Une opinion rédigée à l'initiative de Véronique Lefrancq, députée et présidente de la commission vivre-ensemble du CDH et suivie par un collectif de signataires*.

Il est temps d’aborder la diversité de manière apaisée et moderne, de dépasser les clivages politiques qui la prennent souvent en otage et de la traiter avec les représentants d’une société mixée. On doit à la fois en changer l’approche et la méthode.

Le XXIe siècle est et sera celui du métissage des cultures, de la mobilité humaine entre continents, de la fin des "homogénéités" des populations vivant sur un territoire et de la pluralité citoyenne en matière d’origine, de choix philosophiques et religieux, de choix de vie personnelle. C’est un fait incontournable qui rend stérile toute nostalgie du passé et c’est une plus-value collective de richesse culturelle, spirituelle, intellectuelle et matérielle qui s’oppose aux peurs et rejets. Le sentiment d’appartenance collective au XXIe siècle, "l’identité" européenne nationale ou régionale devra à la fois inclure le partage d’un projet de vie collective sur un territoire donné demandant des valeurs de base communes tout en respectant le droit à la différence de chaque citoyen en matière de choix philosophiques, religieux, d’ancrages culturels ouverts et pluriels. Pour réussir cette nouvelle identité basée sur le respect personnel, la dignité, la non-discrimination et l’adhésion collective, il est temps de changer de vision, de vocabulaire et de présentation.

Lucidité

Il s’agit de vouloir fédérer et rassembler et non opposer, cliver, simplifier, caricaturer, parfois de part et d’autre. Il s’agit de porter un projet positif de société avec bienveillance et non considérer constamment que la diversité constitue une menace, un problème, une source d’angoisse. Il s’agit aussi d’être lucide et d’oser reconnaître, comme simples démocrates, la subsistance inacceptable chez nous de situations discriminatoires, de pensées, propos, actes directs ou indirects racistes et d’enfin y mettre fin sans être taxés d’islamo-gauchistes ou "d’exaltés" des droits humains voire de laxistes.

Il est temps de dépasser les volontés annihilantes d’"assimilation" gommant tout maintien personnel de spécificités intimes garantes de liberté et de respect. Il est temps de dénoncer tout aussi fortement les tentations communautaires de replis et refus de part et d’autre qui empêchent les relations harmonieuses, qui refusent l’idée de vivre avec l’autre et préfèrent être séparé de lui ou simplement à côté de lui, sans essayer de le connaître, de le comprendre, de nouer des relations avec lui, de le considérer comme son "autre". Il faut oser défendre désormais un vrai modèle d’interculturalité inclusive basée sur le mélange, la mixité sociale, la relation à l’autre quel qu’il soit, le respect de la différence, l’équilibre entre, d’une part, le partage d’une vision commune des socles de base de la société dans laquelle on vit à définir ensemble et comprenant notamment les principes de l’État de droit, l’égalité hommes-femmes et la neutralité de l’État et, d’autre part, l’ouverture à la dimension différente de l’autre ainsi qu’une véritable égalité des chances.

L’exigence d’une vision véritablement interculturelle nous demande de nous sentir Charlie quand le radicalisme violent frappe, de nous sentir juif au moindre acte d’antisémitisme, de nous sentir musulman quand se développe une peur irrationnelle, une méfiance et enfin une hostilité face aux musulmans et à leur religion que l’on ne peut assimiler, comme le font certains à l’extrémisme religieux, de se sentir Rohingyas, Ouïghours, chrétiens d’orient, Yézidis, Tutsis ou Hutus quand ils sont honteusement attaqués ou discriminés. La vision interculturelle nous demande d’arrêter l’escalade des clivages qui opposent, divisent, rejettent alors que nous sommes tous membres égaux d’une même humanité.

La diversité n’est et ne devrait être ni un thème de droite ou de gauche, de classes sociales, de religions. Il est un thème citoyen appartenant à l’ADN de l’humanité et ne peut se faire détourner de son urgence collective. Nous n’aimons guère la manière avec laquelle les thèmes relatifs à la diversité ou au racisme ont été pris en otages par les clivages politiques, instrumentalisés à des fins électorales et in fine traités non par eux-mêmes mais pour les voix qu’ils peuvent rassembler selon les électorats supposés réagir, à droite comme à gauche, dans le sud comme dans le nord de Bruxelles, en milieu urbain comme dans la ruralité.

Un thème pris en otage

Il est temps d’arrêter la méthode des anathèmes et boucs émissaires, de cibler une communauté ou une autre de manière caricaturale d’un côté, de tout excuser et de laisser se développer des replis hostiles d’autre part. La diversité est autant question de choix citoyens que de positions politiques. La méthode visant à laisser les politiques seuls se saisir de ces thématiques sans réelle concertation ni implication active du monde de la diversité lui-même et de la société civile a démontré toutes ses limites. Elle n’a pas permis à ce stade de trouver les points d’équilibre harmonieux, les solutions d’intérêt général qui ne font gagner aucun parti mais bien toute la société et avec elle toutes les communautés qui la composent sans faire gagner toujours la majorité, sans apaiser parfois les excès d’ardeur de la minorité. Alors le temps est venu d’inviter les représentants d’une société civile plurielle à devenir les coacteurs des décisions à prendre pour éviter de laisser le politique seul face à l’immensité de ces débats.

Pour un conseil citoyen de la diversité

Nous proposons donc que soit constitué au niveau fédéral, régional et communal désormais un organe officiel, un conseil citoyen de la diversité composé des représentants de l’ensemble de nos citoyens issus des diverses communautés d’origine culturelle, territoriale, philosophique, religieuse qui composent notre tissu social. Nous voulons leur confier le rôle de conseiller des exécutifs, de passeurs d’idées et de compromis, de rédacteurs de nouvelles chartes de la citoyenneté et de la diversité au niveau communal, régional, fédéral, de faiseurs de relations, d’écoute, d’apaisement et de guides pour un monde politique qui a tant besoin de dépasser ses clivages, d’écouter ce que les citoyens d’origines diverses ont à leur dire et proposer pour définir ce nouveau vivre-ensemble de demain qui ne ressemblera plus jamais à celui d’hier, sans créer de perdants et de gagnants, de faibles et de forts, de ceux qui détiennent les vérités des lumières face aux autres qui trouvent leur bonheur dans une autre dimension qu’ils doivent pouvoir choisir librement.

>>> Chapô et intertitres sont de la rédaction.

>>> (*) Signataires : Véronique Lefrancq, députée et présidente de la commission vivre-ensemble du CDH ; Pierre Kompany, député CDH ; Jean-Yves Kitantou, vice-président CDH Bruxelles ; Mohamed Fekrioui, conseiller communal ; Eloise Moutquin, Jeunes CDH ; Jean-Louis Hanff, Jeunes CDH ; Alketa Selimaj, conseillère CPAS ; Sofia Bennani, vice-présidente CDH Bruxelles ; Marie Nyssens, présidente CDH Bruxelles ; Anwar Soulami, membre CDH ; Zoe Van Hecke, Jeunes CDH ; Selloi Hannaoui, membre CDH ; Ahmed El Khannouss, député CDH honoraire ; Laurent Hacken, conseiller communal ; Senforien Meaux, Jeune CDH ; Didier Wauters, conseiller communal ; Rachid Azaoum, coordinateur Il fera beau demain, Bruxelles ; François Beyens, Président Jeunes CDH Bruxelles ; Victoria Bosly, CEPESS ; Pierre Migisha, député honoraire ; Etienne Coppieters, président CDH Uccle ; Benjamin Bodson, conseiller communal ; Joelle Milquet, ancienne ministre de l’Égalité des chances ; Malika Madi, présidente des Femmes CDH Bruxelles.