Une opinion d'Aurian de Briey, étudiant en sciences philosophiques, politiques et économiques (PPE) à l'UCLouvain.

Avec l’arrivée de l’accord de gouvernement Vivaldi, le traditionnel débat sur la sortie du nucléaire a refait surface. Dans le camp pro-sortie on a pu entendre à ce sujet le député fédéral Ecolo Samuel Cogolati au micro de Bel RTL ce 29 septembre. De l’autre côté, il y a eu les déclarations du professeur de l’ULg Damien Ernst ou encore la carte blanche dans l’Echo du 30 septembre de Pierre Goldschmidt, ancien directeur général adjoint de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Si ce débat est intéressant c’est parce qu’il questionne directement la substance de ce qu’est le défi environnemental. Pour essayer d’y voir clair, la clef est peut-être de distinguer écologie et climat.

L’écologie ne serait-elle qu’une doctrine politique ?

Si à l’origine l’écologie était une science, à savoir l’étude du milieu, nombre de groupes politiques se la sont réappropriée, faisant d’elle à son tour un élément politique. A l’heure où le terme est utilisé comme nom de parti, il devient difficile de prétendre qu’il ne reflète qu’un problème ou une discipline scientifique. Si cela permet qu’il soit revendiqué et mis en avant dans le débat public, cela entraine également la contestation du terme.

L’écologie ne serait-elle qu’une doctrine politique, une vision de la société particulière comme il y en d’autres ? N’y a-t-il pas des aspects purement scientifiques au problème qu’on désigne le plus souvent sous le terme de réchauffement climatique ? Le scientifique belge le plus écouté sur la question, Jean-Pascal van Ypersele, est désigné non comme un écologue mais bien comme un climatologue. Différence anodine ? Elle permet d’enlever le caractère politique associé à l’écologie et de légitimer le discours scientifique sur la question. Cette différence présente les conclusions scientifiques des climatologues comme extérieures aux motivations politiques.

L'exemple de la sortie du nucléaire

Distinguer écologie et climat met en évidence leur possible opposition sur certains sujets. L’exemple type est justement ce débat sur le nucléaire qui refait aujourd’hui surface. La sortie de celui-ci est une des principales revendications de tout parti écologiste. Cela se comprend d’un point de vue historique par les racines du mouvement dans celui pacifiste de la guerre froide et, du point de vue philosophique, par sa vision du monde basée sur le respect de la nature et la non-domination de celle-ci. Par contre, du point de vue climatique, l’abandon du nucléaire est bien plus contestable. Selon le GIEC, son empreinte carbone fait du nucléaire un bon élève voire même un très bon élève. Meilleur en tout cas que le photovoltaïque qui est pourtant souvent présenté comme une alternative verte.(Annex III: Technology - specific cost and performance parameters, dans Climate Change 2014: Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change)

Une distinction bénéfique à tous

Enfin, cette distinction entre une écologie politique et une climatologie scientifique est à l’avantage de tous. Pour les écolos cela leur permet de montrer que l’écologie n’est pas simplement la volonté de résoudre un problème précis – le réchauffement climatique mais bien une vision complète du monde basée sur l’harmonie entre l’homme et la nature et capable de résoudre les autres problèmes de notre temps, qu’ils soient économiques, environnementaux ou sociaux. Son offre politique n’en sera que davantage crédibilisé. L’écologie pourra alors d’autant plus revendiquer son anticapitalisme, son progressisme et son ancrage à gauche qu’elle ne sera pas tenue d’uniquement défendre, précisément, le climat.

Les adversaires de l’écologie politique, quant à eux, pourront proposer des solutions au problème climatique sans que celles-ci soient perçues comme un cheval de Troie pour une politique socio-économique de gauche. Il n’y a aucune raison pour que seuls les partis écologistes puissent proposer des solutions potentiellement à même de limiter le réchauffement climatique.