Une opinion d'Alexandre Noppe,18 ans, néoélecteur.

Six cent mille jeunes votaient pour la première fois dimanche. Pour cette génération, depuis toujours conscientisée aux enjeux climatiques, les propos des écologistes ont convaincu. Les actes seront-ils à la hauteur ?

Nous sommes en 2018 et plus que jamais, les enjeux climatiques préoccupent. Il a fait jusqu’à 25 °C en plein mois d’octobre et l’on sort d’un été particulièrement chaud et sec. Les effets du dérèglement climatique commencent à présent à se faire ressentir et les rapports alarmants reçoivent enfin l’écoute qu’ils méritent. Dimanche, cette inquiétude des jeunes Belges s’est ressentie au dépouillement dans presque toutes les urnes. Écolo progresse quasi partout et va entrer dans de nombreuses majorités. On parle de marée, de vague verte et la presse n’avait ce lundi que l’impressionnante percée d’Écolo à la bouche. Beaucoup de jeunes leur ont accordé leur premier vote, à eux de ne pas décevoir.

En effet, nous étions 600 000 jeunes à voter pour la première fois ce dimanche. On parle ici des enfants nés entre 1996 et 2000. Cette génération, ma génération, est depuis toujours conscientisée aux enjeux climatiques et à la catastrophe que le réchauffement climatique va produire, celle vers laquelle on se dirige sans trop réagir. On ne peut nier être mis en garde depuis notre plus tendre enfance. Le recyclage est presque ancré dans nos gènes et "les petits gestes qui comptent" sont pour la plupart d’entre eux des habitudes pour nous, car on nous les a appris tout petits. Ils ne nous ont nécessité aucune adaptation. Sûrement est-ce pour cela qu’une grande partie de ces 600 000 jeunes a exprimé son dégoût des partis traditionnels pour qui l’écologie n’est qu’un demi-combat, voire une valeur idéaliste et futile.

Pourtant, tous les partis de ma commune et de ma circonscription provinciale ont usé de techniques plus opportunistes les unes que les autres pour appâter les jeunes électeurs que nous sommes. J’ai cessé de compter le nombre de tracts, en papier glacé non recyclé, que j’ai reçus. Tous bien sûr parlaient d’écologie, pour prouver à quel point leur parti comprenait nos préoccupations. Belle cohérence… La campagne par boîte aux lettres est un modèle vieillissant et sûrement peu efficace, en tout cas pour toucher les gens de mon âge. De nos jours, tout se passe en ligne, même les campagnes électorales. Et là aussi, les idées pour se rapprocher de la jeunesse ne sont pas toujours adéquates. Entre les vidéos montées dans un style "podcast YouTube" qui décrédibilise complètement le message ou les publications sponsorisées extrêmement envahissantes sur Facebook, Instagram ou Snapchat, c’est finalement ceux qui en ont fait le moins qui progressent le plus. Il n’était donc pas nécessaire de multiplier les moyens de communication et de promotion pour convaincre, juste de se focaliser sur des thèmes qui préoccupent réellement la jeune génération. En faire plus pour les utilisateurs de moyens de transports "doux", réduire l’empreinte carbone de leur ville ou tout simplement permettre aux jeunes de donner plus souvent leur avis sur la politique de leur commune sont quelques exemples d’idées qui ont parlé aux néoélecteurs.

Mais attention, maintenant que la vague verte a eu lieu, gare aux déceptions ! Après les paroles, les actes. Les jeunes électeurs brabançons et bruxellois ont plébiscité le parti qui semble le plus éloigné des méthodes de gouvernance archaïques et qui, enfin, va prendre les enjeux écologiques au sérieux. Il s’agit donc d’un vote de confiance qui ne pourra être confirmé si les écologistes ne répondent pas présent dans les différents conseils communaux. Écolo a aussi affiché la participation comme thème principal de sa campagne. Si les jeunes sont oubliés ou trop rarement consultés, on risque une grande désillusion. Patrick Dupriez, coprésident du parti, l’a lui-même déclaré : "Notre responsabilité, c’est de ne pas être seulement le parti pour lequel votent les jeunes mais aussi celui qui les fait participer." Si les vainqueurs affichés de ces élections communales et provinciales déçoivent ma génération, c’est l’ensemble du monde politique qui risque d’être condamné à nos yeux.