Une opinion d'Etienne Dujardin, juriste et conseiller communal MR à Woluwe-Saint-Pierre.


La croissance économique n'est pas l'ennemi du climat ; au contraire, elle permet d'investir dans la recherche, l'innovation, l'intelligence artificielle.


Il faut le dire : les différentes manifestations pour le climat ont été un succès et cela pour une raison simple : je pense fondamentalement que la majorité des Belges, et j'en fais aussi partie, souhaite une action volontaire pour préserver notre planète. J’estime d'ailleurs que les climatosceptiques font fausse route car peu importe toutes les études parfois différentes sur le sujet, encourager des efforts pour lutter en faveur d’une planète propre ne peut qu'être bénéfique et devrait rassembler tout le monde.

Le vrai sujet reste comment rendre cette planète plus propre ? Il y a des éléments sur lesquels le consensus est unanime au-delà des clivages : bannir, par exemple, la proportion démesurée de plastique dans nos achats. Pourquoi aujourd'hui certaines grandes surfaces nous proposent-elles encore des légumes emballés individuellement sous plastique ? Poursuivons le développement des circuits courts de consommation et de production, encourageons les produits bios dans nos écoles, construisons une offre de mobilité douce crédible. Taxons les GAFA (les géants du Net) pour réinvestir ces recettes dans la transition énergétique.

Concilier "fin du monde" et "fin du mois"

A côté de ces mesures susceptibles de rencontrer un accord unanime, les visions peuvent varier en termes économiques ou énergétiques. Je ne crois pas que s'appauvrir en prônant la décroissance économique et donc -de facto- en réduisant les capacités de solidarité soit une bonne façon de protéger le climat. Je ne pense pas qu'une lutte acharnée contre toute prolongation du nucléaire, alors que cette énergie est très faiblement émettrice en CO2 et qu'il n’est pas possible de remplacer à court terme la totalité de son parc par du renouvelable, soit une bonne façon de protéger le climat et le portefeuille du citoyen. Je ne pense pas non plus que vouloir taxer toujours plus l'essence ou le diesel tout en s’opposant en même temps au développement du métro à Bruxelles soit une bonne façon de protéger le climat.

J’estime au contraire qu'on doit se saisir de ce défi climatique comme d’une chance de revoir nos comportements sur une base plus rationnelle et qu'on doit concilier "fin du monde" et "fin du mois" car cette dernière doit faire partie de l'équation, spécialement pour les classes moyennes et populaires. La croissance économique n'est pas l'ennemi du climat ; au contraire, elle permet d'investir dans la recherche, l'innovation, l'intelligence artificielle. En 2017, la Belgique a émis 114,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit une baisse de 21,9% par rapport à 1990. Nous pouvons certainement faire mieux encore pour protéger notre planète dans les années à venir en adaptant nos comportement et aux nouvelles technologies. Aujourd'hui, grâce à ces dernières, on arrive par exemple à calculer le meilleur trajet à prendre en fonction des marées, des vents, de la météo pour diminuer considérablement la consommation d'un navire. L’amélioration des moteurs de voitures ne cesse d’évoluer considérablement. Des robots commencent à plonger pour nettoyer le plastique des mers et des océans. Bien d’autres exemples pourraient être donnés montrant le progrès que la science et la recherche vont nous aider à accomplir demain au service de notre planète commune.

Les ménages à bas revenus davantage touchés

Cependant, même si demain les technologies nous aideront, c'est aujourd'hui déjà qu'il nous faut agir mais de manière réfléchie et non pas sectaire ou dogmatique. Une intéressante étude du Think Tank Bruegel, publiée dernièrement, montre que la quasi totalité des politiques climatiques impacte davantage les ménages à bas revenus que ceux à hauts revenus. On peut multiplier les "écotaxes" pour sauver le climat mais que va-t-on dire à tous ceux qui n’arrivent déjà plus aujourd'hui à faire face à leurs factures ? Il faut une transition progressive offrant aux gens des alternatives. Il est néanmoins possible de prendre dès maintenant des mesures radicales de bon sens qui renforceraient tant l'Europe que ses citoyens et le climat. On pense à une taxe aux importations. Il n'est pas normal que l'industrie européenne délocalise en Chine pour inonder par après le marché de produits fabriqués sous une norme environnementale bien moindre. On songe à une taxe européenne sur les GAFA. On imagine un grand plan de développement de la recherche et de l'innovation.

On est loin de "l’initiative citoyenne spontanée" que certains nous vendent

J'ai trouvé très positif que des dizaines de milliers de citoyens aillent manifester. J'ai préféré les manifestations du week-end à celles des jeunes durant l'école : manifester un jeudi à 16h n'est pas moins efficace qu'à 14h et autoriser aujourd’hui à être dispensé des cours pour donner de la voix pour le climat pourrait entraîner demain des demandes de dispenses pour d’autres causes plus discutables. Et quelle instance décidera alors des causes pour lesquelles on peut ou non être dispensé de cours ? J'aurais préféré également que les manifestations du week-end soient moins récupérées politiquement. Il suffit d'ailleurs d’examiner la liste de ceux qui portent le mouvement et "la coalition climat (FGTB, 11.11.11, IEW etc)" ou même les déclarations faites par certains pour se rendre vite compte qu’on est loin de "l’initiative citoyenne spontanée" que certains nous vendent. C'est dommage car l'enjeu climatique est un thème sur lequel beaucoup peuvent se retrouver pour peu qu'on permette un débat serein sur la question et non pas monopolisé ou récupéré par un parti politique proposant des solutions orientées très à gauche et dont les expériences ministérielles à la mobilité au fédéral ou à l’énergie en région wallonne ne se sont pas révélées être une grande réussite vu la sanction donnée par l’électeur aux termes de ces mandats.

L'actuel ministre français de la transition écologique François de Rugy qui a longtemps milité chez les Verts a écrit en 2015 un ouvrage très intéressant, intitulé : "Ecologie ou gauchisme, il faut choisir". Il y dénonce "une écologie donneuse de leçons, prescriptive, intrusive, (...) une manifestation tardive du gauchisme des années 1960-1970, imprégnée d’une doctrine économique issue d’une lecture marxiste paresseuse et mal dégrossie." L'environnement doit permettre un débat qui va au-delà des clivages. Courir derrière un courant de pensée n'est pas un gage de réussite ou la seule option pour résoudre la question de la "fin du monde" et encore moins celle de la "fin du mois".