Une opinion de l'abbé Philippe Mawet, curé, responsable de Stockel-au-Bois (paroisses Sainte-Alix, Saint-Paul et Notre-Dame de Stockel à Woluwe-Saint-Pierre).


Il n'existe pas de recette miracle pour sortir de la morosité qui touche l'Eglise, mais il existe des chemins. En ce sens, l'Eglise n'a pas seulement besoin de gestionnaires, mais aussi de visionnaires.


"Que faire des églises qui se vident ?" A cette question posée dans la série d'articles que "La Libre Belgique" a consacré au blues de l'Eglise belge, je serais tenté de répondre: "les remplir"! C'est évidemment un peu (beaucoup !) simpliste d'oser une telle réponse dans le contexte de morosité qui semble s'être installé dans beaucoup de secteurs de la vie chrétienne.

Et cependant, en évitant ici d'énumérer des solutions théoriques qui apparaîtraient vite comme des incantations appelées à disparaître dans l'évanescence du temps, je voudrais témoigner de la situation d'Eglise dans laquelle je suis appelé à vivre l'Evangile (au mieux de ce qui est possible) comme curé et responsable d'Unité dans les trois paroisses de l'Unité Pastorale bruxelloise appelée "Stockel-au-Bois" (paroisses Sainte Alix, Saint Paul et Notre-Dame de Stockel) à Woluwe-Saint-Pierre. Je parlerai de la pastorale francophone mais en mettant aussi en relief la pastorale néerlandophone pour laquelle l'église Notre-Dame de Stockel est une des églises référentes de Bruxelles et de la pastorale de la communauté catholique italienne , vivante et dynamique, qui organise ses célébrations et ses activités pastorales à l'église Sainte Alix.

Quelques balises pour la route

Au plan de la pastorale francophone, nous sommes dans une situation où les trois paroisses (les trois "clochers" comme on dit aujourd'hui à Bruxelles) accueillent un nombre de pratiquants qui rend impossible les célébrations communes régulières. Il y a, certes, une belle diversité au plan des sensibilités pastorales mais il y a, surtout, le fait que -comme disent "les gens"- il faudrait agrandir les églises pour accueillir la totalité des pratiquants habituels de l’Unité Pastorale. A titre d'exemples, il est significatif de relever que la paroisse Sainte Alix compte 300 bénévoles répartis dans plus de 40 groupes, équipes ou services paroissiaux, que la paroisse Saint Paul est attentive - notamment au plan de l'aumônerie - à la présence des mouvements de jeunesse (scouts et guides) regroupant plus de 500 jeunes et qu'il n'est pas impossible d'organiser à la paroisse Notre-Dame de Stockel une permanence d'adoration durant 90 jours (Carême et temps pascal) avec des relais - 24h sir 24- qui ont pu se faire sans difficulté à partir des priants présents dans la communauté. Une équipe de trois prêtres (un prêtre français engagé dans une pastorale missionnaire au service de la spiritualité et de la dévotion au Sacré-Cœur, un religieux dominicain d'origine vietnamienne et moi-même, le seul belge de l'équipe) est au service de ces paroisses, des équipes pastorales et des conseils paroissiaux présents et actifs dans chaque ... «clocher».

Certes, au-delà des chiffres, il y a le vécu d'une communauté de foi qui ne vit certainement pas le paradis sur terre (!) mais qui ose frayer des chemins d'Evangile au cœur des quartiers qui portent les mêmes questions et interrogations que celles de notre monde sécularisé. Sans doute ne mesure-t-on pas toujours, en Eglise, les profondes attentes spirituelles et religieuses de notre société. . Y-aurait-il une recette ? Non. D'abord parce que cette situation ne peut pas être idéalisée (il s'agit d'un témoignage invitant à la réflexion) et parce que rien n'est plus fragile que ce qu'on croit acquis définitivement. Permettez-moi cependant de baliser quelque peu la route à partir de cette expérience pastorale.

1) Je crois qu'il est important que chaque paroissien, quelque soient son âge et sa situation, puisse dire qu'il est "chez lui ou chez elle" dans la communauté de foi. Souvent (mais pas toujours), l'appartenance est première par rapport à l'engagement. Il ne s'agit pas d'abord de dire "engagez-vous". Il s'agit d'abord de vivre l'hospitalité et l'écoute pour que chacun soit véritablement accueilli, aimé, pardonné et reconnu sans jamais être jugé ou exclu. Il ne s'agit pas d'approuver béatement mais d'accompagner humblement. Et cela suppose une proximité que certaines structures pastorales ne permettent plus aujourd'hui.

2) Un deuxième axe important est ce que j'appellerais "la qualité du contenu". Il faut que la Parole transmise de l’Evangile soit crédible et s'inscrive dans une cohérence qui donne sens et Espérance. Si je pense aux homélies, je pense aussi à la catéchèse qui est un lieu privilégié de la transmission. C'est vrai pour les enfants (près de 200 enfants et quelques jeunes et adultes ont reçu le sacrement de la confirmation dans les 3 paroisses de l'Unité Pastorale en cette année 2019). C'est vrai aussi -et surtout- pour les adultes qui deviennent, à leur tour, annonciateurs et témoins de ce qu'ils ont reçu, découvert et approfondi.

3) Il y a aussi le souci des questions du monde (celles de la société de ce 21° siècle) mais aussi celles qui traversent chaque famille et chaque personne. L'Evangile ne peut pas être "à côté" de la vie. Il en est le ferment. Ainsi, toujours à titre d'exemple, les paroisses de l'Unité Pastorale ont accueilli 8 familles de réfugiés syriens (ce qui correspond, avec les enfants, à un peu plus de 30 personnes) avec lesquels des rencontres liturgiques et fraternelles sont régulièrement organisées. Aujourd'hui, après trois ans et grâce à une belle équipe de "parrainage", beaucoup ont pu trouver du travail chez nous.

Voici quelques faits et réflexions qui ne sont que les contours d'un visage d'Eglise qui dit ce qui est possible, qui mesure les défis à relever et qui est bien conscient des fragilités et précarités. Cela suppose des ajustements permanents.

Une réflexion sur les "vocations"

Aujourd'hui, oserais-je dire que le grand péché de l'Eglise est de gérer ce qu'on constate. Au mieux de ce qui est possible mais sans une vision prospective et pro-active. Sans doute faut-il retrouver une audace ressourcée à l'Evangile avec la conviction indéfectible que la Bonne Nouvelle n'a rien perdu de son actualité. Les ornières dans lesquelles on risque de s'enliser peuvent alors devenir des sillons où peuvent être jetées des semences pastorales à la fécondité insoupçonnée. C'est d'ailleurs dans cette perspective que l'Unité Pastorale de Stockel-au-Bois réfléchira, durant cette nouvelle année pastorale, à l'urgente et nécessaire question des "vocations". Avec, en priorité, la vocation sacerdotale et religieuse. Comme le dit justement l'évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, dans une interview à La Libre ce 16 août dernier, " la vocation est une question de foi et non pas de sexualité". Cela suppose un discernement pour que chaque service d'Eglise puisse être assumé avec conviction et compétence. C'est vrai d'un service paroissial et c'est vrai aussi d'un cours de religion... si on ne veut pas qu'il tombe dans les oubliettes d'un enseignement vidé de toute dimension religieuse!

A Stockel-au-Bois, il y a quelques piliers sur lesquels s'appuie la pastorale: l'eucharistie quotidienne (à 8h) à Sainte Alix qui, chaque matin, rassemble plus de 50 personnes ( "Un véritable geiser de grâces", disent les participants), le sacrement de la réconciliation proposé à Notre-Dame de Stockel avec des temps "d'écoute et de prière" et, à Saint Paul, un accueil de chacun avec ses questions, ses doutes et ses convictions lors du "café du vendredi"..

Un besoin de visionnaires

En conclusion (provisoire), je dirais qu'il est urgent que, dans notre Eglise en souffrance et dans nos communautés quelque peu déprimées, nous n'ayons pas seulement des gestionnaires (et c'est très important) mais aussi des visionnaires (et c'est plus qu'important). Le but de ce témoignage et de ces réflexions n'était pas de proposer un modèle ou un exemple mais de redire que des chemins sont possibles. Dans la diversité des situations, dans la complexité des problèmes à résoudre mais aussi dans l'audace de celles et ceux qui se veulent non pas des chrétiens grincheux mais contagieux.