Une opinion de Walter FELTRIN, patron de PME à Fleurus (105 salariés)

Arcelor, Caterpillar... nous mettent en émoi. Les 2 968 faillites en Wallonie en 2 012, beaucoup moins. Il y a ce qu’on étale et ce qu’on dit moins. Ce qui est sûr, c’est que la Wallonie socio-économique est gravement malade. Les constats sont réguliers et alarmants : le PIB wallon par habitant se situe à environ 73 % de la moyenne nationale, faillites records, chômage, difficulté à trouver un logement décent et/ou à boucler les fins de mois, inadéquation de l’enseignement, manque de vision et d’anticipation de la part de nos multiples gouvernements, problèmes de stress et de dépression, absentéisme, peur... J’en passe et des meilleures...

Et si, pour sortir de cette situation, on visait à donner du travail à (presque) tous ? Mettre les gens au travail est macro économiquement intéressant. L’Etat bénéficiera de recettes nouvelles, les caisses de la sécu s’en trouveront renflouées.

Mettre les gens au travail, c’est bon humainement. J’estime que l’emploi est un sésame pour s’épanouir, se sentir reconnu, se réaliser, garder sa dignité Ceux qui considèrent le travail comme une aliénation se trompent de siècle. Mettre les gens au travail doit donner un pouvoir d’achat confortable, ni misérable ni extravagant, au plus grand nombre. Donc créons de l’emploi ! De l’emploi non précaire et correctement rémunéré.

La création d’emploi est la conséquence soit d’un accroissement d’activité de l’entreprise (et non de la croissance en tant que telle qui est alimentée par une hausse de la productivité, une hausse des prix ) soit d’un partage du temps de travail. L’application concrète et à grande échelle de cette deuxième idée me paraît difficile, car qui va payer ceux qui travaillent moins ? Donc visons un accroissement d’activité.

Qui décide et réalise celui-ci ? Le patron d’entreprise. Nous voilà au cœur de la question. Qu’on le veuille ou non, l’emploi est lié à la volonté du chef d’entreprise d’augmenter son activité. Qu’est-ce qui pourrait le pousser à le faire ? Pour répondre à cette question, faisons la distinction entre grosses entreprises et PME.

Nous savons que les grosses entreprises ont des stratégies mondiales. Leur angle d’analyse est essentiellement financier et à court terme pour plaire au marché et aux actionnaires. Les décisions d’augmenter ou non une activité se prennent souvent à des milliers de kilomètres, hors de la réalité locale. Les pays qui les accueillent doivent réellement se prostituer. Et quand les conditions ne sont plus suffisamment favorables, les grosses entreprises s’en vont ailleurs. Compter sur elles pour développer durablement le terrain économique d’une région est une mauvaise stratégie.

Le véritable tissu économique de notre région est porté par les PME. Celles-ci procurent 71,8 % de tous les emplois disponibles en Wallonie. Si chaque patron d’entreprise embauchait 2 personnes, il y aurait du travail pour tous.

Que signifie, pour le patron de PME, "créer de l’activité nouvelle" ? Un tas d’emmerdes Explications : Allez, imaginez Eric, chef d’entreprise, produit des pralines depuis 15 ans et emploie 25 personnes. Son activité lui procure un revenu de 70 000 € par an avant impôt et une voiture de société. Sa clientèle fidèle fait tourner son business gentiment, sans faire de vagues. Il doit bien faire face aux retards de paiement de ses clients, aux congés, aux maladies, aux absences injustifiées, au respect des délais, aux pannes de production, aux divers organismes de contrôle alimentaire, social et fiscal mais, globalement, tout va bien.

Comme il est téméraire, il se lève un matin avec l’envie de faire croître son entreprise. Il décide de produire une nouvelle praline. Il lui faudra augmenter ses moyens de production, investir, prendre des risques financiers qui pourraient mettre en péril ce qu’il a mis des années à construire pour assurer un gain hypothétique. Mais il persévère. Pour simplifier, imaginons qu’Eric sache déjà comment fabriquer la nouvelle friandise. Sinon, il faudra faire de la recherche, des tests c’est encore plus compliqué. Donc il se lance il prépare son business plan et cherche un financement. Il court les banques Finalement, il obtient son financement en laissant sa maison personnelle en garantie.

Il s’agit maintenant de construire un petit hall : trouver un terrain (pas facile, contrairement à ce qu’on croit, la plupart des parcs d’activité économique de la région wallonne sont quasiment saturés), ensuite, obtenir le permis unique, faire face à une administration tatillonne (sans parler des délais qui parfois s’allongent ), enfin, se soumettre à l’arbitraire du commandant des pompiers local qui peut seul donner l’autorisation. Vient maintenant la recherche de personnel qualifié la galère continue. Dans le même temps, il doit débourser une coquette somme pour être en ordre avec les règlements : Afsca, VCA, certifications, sécurité, secourisme Enfin après 1 à 2 ans d’acharnement, il commence à produire et à vendre sa nouvelle friandise. Commence alors la lutte pour le chiffre d’affaires et le remboursement de son investissement. Tout ça pour quoi ? Pour gagner un peu plus et donc payer plus d’impôts, avoir encore plus de travail, avoir encore plus de difficultés à laisser quelque chose à ses enfants...

A la place d’Eric, le feriez-vous ? Non. Voilà les causes du manque d’emploi en Wallonie. Bref, créer de l’emploi dépend en grande partie du chef d’entreprise, de sa volonté, de sa motivation, de son dynamisme, de son envie d’avancer. Les patrons ne sont pas des ennemis. Sans eux, rien ne se passera que cela plaise ou non.

Partons de cette constatation pour relancer la machine économique, reconnaissons aux patrons de PME un rôle social de premier plan, faisons un deal clair avec eux : motivons-les (plutôt que de les vilipender sans cesse) en échange de création nette d’emploi.

Comment ? En leur accordant une meilleure rémunération (par exemple un bonus fiscal), en donnant plus de sécurité personnelle et une possibilité de céder facilement leur affaire en famille, en supprimant cette bureaucratie paralysante, etc. Il y a beaucoup d’autres mesures qui souvent ne coûtent rien, pour relancer la création d’emploi mais j’arrive au bout de mes 6 000 caractères

Walter FELTRIN