours différencier une juste reconnaissance des fautes du passé, de l’annulation de tout ce qui a été son histoire nationale.

Cela a malheureusement été constaté aux États-Unis lorsqu’il est devenu à la mode de proposer la suppression des statues de Christophe Colomb, coupable d’avoir déclenché l’extermination des populations locales, ou du général Lee, commandant en chef de l’armée sudiste pendant la guerre de Sécession. La statue d’Abraham Lincoln, celui qui a aboli l’esclavage en 1863, a aussi été vandalisée par des personnes qui ne savaient probablement pas qui il était.

Si nous continuons cet exercice historique

La révision de l’histoire est susceptible d’être un exercice dangereux. Si nous devions pousser plus loin l’analyse, nous devrions retirer les statues et les honneurs du président démocrate des États-Unis d’Amérique Woodrow Wilson, alors qu’il bloquait l’enrôlement des Afro-Américains dans l’armée. Si nous continuons cet exercice historique, nous pouvons aller voir comment la fondatrice des cliniques d’avortement de Planned Parenthhood, Margaret Sanger, n’était pas une féministe mais plutôt promotrice de l’avortement afin de réduire la population noire aux États-Unis. Continuer dans ce chemin pourrait conduire à la suppression des bâtiments érigés pendant le fascisme en Italie. Et pourquoi ne pas briser le Colisée parce qu’on obligeait des esclaves à s’y combattre, ou détruire les pyramides parce qu’elles ont été érigées par ces tyrans de pharaons ?

Récemment, les fondamentalistes djihadistes de l’État islamique ont même pu détruire le temple romain de Palmyre en Syrie, toutes les découvertes archéologiques de Raqqa ou de Mossoul, et d’innombrables églises qu’ils ont rencontrées sur leur chemin de destruction afin d’effacer l’histoire précédente de ces terres. Les héros du monde d’aujourd’hui ne doivent pas être des footballeurs ou des influenceurs, mais nous devons nous souvenir bien plus de Khaled al-Assad, l’archéologue de Palmyre décapité par des "drapeaux noirs" qui, bien que menacé de mort, n’a pas révélé où se trouvaient certains objets inestimables, pas d’un point de vue économique, mais historique et culturel pour le monde entier.

À la mémoire de ce grand homme et pour nous différencier de ces barbares de Daech qui avaient comme but premier de détruire tous les monuments historiques afin d’entamer un nouveau récit de propagande, il faut se rappeler à quel point il est important de ne pas effacer l’histoire et ce que qui la représente, mais la conserver et l’étudier à fond. C’est la seule façon de faire face à notre passé sans débat idéologique ou même obscurantiste. Même dans le cas de Léopold II.

En Irak durant l’offensive de Mossoul en 2016, en Syrie pendant la bataille de Raqqa en 2017 et en 2018 pendant le dernier combat à Deir Ezzor.

Titre de la rédaction. Titre original : "Les djihadistes détruisent les statues du passé, nous devons les étudier"