Opinions La presse flamande s’en est faite l’écho il y a peu: de plus en plus de parents envoient leurs enfants en colonie de vacances résidentielle dès leur plus jeune âge.Une semaine loin des parents à trois ans à peine: tout le monde n’est pas d’accord...

ILS DISENT OUI

Pour Gil Vertongen, responsable de la communication et responsable pédagogique chez Vacances vivantes, cette expérience fera le plus grand bien à l'enfant.

Cela fait-il longtemps que votre organisme propose des séjours pour enfants de 3 ans ?


Cela fait déjà treize ans. Nous accueillons également les tout petits en plaine de jeux où les enfants retournent dormir chez eux le soir. Là, les 3-6 ans constituent même 60 % des participants. En séjours résidentiels, ils représentent aujourd’hui environ 8 % du total.


Pourquoi avez-vous décidé d’offrir ce service en plus ?

Parce qu’il y avait une demande de la part des parents.

Les tout petits sont nombreux ?


Dans les 3-6 ans, on peut dire que les enfants de 3 ans sont plus nombreux aujourd’hui que quand on a lancé le service. Cela commence à se savoir, les parents discutent entre eux et il y a beaucoup de bouche à oreille. L’été passé, 47 petits de 3 ans ont effectué un séjour chez nous sur un total de 498 enfants de 3 à 6 ans accueillis. Pour cet été, nous proposons des séjours d’une semaine sur trois thèmes différents : bateau pirate, superhéros et vacances à la ferme, à la mer et dans les Ardennes.


Les parents ne sont pas inquiets ?


Pour les enfants de cet âge-là, la plupart des parents appellent. On passe du temps avec eux au téléphone. Il arrive aussi assez souvent que nous les mettions en contact avec le coordinateur du séjour choisi qui fait cela depuis plusieurs années, a créé un horaire particulier pour les tout petits et peut tout expliquer en détail. Et puis il y a toujours la possibilité que l’enfant puisse être repris à n’importe quel moment s’il y a un souci. Les premières vingt-quatre heures sont généralement un peu houleuses avec des pleurs la première nuit. Mais nous conseillons aux parents d’attendre la nuit suivante, de tenir le coup les deux premiers jours, car nous constatons qu’une fois ce cap franchi, une fois qu’il n’a plus peur et qu’il s’est fait ses premiers copains, l’enfant s’adapte tout à fait bien. Le plaisir de la rencontre avec d’autres enfants du même âge prend le pas sur les angoisses.


Comment savoir si son jeune enfant est prêt ?


 Il y a des critères complexes au niveau psychologique. Et puis la règle de base c’est qu’il soit propre, ce qui nous donne une idée de son autonomie de sorte qu’il soit possible de faire pas mal de jeux et d’activités avec eux.


Quelle est la norme d’encadrement pour les 3-6 ans ?

En plus du chef de centre et de l’équipe d’intendance et de nettoyage, elle est d’un animateur pour six enfants en moyenne mais c’est parfois plus. Dans le dossier médical que remplissent les parents à l’inscription, on peut détecter si un enfant est en difficulté particulière (l’hyperactivité ou l’autisme par exemple). Dans ce cas, celui-ci bénéficie d’un animateur pour le suivre individuellement. Enfin, chaque enfant a deux référents : l’animateur qui prend son groupe en charge pendant la journée et celui qui chapeaute sa chambre. L’enfant ira volontiers vers ces deux personnes pour se confier.


Quelle est la formation des animateurs des plus petits ?


Ils reçoivent une formation spéciale. En plus des deux ans de formation de base, il existe un week-end dans notre formation continue dédiée à l’animation de la petite enfance. Il faut dire que la plupart du temps, nous choisissons pour ces groupes-là des animateurs qui travaillent déjà dans la petite enfance par ailleurs. On profite de leur expertise.


Mettez-vous en place quelque chose de particulier pour combattre l’angoisse qui pourrait être liée à un premier éloignement de la famille ?


Une lettre intitulée "Son premier camp loin de chez vous" est systématiquement envoyée aux parents avant chaque séjour avec quelques conseils. On y explique que cette expérience fera le plus grand bien à l’enfant : il apprendra à s’adapter à une situation qu’il ne connaît pas, à se situer et s’intégrer dans un groupe, et sa petite escapade donnera de l’air à tout le monde. En termes de dispositifs mis en place, on peut citer la mise en place d’un rituel précis, la lecture de petites histoires pour s’endormir, la mise en place d’un petit décorum magique dans les chambres et une grande disponibilité de nos animateurs.



ILS DISENT NON

Jean-Yves Hayez est pédopsychiatre, docteur en psychologie et professeur émérite à l'Université catholique de Louvain. Pour lui, l'enfant de 3 ans n'est pas en mesure de supporter la séparation brutale avec ses familiers de référence et son plongeon dans l'inconnu.

Que pensez-vous de séjours en internat - colonie ou stage, selon la formule utilisée - pour des enfants dès 3 ans ?

Je n’y suis pas favorable. Bien sûr certaines écoles maternelles proposent des petits séjours de deux-trois jours à la mer avec les enfants. Ils délogent, certes, mais avec un groupe connu. Les enfants connaissent bien la "Madame", ils ne sont pas dépaysés. Entre 3 et 6 ans, l’enfant a énormément besoin de la présence réelle de gens familiers pour se rassurer. Il les associe comme étant son bloc parental : sa maman, son papa, pourquoi pas la copine de son papa si les parents sont séparés, ses grands parents… Il y a ainsi cinq ou six proches avec qui l’enfant en bas âgé a des liens affectifs. Mais à 3 ans, l’enfant ne les a pas encore intériorisés suffisamment pour se passer de leur présence concrète. A cela, il faut ajouter une autre particularité : l’enfant de cet âge n’a pas vraiment le sens du temps. Si l’absence devient deux jours, trois jours ou plus en milieu inconnu, il imagine très vite que ses familiers ne vont pas revenir. Enfin, quand un enfant rentre dans une crèche, on impose des jours de préparation avec un familier. Comment mettre en place ces jours de préparation dans les colonies de vacances ? Impossible.

Mais il sera dans un milieu professionnel sécurisé…


Oui mais l’enfant sera plongé brutalement dans l’angoisse de l’inconnu. La main sur le cœur, les professionnels de ces colonies vous répondront qu’ils ont des tas de puéricultrices et animatrices très chouettes, des kilos de jouets et de montagnes d’activités amusantes, mais cela ne contrebalance pas la rupture des familiers de référence en milieu inconnu. L’enfant n’est pas en mesure de supporter cela. La nuit, pour s’endormir, il a besoin que son papa, sa maman ou sa grande sœur viennent lui raconter une petite histoire, ce qui lui permet de s’aventurer dans la nuit. C’est tout à fait différent si c’est un inconnu. Je suis tout à fait hostile à ce genre d’initiative, un pur produit de société de consommation. Une société où on veut tout officialiser en cassant ou en négligeant les tissus de solidarité spontanée.


Ces pratiques/services ne sont-ils pas significatifs d’une demande ?

D’abord, c’est un nouveau marché qui apparaît et se développe. Une société de consommation cherche, voire crée de nouveaux marchés originaux, pas encore épuisés, pas encore trop concurrentiels pour faire du profit. A côté, c’est vrai que les familles monoparentales se multiplient avec une banalisation des séparations, que les deux parents d’une famille modeste doivent travailler, que la nucléarisation des familles a restreint les contacts avec les grands-parents qui, jusqu’il y a peu, rendaient service en matière de garde d’enfants et que la société de consommation a transformé de jeunes grands-parents encore actifs en consommateur de loisirs, souvent moins disponibles. Il y a sans doute un problème avec des enfants de 3 à 6 ans dont on ne sait que faire à un certain moment des vacances. Mais je crois qu’il faudrait davantage explorer les solidarités naturelles du tissu social, solliciter les grands-parents, une voisine proche ou des amis à qui on rendrait le même service en retour plutôt que de passer par un service payant.


Peut-il y avoir des répercussions chez un enfant de 3 ans placé en colonie ?


Les répercutions ne se limitent pas seulement aux huit jours dans la colonie. On le séduira ici et là avec des jeux mais sans lui enlever un gros chagrin. Et à l’avenir, vous aurez créé inutilement une angoisse de séparation. L’enfant ne sera pas sûr de la permanence de la relation avec son papa ou sa maman. Il sera plus souvent agrippé à lui ou à elle. Il sera plus vite de mauvaise humeur, etc. Au nom de la facilité, on aura créé un traumatisme inutile.