Une contribution de CS, un abonné de La Libre Belgique.

Cette merveilleuse formule de remerciement qui figure au terme de chaque phrase du mail de remerciement adressé ce 20 mars, par la présidente d’un centre de revalidation proche de chez moi à l’ensemble du personnel, de la direction et du conseil d’administration, résume, à lui seul, un état d’esprit que j’adore pour son côté bourguignon, à cheval sur les cultures latine et germanique. Qu’elle soit adressée maintenant, en cette période de crise sanitaire aux dimensions planétaires, me la rend à la fois encore plus savoureuse, plus exquisement bilingue et … plus tendre.

On n’adresse en effet, en Flandre, un “dikke merci” qu’à des personnes qu’on aime ou dont on apprécie de récentes prestations ou, en l’occurrence, l’attitude courageuse et volontariste de tous les maillons de la chaine de soins, des infirmières aux pompiers, en passant par les médecins, les bénévoles de la Croix Rouge, les urgentistes et les militaires, les ambulanciers et les services de la Protection Civile, qui se mobilisent pour faire front au Covid 19, ce “microscopique petit monstre” qui contamine le monde depuis trois mois.

Un “dikke” (un gros, voire un obèse) n’est pourtant pas un compliment en flamand (je ne parle pas du néerlandais mais des patois qui existent en Flandre). Même si le mot est porteur de nuances, qui vont de l’insulte méchante au qualificatif amical et affectueux (auquel cas il s’accompagnera d’un qualificatif supplémentaire, du genre “un bon petit gros” (“ne goeien dikke”), il désigne malgré tout des personnes en nette surpondération et est à cet égard, critique et souvent blessant.

“Nen dikke merci” ou, plus court, “dikke merci” est un superlatif dans l’ordre des remerciements. Une Commanderie, voire un “Grand Cordon”. Cette expression née de la conjugaison au quotidien de notre latinité et de notre germanité est merveilleuse, unique,magique parce qu’elle est enrobée de gratitude, quand elle est associée à ce mot exceptionnel, bien que d’usage quotidien, merci.

Merci, un mot que tout le monde comprend, du nord au sud et d’est en ouest, même si sa signification se modifie au contact des autres langues, en passant du luxembourgeois, où il redouble l’expression “viel dank”, au “merci tak” nordique. Parce qu’il s’accompagne souvent … d’un sourire ou au moins d’un relèvement léger de la commissure des lèvres. Une esquisse de satisfaction ou au moins un reste de civilisation.

Ce mot prend aujourd’hui toute sa signification dans l’expression des sentiments de la population envers ceux qui ont pris, spontanément, mais aussi par décret gouvernemental, le sort de centaines d’entre nous, peut-être des milliers demain (comme en Italie ou en Espagne), entre leurs mains et qui nous font espérer qu’à force d’à force nous arriverons, comme les chinois et les coréens, à sauver des vies humaines par milliers. Merci pour le courage, la résistance, la détermination, la patience.

Poussés dans leurs extrêmes ces hommes et ses femmes sont exemplaires. Pour cela un “Dikke merci”.

Exemplaires aussi, notre Roi, notre première ministre et toute son équipe, qui, malgré la crainte d’affrontements futurs, ont eu le courage de voir l’intérêt général au-delà de ce qui divise. C’est cela, avoir le sens de l’Etat. Et même si bon nombre de citoyens, dans de futurs scrutins ne reconnaissent pas ce courage et ce sens de l’Etat, qu’ils sachent que la majorité de la population leur adresse aujourd’hui un “Dikke merci”.

Quand à ceux qui critiquent, attendant, comme de sinistres oiseaux de proie, que la tension soit tombée pour diminuer les mérites de ceux qui ont su prendre leurs responsabilités en ces temps extremes, qu’ils sachent que nous leur réservons un “Dikke mépris”.